Le yuan supplantera-t-il le dollar américain?

Dans la mesure où le gouvernement américain peut se refaire une santé au chapitre de son bilan au cours des cinq à six prochaines années, le dollar américain a de bonnes chances de servir de devise universelle pour encore un bon bout de temps.
Photo: Agence France-Presse (photo) Archives Dans la mesure où le gouvernement américain peut se refaire une santé au chapitre de son bilan au cours des cinq à six prochaines années, le dollar américain a de bonnes chances de servir de devise universelle pour encore un bon bout de temps.

Je vois de plus en plus d'articles concernant le fait que le dollar américain ne sera plus la monnaie de référence. Le risque a d'ailleurs été plusieurs fois mentionné dans cette classe. De plus, la Chine serait dans un processus important d'acquisition d'or qui pourrait faire du yuan la monnaie officielle prochainement. À bien y penser, tout cela semblerait même inévitable.

 

Qu'en pensez-vous ? Quelles seraient les conséquences sur l'économie canadienne ?

 

Si la tendance actuelle se maintenait (progression de la croissance du taux d'endettement américain), parlerait-on d'un changement de devise de référence dans 5 ans, 10 ans ou 15 ans ?

 

Jean D.

 

Que le dollar américain puisse perdre un jour son statut de devise universelle est certainement possible. Mais si une telle chose doit se produire, ce ne sera probablement pas avant une ou deux décennies.

 

La mondialisation et le choc des mains-d’oeuvre qu’elle implique (celle riche de l’Occident contre celle pauvre des pays émergents) exercent de sévères pressions à la baisse sur le niveau de vie des Occidentaux. Nombreux ont été les manufacturiers à transférer leurs usines de l’Amérique du Nord et de l’Europe vers l’Asie, dont, au premier plan, vers la Chine. Le mouvement a été d’une telle puissance que le poids du secteur manufacturier dans nos économies occidentales a dégringolé au point de tomber sous la barre de 15 % (autour de 12 % aux États-Unis) du PIB en Amérique du Nord au cours des dernières années (il y a 15 ans environ, il était plutôt autour de 16 %). Heureusement, la croissance du secteur des services a compensé en partie ces pertes d’emplois du côté du secteur manufacturier. Il est cependant probable que les emplois du secteur manufacturier aient été remplacés par des emplois moins bien rémunérés du secteur des services.

 

Ce processus a eu pour effet d’appauvrir l’Occident, du moins d’en limiter singulièrement sa croissance et son enrichissement.

 

Afin de soutenir un certain rythme de croissance économique acceptable, gouvernements et consommateurs des pays occidentaux se sont alors adonnés joyeusement à l’endettement. Ce qui a abouti à la crise financière de 2007 et à l’une des plus sévères récessions, soit celle de 2008-2009. Aujourd’hui, on constate qu’une part non négligeable de la croissance économique des dix années précédant la crise financière de 2007 était artificielle.

 

Le hic : la dernière récession a laissé des traces indélébiles sur le bilan de gouvernements occidentaux. C’est ainsi que leur taux d’endettement a grimpé sensiblement sous l’impulsion de déficits budgétaires qui ont atteint dans plusieurs pays, dont les États-Unis, des proportions pharaoniques (jusqu’à 8 % et plus du PIB).

 

Depuis, les grands pays développés pansent leurs plaies. La Grèce, le Portugal, l’Espagne et l’Irlande sont sous incubateur. L’Italie vacille sous le poids de la dette. Pour éviter la débandade, les banques centrales européenne, anglaise, nippone et américaine tiennent nos économies à bout de bras en recourant à des mesures inédites dites d’assouplissement monétaire quantitatif (lire : planche à billets). Et ça marche pour le moment. Pourquoi ? Essentiellement parce que les États-Unis et sa banque centrale, la Réserve fédérale, peuvent compter sur le dollar américain, la seule devise dite universelle, la devise utilisée pour les transactions sur le plan international.

 

C’est ainsi que les prix de l’or, de l’argent, des métaux industriels ainsi que des denrées sont d’abord fixés en dollars américains. Le dollar américain est la devise de référence pour les transactions internationales, et c’est grâce à cela que la Réserve fédérale pouvait jusqu’à tout récemment imprimer 85 milliards de dollars par mois pour soutenir les marchés obligataire et hypothécaire. Elle a pu le faire sans déprécier outre mesure le dollar américain. Le Canada aurait fait de même qu’il aurait provoqué la débandade de son dollar au point de perdre le contrôle des taux d’intérêt internes qui, eux, auraient explosé, entraînant le pays dans une sévère récession, voire dans une quasi-dépression.

 

La Réserve fédérale a pu au contraire maintenir les taux d’intérêt à des niveaux historiques très faibles en plus de contenir à son plus simple dénominateur dame Inflation (probablement aidée en cela par les pressions déflationnistes émanant du courant de mondialisation).

 

Aujourd’hui, l’économie américaine reprend des couleurs. Le taux de chômage baisse. Le déficit budgétaire américain a fondu de moitié. À moins d’un accident de parcours, tout pointe vers un raffermissement de la croissance économique aux États-Unis, en Europe et ailleurs dans le monde. Dans une telle perspective, le dollar américain continuera d’être la devise de référence sur le plan international pendant encore de nombreuses années. Bien entendu, cela n’empêchera pas le yuan (ou renminbi), la devise chinoise, de s’imposer de plus en plus dans les échanges internationaux, surtout sur le continent asiatique. De là à tasser le dollar américain, il y a un océan qui n’est pas près d’être franchi à cause de plusieurs facteurs.


-Le marché américain des obligations et des bons du Trésor est de loin le plus important, en fait le seul capable d’accommoder en titres très liquides les plus importants portefeuilles de ce monde. Cette grande liquidité est essentielle pour les grandes institutions financières.

-Les États-Unis réunissent les plus grandes firmes exportatrices du monde et sont donc en mesure de participer de plein fouet au courant actuel de la mondialisation.

-Les États-Unis demeurent le pays le plus innovateur sur le plan des sciences et de la technologie.
 

Conclusion : dans la mesure où le gouvernement américain peut se refaire une santé au chapitre de son bilan au cours des cinq à six prochaines années, le dollar américain a de bonnes chances de servir de devise universelle pour encore un bon bout de temps. Sur ce plan, les choses vont mieux, alors que le déficit budgétaire a fondu de moitié au cours des dernières années.

 

Évidemment, des accidents de parcours comme, par exemple, un resserrement trop hâtif des politiques monétaires pourraient faire basculer à nouveau les pays développés dans une nouvelle récession. Vu leur situation financière assez précaire, une telle chose ébranlerait sérieusement les grandes devises de ce monde, dont le dollar américain. Celles-ci seraient alors supplantées, non pas par le yuan, mais par l’or.

 

Plaidoyer en faveur de la location

 

Je publie ici la lettre d’une lectrice ayant hérité d’une propriété et des démarches que cela implique pour en prendre possession.

 

J'ai lu avec intérêt votre article portant sur l'achat d'un condo ou une location en guise de réponse à un octogénaire. D'un point de vue financier, vos explications sont logiques et rigoureuses. J'aimerais toutefois apporter un autre éclairage que vous pourriez transmettre à votre lecteur.

 

En 2013, j'ai malheureusement perdu, à quelques mois d'intervalle, ma mère et ma belle-mère. Elles étaient septuagénaires et ne souffraient d'aucune maladie. L'une possédait un condominium et l'autre, un appartement en location.

 

Pour la succession, l'appartement a été nettement plus facile à gérer, puisque nous avons transmis l'avis de décès et de résiliation de bail et un chèque couvrant deux mois de loyer au propriétaire, en conformité avec les règlements de la Régie du loyer. En deux mois, la succession avait reçu tous les avoirs placés auprès d'institutions financières.

 

Pour le condominium, nous avons dû attendre les résultats des recherches testamentaires de la Chambre des notaires et du Barreau du Québec avant de faire les démarches pour obtenir les titres de propriété. Nous avons payé des frais de notaire pour obtenir les titres. Nous avons payé les droits de mutation, étant devenues les nouvelles propriétaires. Nous avons ensuite retenu les services d'un agent immobilier. Nous étions alors au meilleur moment de l'année pour l'immobilier et avons réussi à vendre assez rapidement à un prix juste. Jusqu'à l'acte de vente, nous avons été responsables de tous les frais d'entretien. Au bout du compte, compte tenu de tous les frais et honoraires, je ne pense pas que nous aurions hérité d'un montant moindre si notre mère avait habité un logement en location, mais nous aurions eu nettement moins de tracas.

 

À la suite de ces deux expériences, j'en suis venue à la conclusion que, lorsque j'atteindrai l'âge de 70 ans, il faudra que je prévois dans les années subséquentes de vendre notre condo et de profiter d'un logement en location. Nous avons été locataires pendant 25 ans et nous en connaissons bien les avantages et les inconvénients. En vieillissant, on devient moins tolérant aux tracasseries qui accompagnent la propriété.

 

M. G.

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5 commentaires
  • Patrick Asselin - Inscrit 12 avril 2014 06 h 53

    Ne croyez pas votre conseiller financier ...

    La Chine, la Russie, l'Inde et bien d'autres pays tentent actuellement par tous les moyens d'acquérir un maximum d'or physique contre des dollars américains.

    L'Allemagne a récemment exiger le rappatriment de sa réserve de 300 tonnes d'or entreposée aux États-Unis. Le Vénézuela a fait pareille demande en 2011. Nous sommes au coeur d'une ruée vers l'or, de l'or sonnant et trébuchant et non tous ces produits dérivés toxiques qui ne vaudront plus rien dans quelques années.

    M. Jean D, l'ère du pétrodollar tire à sa fin. En mai prochain, la Russie et la Chine vont officialiser une entente permettant de transiger le pétrole russe en yuan chinois. Vous verrez alors le USDX s'effondrer encore davantage et l'inflation exploser.

  • François Dugal - Inscrit 12 avril 2014 07 h 57

    Les communistes

    Si jamais le yuan communiste devient la monnaie de référence en remplacement du dollar américain, ce sera la fin de la civilisation occidentale et du capitalisme sauvage qui a si bien servi la classe dirigeante des pays industrialisés.
    Pourquoi changer l'ordre établi?

    • Simon Chamberland - Inscrit 12 avril 2014 17 h 07

      Youppi ! On pourra remplacer tout ça par la gérontocratie Han qui n'hésite pas à envoyer l'armée pour mater les contestations !

      Ça sera un grand signe de civilisation : on enverra la facture des balles servant aux exécutions aux familles des condamnés.

  • Richard Laroche - Inscrit 13 avril 2014 09 h 35

    Quelques hypotheses discutables

    Le marché américain des obligations peut accommoder les plus grands portefeuilles de ce monde... C'est relatif au contenu du porte feuille! Dans un scénario inflationniste, les plus grandes fortunes degringoleraient et d'autres émergeraient.

    Les États-Unis ne sont pas propriétaires de tous les navires et ne contrôlent qu'une partie de l'administration du transport international.

    L'innovation dans beaucoup de pays est tenue secrète, notamment en Chine. Il est donc impossible de.comparer.

    Moi j'ai acheté des yuans. On sait jamais.

  • Clermont Domingue - Abonné 13 avril 2014 15 h 05

    Le Veau d'Or.

    Monsieur Chiasson,merci. Que voilà un texte clair et lucide susceptible d'instruire ceux qui s'intéressent à l'avenir.
    Je crois que mme Yellen doit continuer et continuera sa politique d'assouplissement monétaire.L'Europe aurait été bien avisée d'imiter plus tòt les Américains.(Les Allemands étaient hésitants à cause d'une mauvaise expérience du passé.)En agissant plus tòt, la Banque centrale européenne aurait éviter la misère à des millions de personnes.
    Vous l'avez bien compris,m Chiasson, depuis une quinzaine d'années, l'endettement a été le véhicule par lequel les biens et services produits par nos moyens modernes ont été distribués aux consommateurs.A présent,mme Yellen et mme Christine Lagarde voient qu'il faut rafiner le mode de distribution de la richesse,Elles constatent que les salaires ne procurent plus un pouvoir d'achat suffisant.Elles affichent leur volonté de créer et de contròler une masse monétaire suffisante pour répondre aux besoins des populations tout en maitrisant l'inflation.
    Ces femmes méritent notre grand respect. Souhaitons-leur de réussir.
    Avec vous, je crois que les banques centrales doivent rester souples.
    Quant'à l'or, je n'y crois pas.Je conseille plutòt d'acheter terres ét forèts et j'ai confiance que les dirigeants des peuples trouveront bientòt une devise universelle permettant les échanges et évitant l'exploitation des peuples. On peut rèver. Clermont Domingue.