Le fils prodigue

Certains semblent avoir découvert avec surprise que le PQ et le projet souverainiste n’avaient plus la cote chez les jeunes. Cette désaffection ne date pourtant pas d’hier, même si la charte de la laïcité a encore aggravé le problème. La brève alliance avec les carrés rouges a été simplement une parenthèse.

 

Il y a dix ans, un trio de jeunes députés péquistes, surnommés « Les trois mousquetaires », Alexandre Bourdeau (Berthier), Jonathan Valois (Joliette) et Stéphan Tremblay (Lac-Saint-Jean), en avaient déjà fait le constat au cours d’une tournée qui les avait conduits dans 25 villes situées un peu partout au Québec.

 

« Ce que nous avons vu bouscule, choque et assomme », avaient-ils écrit dans l’introduction du rapport qu’ils avaient rédigé. Aux yeux des jeunes, la souveraineté était une idée « dépassée, désuète et vétuste » et ils ne voyaient pas en quoi la souveraineté pouvait apporter une solution concrète aux problèmes de la société québécoise.

 

Déjà, la dimension identitaire du discours péquiste faisait problème. Il n’était pas question de laïcité à l’époque, mais les jeunes se montraient clairement agacés par la fixation péquiste sur la langue et la survie du peuple québécois, alors qu’eux-mêmes se préoccupaient plutôt d’environnement ou de mondialisation. Au total, le débat sur l’avenir du Québec leur apparaissait « bien accessoire et trivial ».

 

Connaissant bien le PQ, dont ils soulignaient le vieillissement avec insistance, les trois mousquetaires ne se faisaient cependant aucune illusion sur le sort qui attendait leur rapport. « On préfère croire que la jeunesse est tournée sur elle-même plutôt que de considérer que les problèmes existent peut-être dans nos structures et dans notre parti. »

 

Aussitôt rendu public, le rapport a pris le chemin des tablettes. Cette participation à la « saison des idées » a été jugée non pertinente. Malgré la clarté des témoignages recueillis, on a décrété que la pensée des jeunes avait été mal interprétée. Devant le conseil national, Jonathan Valois a dû se livrer à une séance de patinage assez gênante visant à banaliser ces irritantes observations et on s’est empressé d’oublier l’incident.


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En septembre 2004, c’est Pauline Marois qui avait attiré mon attention sur ce document dont personne n’avait remarqué la présence sur le site Internet. Elle avait même poussé la gentillesse jusqu’à m’en faire porter une copie à la maison. Elle gardait un oeil sur la succession de Bernard Landry et n’était pas mécontente de lancer ce pavé dans la mare, mais elle se disait sincèrement préoccupée par ce qu’elle avait lu.

 

Après avoir finalement réussi à devenir chef du PQ, elle n’en a pas moins remis résolument le cap sur le discours identitaire dont André Boisclair s’était nettement distancié, avec l’intention bien arrêtée de récupérer les électeurs nationalistes qui s’étaient tournés vers l’ADQ, puis la CAQ.

 

Depuis lundi, c’est à qui se dissociera le plus de la charte de la laïcité, que tous défendaient pourtant bec et ongles. Même Bernard Drainville assure qu’en définitive il aurait fait les compromis nécessaires pour conclure une entente avec la CAQ. Cela accrédite la thèse voulant que le PQ ait maintenu la ligne dure et semé la division par pur électoralisme, mais il serait trop facile de faire porter tout le blâme à Drainville, qui n’aurait pas pu agir seul envers et contre tous.


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Si Jean-Martin Aussant avait trouvé une telle audience chez la jeune génération, c’est précisément que l’argument identitaire était presque totalement absent de son discours. Il ne croyait pas à son efficacité pour faire la promotion de la souveraineté, dans la mesure où ceux qui y étaient sensibles étaient déjà largement convertis. Y recourir risquait plutôt de faire fuir les autres.

 

Même s’il était favorable à un renforcement de la loi 101, tout en s’opposant à son extension au niveau collégial, ce « pur et dur » n’entretenait lui-même aucun rapport hostile avec l’anglais, qui avait été sa langue de travail pendant de nombreuses années et l’est de nouveau.

 

Après ce qu’il avait dit de Mme Marois, qu’il ne croyait ni capable ni même réellement désireuse de faire la souveraineté, un retour au PQ n’était pas envisageable, mais le départ de celle-ci élimine un important obstacle. L’arrivée d’un nouveau chef dont il ne douterait pas des intentions pourrait l’inciter à rentrer au bercail, comme le prévoit d’ailleurs la constitution d’Option nationale.

 

Le retour du fils prodigue ne réglerait certainement pas tous les problèmes du PQ, mais cela pourrait bien faire partie de la solution. Plusieurs de ses anciens collègues auront sans doute du mal à lui pardonner sa défection de juin 2011 et les propos très durs qu’il a tenus à leur endroit, mais le PQ n’a pas les moyens de s’offrir le luxe de la rancune.

26 commentaires
  • Normand Carrier - Inscrit 12 avril 2014 07 h 02

    Avant tout , une profonde réflexion .......

    Nombreux sont ceux qui ont maintenant des solutions de toutes sortes et de multiples explications pour la défaite du PQ , mais il faut rappeller comment il est facile après coup de jouer les gérants d'estrade ...... Ceux-la oublient qu'au début du déclenchement de l'élection , ils étaient d'accord avec cette stratégie gagnante dont tous croyaient sortir gasgnant ....
    Maintenant il est temps pour une réflexion frofonde , laisser retomber la poussière et voir clairement les meilleures solutions ......

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 12 avril 2014 15 h 11

      La population avait confié le gouvernement au PQ. Cela ne lui suffisait pas: il lui fallait le pouvoir. Il comptait utiliser le poids d'une majorité de sièges construit sur un tout petit 40% de votes pour imposer les stipulations de sa charte sur le vêtement dont 75% ne voulait pas.

      Il voulait le pouvoir. La population a dit non. Qu'ils fassent les entourloupettes qu'ils voudront, tant qu'ils ne comprendront pas que les électeurs élisent un parlement et non le «mon gouvernement» de Pauline Marois grâce auquel elle allait «diriger» le Québec, ils vont se tirer dans le nez, et le bon! Démocratie 101.

    • Louka Paradis - Inscrit 12 avril 2014 22 h 03

      La CAQ et le PLQ ont déclaré dans les médias, et deux fois plut^to qu'une, qu'ils voteraient CONTRE le budget dès que le ministre Marceau l'a déposé : cela signifie que le gouvernement aurait été renversé dans les semaines suivantes.
      Êtes-vous en train d'essayer de nous dire que le CAQ et le PLQ ont menti et qu'ils auraient appuyé le budget ? Facile de prétendre cela après coup pour mieux accuser la Première Ministre d'avoir déclenché les élections par opportunisme : les faits sont les faits, et ils prouvent le contraire, d'autant plus qu'aucun parti n'est jamais certain de gagner les élections, et encore moins une majorité.

    • Normand Carrier - Inscrit 13 avril 2014 06 h 44

      Monsieur Desjardins , vous êtes un comique lorsque vous appeller la charte du vêtement mais il faudrait être minimalement rigoureux car cette charte avait l'applui de 60% de Québécois et de 69% de francophones sur son aspect le plus litigieux dont les signes ostentatoires dans la fonction publique .... Le parlement comme vous dites a-t-il été exercé pour tous les Québécois sous Jean Charest durant les neuf années de règne ou pour les p'tis namis du parti ? Êtes-vous sérieux lorsque vous croyez que le règne de Couillard sera mieux ? Démocratie 101 mon cher Watson ....

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 13 avril 2014 12 h 16

      Mme Paradis, ce que madame Marois devait comprendre, tant sur la question de la charte que sur celle du budget, que sur toutes les autres en somme, c'est que la composition de l'Assemblée rendait compte de la diversité des opinions de la société. La CAQ et le PLQ étaient tout aussi légitimes que le PQ. Elle DEVAIT chercher des lignes de compromis avec l'un ou l'autre ou les deux. Elle a pris le pari que la population allait lui donner « le pouvoir » au lieu de prendre acte du choix qu'elle avait fait en 2012. Elle n'a qu'elle à blamer.

      Monsieur Carrier, il serait bien irrespectueux en effet de parler de « charte du vêtement » comme il l'est d'émailler votre propos de procès d'intention à l'endroit de « Couillard ». Je parlais de certaines dispositions, pas de l'entièreté de la charte. Cela dit, quand Jean Charest a imposé la loi 78, j'ai dit un peu partout, ici compris, qu'il avait perdu toute légitimité. Si « Couillard » se montre aussi indigne de la fonction de chef d'État, comptez sur moi pour le dénoncer, mais sur pièce et non sur la présomption que vous faites déjà concernant ses petits namis...

      Enfin, je vous donne raison sur un point, ce avec quoi 75% de la population n'est peut-être pas d'accord (j'ai trouvé ça dans un article de Daniel Weinstock mais pas sa source) c'est que le refus d'obtempérer soit un motif de congédiement. Cela voudrait dire que les gens jugent majoritairement préférable que les employés n'en portent pas... sans aller jusqu'à cette extrémité. Mais cela reste à vérifier.

      R'enfin, monsieur, je laisse nos éventuels lecteurs décider s'ils me trouvent « comique »...

  • François Dugal - Inscrit 12 avril 2014 07 h 48

    Changement de la garde

    La vieille garde à mené le PQ à la défaite la plus cuisante de son histoire.
    Dehors les dinosaures!
    Ça prend du sang neuf et vite; Jean-Martin Aussant fait certainement partie de la solution.

    • Gilles Théberge - Abonné 12 avril 2014 16 h 04

      C'est peut-être aller vite en affaire que de réclamer subito presto le retour de Martin Aussant. Mais je pense que monsieur David l'évoque avec pertinence dans son article cela étant vu comme un élément de solution pertinent, étant donné sa capacité d'être en touche et en syntonie avec la jeunesse.

      Je ne sais pas vraiment ce qui a provoqué son départ. Mais une chose est certaine, on peut dire que le PQ historique a été évacué avec le départ de madame Marois, pour qui j'éprouve néanmoins respect et affection malgré la défaite.

      Cela dit il faut regarder en avant, et en avant si on veut aboutir quelque part, c'est certainement avec une vision nouvelle et moderne, puisque la génération à laquelle j'appartient a échouée.

      Il y a une seule idée que je partage avec Philippe Couillard, c'est celle voulant que les idées ne meurent pas.

      Je répondrai toujours présent, tant que je vivrai. Mais je sais que c'est à des plus jeunes maintenant qu'il faut passer le témoin. Et il n'est pas impossible que Jean Martin Aussant fasse partie de ceux qui détiennent les clés de l'énigme.

      Quoiqu'il en soit je ne l'ai jamais perçu comme étant un adversaire. Ni lui ni Catherine Dorion ni les autres jeunes dynamiques et engagés de cette formation.

      Ce qui suit est une vidéo illustrant tout simplement le style de la militante et comédienne Catherine Dorion: https://www.youtube.com/watch?v=yENc7zsPxUY Ça date de 2012...

      Il reste seulement à savoir si le parti aura l'humilité et la sagesse d'ouvrir la porte et de laisser entrer ceux des nôtres qui ont beaucoup à apporter. Ceux et celles qui devraient peut-être nous inspirer.

    • Louka Paradis - Inscrit 12 avril 2014 22 h 05

      M. Théberge, l'humilité et la bonne volonté doivent venir des deux côtés. Ce n'est pas tout blanc ou tout noir. SVP...

    • Bernard Plante - Abonné 13 avril 2014 12 h 39

      M. Paradis,

      Dès le début, Option nationale a inscrit dans ses statuts qu'elle était prête à collaborer (voire à fusionner) avec tout parti qui voulait faire avancer des idées dans lesquelles elle croyait, ce qui inclus bien entendu la souveraineté.

      Si celle-ci avait été clairement mise de l'avant par le PQ plutôt que constamment repoussée sous la couverture, il nous aurait fait plaisir de travailler de concert avec vous. Alors, cessez de laisser sous-entendre que le PQ est ouvert et que c'est ON qui ne voulait pas se joindre car c'est exactement le contraire qui s'est passé et vous le savez pertinemment. En fait, le PQ a choisi d'ignorer ON comme il avait choisi il y a dix ans d'ignorer l'avis des «trois mousquetaires», en se disant que cela allait finir par passer. Aujourd'hui on voit le résultat de cette stratégie...

  • Gilbert Talbot - Abonné 12 avril 2014 09 h 45

    Les fils et filles prodigues ne reviennent pas.

    Jean-Martin Ossant prend soin de sa jeune famille en Angleterre où il joue à la Bourse. Stéphane Tremblay s'occupe d'écologie chez lui à Alma. Louise Beaudoin a jeté l'éponge. Lisette Lapointe ne dit plus rien. Pierre Curzi lit des livres à Bazzo. Et Jacques Parizeau a pris sa retraite définitive comme belle-mère. Non, tous ceux et celles qui ont quitté le PQ ne reviendront pas. Et parmi ceux qui restent, plusieurs songent à quitter le navire. La CAQ est prête à les accueillir. Les plus courageux iront peut-être rejoindre QS. Et ceux qui resteront se jetteront dans les bras de PKP, le seul qui veut encore faire un pays. Il n'est pas prodigue, mais il est riche lui. Alors ?

    • Louka Paradis - Inscrit 12 avril 2014 22 h 13

      Ha!ha!ha! que voilà un rêve caractéristique de la CAQ : ce n'est pas parce que le chef Legault est un vire-capot que les élus des autres partis l'imiteront. La CAQ devrait commencer par s'occuper de son jardin avant de jouer dans les plate-bandes des autres partis. Le PQ sortira renouvelé et fortifié de cette épreuve : «L'être humain se découvre quand il se mesure avec l'obstacle», a dit le grand Saint-Exupéry, Antoine de son prénom et auteur du célèbre Petit Prince.

  • Anne-Marie Courville - Abonnée 12 avril 2014 10 h 26

    Votre opinion sur le PQ

    J'ai rarement lu ou entendu un mot favorable pour le PQ. Pourtant, pendant 18 mois, Le gouvernement Marois a dû faire quelques bons coups. La critique est facile à certains journalistes de la presse écrite ou parlée. Aviez-vous un "deal" avec Couillard comme le disait un politicien à la télé? Je n'ai pas aimé la couverture des médias durant cette campagne non pas parce que le PQ a perdu mais parce que la neutralité n'existait pas. Avez-vous peur de dire que vous êtes souverainistes?

  • Patrick Desrosiers - Inscrit 12 avril 2014 10 h 31

    JMA comme chef du PQ

    Je souhaite un retour de Jean-Martin Aussant au PQ pour en faire un parti réellement indépendantiste.

    Et à tous ceux qui pensent que JMA n'a aucun charisme, je réponds : et Couillard et Harper ? Le PQ n'a pas besoin d'un chef charismatique mais d'un leader qui saura rassurer les gens par son calme et son pragmatisme économique. Il faut refaire la pédagogie indépendantiste et Aussant est l'homme de la situation.

    J'aime bien ON mais le PQ demeure, malgré tout, le bateau phare de l'indépendance. Et nous sommes, selon moi, à un carrefour historique pour remettre le PQ sur le droit chemin de ce projet inachevé.

    • Louka Paradis - Inscrit 12 avril 2014 22 h 26

      Un opportuniste comme Aussant, qui a beaucoup nui au PQ par ambition et par vanité, ne serait certainement pas le bienvenu comme chef : un vrai leader rassemble ; lui, il a divisé et craché sur son ancien parti qui lui avait permis de se faire élire. M. Aussant est brillant, certes, mais cela ne suffit pas. Il faudrait qu'il prouve sa bonne foi. On dirait bien que M. David prend la relève des Parizeau-Lapointe... Étrange !
      Étrange aussi de lire ici que le charisme n'est plus important lorsqu'il s'agit d'un homme : et pourtant ! si on a reproché à Mme Marois son manque de charisme... C'est comme la richesse : deux poids, deux mesures. Il faut croire que la misogynie est plus coriace qu'on ne le croyait. Un facteur occulté qu'il faudrait ajouter à l'analyse des résultats du 7 avril. À ce propos, il fallait voir le panel des analystes aux 2 débats sur LCN-TVA : uniquement des hommes ! c'était surréaliste. On se serait crus retournés en 1960 !

    • Bernard Plante - Abonné 13 avril 2014 13 h 20

      M. Paradis,

      Décidément, vous n'avez encore rien compris de ce qui a mené à la création d'ON, ni de qui est vraiment Jean-Martin Aussant.

      Assez ironiquement, vos propos reflètent justement la vision égocentrique du PQ qui explique en partie sa déconfiture. Plutôt que d'accuser JMA, M. David, les journalistes ou je ne sais qui d'autre, commencez-donc par regarder de votre côté. Ou encore mieux, relisez attentivement l'excellent article que M. David vient de rédiger en faisant preuve de neutralité. Vous constaterez que cet article contient plusieurs vérités que le PQ s'efforce de ne pas voir.