Gouvernement de convenance

Le gouvernement libéral bénéficiera de l’avantage d’une position majoritaire, d’une conjoncture économique favorable et d’un horizon fiscal tendant vers l’embellie à Ottawa au tournant de 2015. Le milieu des affaires a toutefois emprunté la voie de la retenue au lendemain des élections du 7 avril, ne demandant qu’à être convaincu de la capacité de l’équipe Couillard à tenir ses promesses.

Pour l’essentiel, le milieu des affaires a surtout applaudi à l’avènement d’un gouvernement majoritaire à Québec. Pour la suite, il ne demande qu’à croire aux capacités de ce gouvernement de relancer l’activité économique et de rétablir l’état de santé des finances publiques. Avec, pour réserves, les travaux de la commission Charbonneau, qui ramèneront sans cesse les libéraux à leur passé pas si lointain. Pour l’heure, les promesses libérales appartiennent encore à un univers d’influence jovialiste et les projections économiques demeurent imprégnées d’une couleur rosée. On reconnaît toutefois à ce gouvernement la solidité de son équipe économique.

 

Il ne faut présumer de rien, mais l’on peut très bien imaginer voir Philippe Couillard confier les rênes du ministère des Finances à Carlos Leitao, anciennement stratège en chef chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne. Et convier Jacques Daoust à exercer un leadership élargi en matière de développement économique, cet ex-banquier ayant notamment jeté les bases d’une véritable Banque de développement économique lorsqu’il a présidé Investissement Québec. Ou encore canaliser les énergies de Martin Coiteux, économiste à la Banque du Canada et ex-professeur à HEC Montréal, dans l’essor économique du Québec et de ses entreprises à l’international. Tous trois se verraient ainsi interpeller dans leur champ d’expertise.

 

Nationalisme économique

 

Mais peu importe son choix définitif, le premier ministre élu a accès à la compétence économique pour former son prochain gouvernement. Une compétence qui, notamment sous l’influence de Jacques Daoust, pourra exprimer un nationalisme économique de convenance.

 

Le premier ministre élu pourra également manoeuvrer dans une conjoncture économique s’annonçant favorable. Une conjoncture qui laisse toutefois miroiter une remontée des taux d’intérêt et le maintien d’une faible inflation, ce qui crée généralement un cocktail plutôt amer pour un État endetté.

 

N’empêche, en l’absence de choc géopolitique et avec les États-Unis quittant la phase de la reprise pour entrer en mode expansion économique, le Québec ne pourra qu’être emporté par cette marée montante. La croissance profitera d’un commerce international plus vigoureux et de l’éveil d’un secteur manufacturier soutenu par un taux de change plus favorable. Et il lui est permis d’espérer que le redressement des finances publiques fédérales attendu au tournant de 2015 viendra accroître la marge de manoeuvre fiscale des provinces. Sans oublier qu’un éventuel changement d’acteurs politiques l’an prochain pourrait affaiblir ou adoucir le vent contraire soufflant d’Ottawa avec lequel le Québec doit présentement naviguer.

 

Cet environnement amical étant, le gouvernement libéral a beaucoup à livrer, ont rappelé les gens d’affaires cette semaine. Et il ne pourra alléguer la présence de vices cachés dans les finances publiques. Lui sont rappelées ses prévisions économiques optimistes. Pour sa part, l’objectif de création de 250 000 emplois sur cinq ans sera rapidement soumis au test du choc démographique auquel sera confronté le Québec sur l’horizon. Et l’aide promise à l’exportation devra passer le tamisage imposé par les accords internationaux. À l’interne, abaisser la taille de l’administration publique, retirer près de 1,4 milliard sur deux ans dans la bureaucratie ou réduire de 40 % la taille du ministère de l’Éducation est une tâche aussi ardue que de contenir la croissance annuelle des dépenses budgétaires sous les 4 %. D’autant que nombre de nouvelles mesures inscrites au premier budget du gouvernement Marois doivent faire ressentir leur impact dépressif sur l’activité économique après 2014.

 

Et pour parvenir au déficit zéro en 2015-2016, il sera difficile d’éviter de recourir à la taxation et à la tarification, comme l’a fait le gouvernement libéral précédent, craignent les intervenants de l’économie sociale.

 

On le voit, beaucoup de boulot attend ce gouvernement, qui peut toutefois se réfugier dans sa majorité.

À voir en vidéo