La reprise boursière, cinq ans plus tard

Cette reprise boursière de sortie de crise en est à son cinquième anniversaire, nous rappellent les analystes du Mouvement Desjardins. Cinq ans de hausse pour l’indice américain de référence S&P 500, avec une poussée de 179 % durant la période. Et dire que l’activité économique plus vigoureuse attendue aux États-Unis tarde à se manifester.

Si l’on retient que la Bourse est essentiellement un marché d’anticipation, le S&P 500 viendrait donc de progresser de 179 % dans l’anticipation de jours meilleurs pour l’économie américaine et, ce faisant, pour l’économie mondiale. Or, l’actuel élan haussier, vieux de cinq ans maintenant, masque également une réalité, plus historique celle-là. Il fait suite à une débâcle historique survenue en 2007-2008, avec un S&P 500 abandonnant 57 % du sommet au creux en 17 mois. Il témoigne également des effets d’une longue période d’argent facile marquée par un assouplissement monétaire exceptionnel. Il s’explique aussi par la faiblesse persistante des taux d’intérêt et, depuis peu, par le désaveu des investisseurs à l’endroit des titres obligataires depuis le changement de ton de la Réserve fédérale.

En résumé, tant le passé que l’avenir prévisible justifient l’actuel élan haussier.

11 phases haussières

Au Mouvement Desjardins on s’est attelé à comparer l’actuelle phase haussière avec les cycles précédents. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le S&P 500 a connu 11 phases haussières. Si on exclut l’actuel bond, les marchés haussiers précédents ont duré, en moyenne, près de 1800 jours (soit 4,9 années) et progressé de 162 % du creux au sommet. On y est !

Mais avant de proclamer la fin de l’actuel « bull market », il faut retenir que la dispersion autour de cette moyenne est plutôt importante. Ainsi, la durée en années oscille entre 1,1 et 12,3, et le gain, entre 24 % et 582 %. Beaucoup de variation, donc. Quant à la valorisation, « la Bourse américaine ne paraît pas très surévaluée », lit-on dans la petite analyse de Desjardins, même si le S&P 500 a explosé de plus de 30 % l’an dernier seulement. « Du point de vue fondamental, la plupart des ratios cours/bénéfices sont relativement près de leur moyenne historique. » Un des ratios de référence calculé selon les bénéfices passés se situe présentement à 25 fois, légèrement au-dessus de sa moyenne historique (de près de 19), mais de loin sous son sommet de 45 atteint à la fin de 1990. « Le S&P 500 apparaît encore moins surévalué sur une base relative. Alors que les taux obligataires demeurent très faibles, le rendement promis par le marché boursier […] demeure très élevé d’un point de vue historique. Cela pourrait convaincre les investisseurs de continuer à déplacer leurs fonds vers les Bourses », poursuit le Mouvement Desjardins, qui rappelle toutefois que le marché des actions entre dans la catégorie des éléments d’actif plus risqués, qu’il est soumis à la volatilité et que sa réalité est truffée de corrections.

Consensus

En décembre dernier, il y avait consensus parmi les analystes. Il fallait surpondérer les actions dans les portefeuilles en 2014, être plus sélectif cependant, et placer la diversification internationale sur le thème des États-Unis. Selon cette belle complaisance, 2014 devait être une année de croissance économique plus robuste, surtout aux États-Unis, invitant à une élimination graduelle de l’assouplissement monétaire exceptionnel de la banque centrale américaine, suivie d’une remontée des taux d’intérêt directeurs débutant quelque part vers la fin de 2014 ou au début de 2015. Cette remontée prévisible a été reportée depuis à plus tard en 2015.

Un tel canevas se voulait propice au marché des actions, mais plus problématique pour l’immobilier et les titres à revenu fixe. En Bourse, ces analystes s’attendaient à une croissance d’au moins 10 % en 2014, uniquement sur la base de la croissance prévue des bénéfices des entreprises. On payait alors entre 13 et 14 fois le bénéfice prévu sur 12 mois. On pouvait également concevoir d’ajouter à ce ratio l’effet d’une augmentation prévue des profits des entreprises ; de 7 % aux États-Unis, de 9 % au Canada, de 12 % en Europe et de 14 % en Chine.

Il n’était donc pas farfelu de miser également sur une expansion des multiples. Avec un ratio de 17 fois les bénéfices prévus, on reviendrait au multiple ayant prévalu avant la crise de 2008. Il y a donc de la place !

9 phases baissières

Et Desjardins d’ajouter qu’un investisseur qui aurait investi dans le S&P 500 au début des années 1950 aurait connu neuf marchés baissiers, dont certains très violents, et malgré une décennie perdue au début de 2000. « Malgré cela, il aurait vu la valeur de son investissement exploser. » L’indice valait un peu plus de 16 points au début de 1950. Il chatouille aujourd’hui la barre des 1900. Sans oublier d’y greffer les dividendes.