Un référendum sur le PQ

Comme on le dit souvent du hockey, une campagne électorale est un « jeu d’erreurs ». Si le PQ risque d’être envoyé dans l’opposition après seulement 18 mois au pouvoir, c’est que Pauline Marois en aura commis davantage et surtout de plus grosses que Philippe Couillard.

 

Il y a un mois, rien ne laissait prévoir que le PQ se retrouverait dans la situation précaire que traduisaient les sondages publiés cette semaine. La première ministre affichait une confiance qu’on ne lui avait pas connue dans le passé et n’allait faire qu’une bouchée de son adversaire libéral, dont la première année à la tête du PLQ avait été un désastre.

 

Il suffirait de rappeler aux électeurs la magouille des années Charest et de prononcer le nom d’Arthur Porter pour que la perspective d’un retour au pouvoir des libéraux leur apparaisse insupportable. La charte de la laïcité permettrait de débaucher assez d’électeurs caquistes pour assurer la majorité qui avait échappé au PQ le 4 septembre 2012, quitte à en abandonner quelques-uns à Québec solidaire.

 

Plutôt que de clarifier d’entrée de jeu la question du référendum, Mme Marois a choisi de boycotter les médias au premier jour de la campagne. Elle assure qu’elle avait convenu des propos que tiendrait Pierre Karl Péladeau en annonçant sa candidature. Le poing levé n’était peut-être pas prévu, mais le pays venait donc avant l’économie.

 

Les stratèges péquistes se sont mépris dès le départ sur la véritable nature des caquistes, qu’on a entrepris de séduire dès la présentation du budget de novembre 2012. La grande majorité d’entre eux sont avant tout des fédéralistes, que des politiques d’austérité ou d’affirmation identitaire ne suffiront pas à transformer en souverainistes, alors qu’elles sont susceptibles de pousser d’authentiques souverainistes de gauche dans les bras de QS. À cet égard, PKP a agi comme révélateur.


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La campagne de M. Couillard n’a pas été géniale, loin de là, mais il a su profiter de l’occasion en or qu’on lui offrait, alors qu’il semblait les manquer toutes depuis un an. Au contraire, le PQ n’a pas réussi à tirer profit des siennes.

 

Puisqu’il faudra bien trouver un bouc émissaire, le PQ pourra toujours accuser les médias d’avoir saboté sa contre-offensive sur le front de l’intégrité, mais il savait très bien qu’il avait suffisamment de squelettes dans ses placards pour permettre aux libéraux de provoquer un match nul.

 

En revanche, il devra porter l’entière responsabilité de son utilisation maladroite du projet de charte de la laïcité. Les élucubrations de Janette Bertrand et les explications confuses de Mme Marois quant au sort réservé aux employés de l’État qui ne voudraient pas renoncer au port de signes religieux étaient pathétiques.

 

Certes, toute campagne électorale comporte son lot de surprises, mais certains signes ne trompent pas. Quand un chef de parti promet soudainement des baisses d’impôt basées sur des surplus imaginaires, c’est généralement que le plan de campagne ne tient plus et qu’on tente de sauver les meubles.


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Plus encore qu’un « référendum sur le référendum », M. Couillard a fait en sorte de transformer l’élection en référendum sur le PQ. Il s’en est pris moins à la souveraineté, qu’il reconnaît être une option légitime et viable, qu’à la nocivité du PQ lui-même, se disant « tanné » de le voir diviser les Québécois entre bons et mauvais, souverainistes et fédéralistes, « nous » et « eux ».

 

Il l’a dépeint comme un parti paranoïaque, qui présente le Québec comme une société faible et méfiante, alors qu’il la voit forte, confiante, ouverte sur le monde, parfaitement capable de composer avec l’anglophonie nord-américaine. Sans aller jusqu’à le qualifier de parti xénophobe, il a dit que la charte de laïcité avait eu pour effet de cautionner, sinon d’encourager les manifestations de xénophobie dans la population.

 

Dans ce référendum sur le PQ, Québec solidaire se retrouve aussi dans le camp du non. Françoise David a vu dans l’arrivée de PKP la preuve qu’il a trahi les principes progressistes sur lesquels il a été édifié. Les contorsions de Mme Marois sur la tenue du référendum, finalement renvoyé aux calendes grecques, lui ont permis d’ajouter que le PQ a aussi tourné le dos à la souveraineté.

 

Cela peut sembler injuste, mais il est vrai que le PQ a semblé perdre ses repères durant cette atroce campagne. Pourquoi un livre blanc sur l’avenir du Québec s’il n’y a pas de référendum, même dans un deuxième mandat, comme Mme Marois l’a laissé entendre ? Quelle est la différence avec les « conditions gagnantes » de Lucien Bouchard ? PKP serait certainement très utile au camp du oui dans un référendum sur la souveraineté, mais s’il doit simplement faire partie d’un « bon gouvernement » provincial ou même éventuellement diriger le PQ, que restera-t-il de la social-démocratie ?

35 commentaires
  • Denise Lauzon - Inscrite 5 avril 2014 02 h 38

    La caricature du jour

    La caricature du jour reflète très bien cette campagne électorale. Phillippe Couillard a bien réussi à garder dans son placard ses vieux squelettes incluant Jean Charest.

    Donc, malgré son piètre bilan comme Ministre de la santé sous Jean Charest, malgré Arthur Porter, malgré le fait qu'il a dit clairement qu'il souhaite que tous les employés d'usines parlent anglais, malgré l'argent placé dans un paradis fiscal, malgré le fait qu'il est parmis tous les chefs de parti le pire défenseur du français au Québec et malgré bien d'autres choses qu'il serait trop long d'énumérer, il se pourrait que Philippe Couillard soit en voie de devenir le PM du Québec.

    P.S. Il y a un fait qui est passé sous le radar et que les journalistes n'ont pas souligné, c'est qu'hier à 24/60 avec Anne-Marie Dussault, les Chefs de partis étaient invité à participer à un "jeu" questionnaire auquel Mme Marois et un représentant de QS ont participé. Philippe Couillard a refusé l'invitation de Mme Dussault par crainte probablement de perdre son avance que les sondages lui confèrent.

    • lise pelletier - Inscrit 5 avril 2014 09 h 50

      Et François Legault après avoir dit oui, a annulé.

      Décidément les hommes machos font preuve de lâcheté devant l'imprévu des questions.

      La seule femme ayant du courage, elle, elle était là.

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 5 avril 2014 13 h 58

      Avec 20 % du suffrage acquis de tout temps aux libéraux (la quasi-otalité des anglophones et la majorité des immigrants allophones), le PLQ profite de la bonnasserie et de la division des francophones. Cela me révolte de voir le sort de notre pays glisser des doigts la majorité.

  • Carole Jean - Inscrite 5 avril 2014 02 h 49

    Il ne faut pas tout mettre sur le dos du PQ. C’est trop facile.


    Je vois que la distribution des blâmes a déjà commencé !

    Quand on a un détournement d’élection comme on a observé dans cette élection, il serait bon de s’en tenir aux faits.

    Le parti politique qui a voulu dès le début transformer cette élection générale en un « référendum sur un futur référendum », ce fut le Parti libéral du Québec et son chef Philippe Couillard. Vous-même M. David vous avez parlé d’un « Troisième référendum ».

    Cette stratégie libérale fut arrêtée en collaboration avec les stratèges des partis fédéraux, après que M. Couillard eut rencontré Stephen Harper et les chefs des partis fédéraux, et cela avant le déclenchement des élections.

    C’était pour eux la seule façon d’éclipser les vrais enjeux de l’élection tels la corruption libérale endémique ou le besoin d’encadrer les accommodements déraisonnables pour des motifs religieux ou culturels des nouveaux arrivants. Les sondages indiquaient que plus de 60% des électeurs craignaient un nouveau référendum de type constitutionnel. Faire peur au monde pouvait donc être fort rentable pour les libéraux de Philippe Couillard. Et s’ils allaient l’emporter lundi prochain, ils le devraient à cette campagne de peur.

    L’erreur du PQ de Mme Marois fut de ne pas avoir vu venir les coups et d’être allés maladroitement renforcé la stratégie des libéraux.

    Rappelons-nous, cependant, que la responsabilité première de cette campagne de peur revient à ceux à qui le crime profite.

  • Luc Archambault - Abonné 5 avril 2014 02 h 52

    Une élection sur le PQ

    Un référendum ça se gagne avec 50% + 1... ici, les élections pourront être gagnées avec 40% - 1... Si QS est dans le camp du Non au PQ, il perdra même si le camp du NON au PQ gagne en congédiant le gouvernement Marois au profit du PLQ minoritaire en voix... pareil pour la CAQ...

    En fait, c'est une élection sur le NON à l'aveuglement partisan du PQ qui a refusé de faire l'Union des forces démocratiques citoyennes et politique du Peuple Souverain du Québec autour d'un même Programme commun d'État démocratique républicain qui s'engage à donner l'occasion aux Québécois,es de se prononcer sur l'État présent du Canada qui s'impose sans OUI...

    La majorité va sanctionner le fait que le PQ la prive du pouvoir de se prononcer sur l'État présent illégitime du Canada.

  • Nasser Boumenna - Abonné 5 avril 2014 05 h 05

    Implosion

    Je pensais, au pire de la course à la chefferie, il y a quelques années de cela, que le PQ allait imploser, vu les positions divergentes et la bisbille au sein de ce parti. Quelque chose me dit qu'on va repasser par là. Je ne sais pas comment ce parti peut continuer avec des perles du genre: un référendum...quand les québécois seront prêts. Ça ne passe plus.

    • Claude Lafontaine - Abonné 5 avril 2014 13 h 19

      Lorsque le PQ dit : "un référendum...quand les québécois seront prêts" ça ne peut être plus clair, ceux qui continuent à penser que ça ne l'est pas font de l'aveuglement volontaire, ceux qui disent que ce n'est pas honnête de la part d'un parti politique officiellement et depuis toujours indépendantiste font aussi de l'aveuglement volontaire. Il n'est pas surprenant que ceux qui n'y croient pas à l'indépendance du Québec et qui tentent par tous les moyens de "tuer cette option dans l'oeuf", à tout faire pour éviter la discussion sur le fond de cette question, et qui reposent et reposent toujours la même question : "allez vous en faire, oui ou non un référendum dans un prochain mandat" parce que ce qu'ils désirent le plus c'est un autre référendum perdant.

      Ce qui ne passe plus et qui fait affront à l'intelligence des gens, ce sont les campagnes de peur que font les fédéralistes à chaque fois qu'il est question d'indépendance du Québec. Dans le moment c'est évident qu'une majorité de québécois n'ont pas les informations nécessaires pour juger si l'indépendance serait préférable au maintien du Québec dans la fédération.

      Pour moi, la raison qui à elle seule justifie l'indépendance du Québec c'est que c'est le seul moyen qui peut assurer la survie de ma langue et ma culture française, la constitution et la charte canadiennes auxquelles le Québec est soumis sans jamais les avoir acceptées ne peuvent que nous mettre sur la voie de l'assimilation comme c'est arrivé aux autres communautés francophones au Canada, et je ne veux pas de ça pour mes petits enfants.

      Au delà de cette question d'identité, je suis convaincu que le Québec tirerait beaucoup mieux son épingle du jeu économiquement parlant en contrôlant, en planifiant et en gérant son développement lui même (sans les dédoublements et les empêchements imposés par la fédération), que de demeurer dans ce Canada centralisateur qui joue systématiquement contre nos intérêts. Reste à en conscientiser nos concitoyens.

    • Mathieu Gosselin - Abonné 5 avril 2014 13 h 48

      Le problème M. Lafontaine, est que le PQ se contente de dire pas de référendum tant que les québécois ne seront pas prêts. Moi je trouve ça vague et opportuniste. Ça veut dire quoi ça quand les québécois seront prêts? Pour qu eles québécois soient prêts il faut leur en parler, leur vendre le projet, or c'est ce que le PQ ne fait, parce qu'il pense à trop court terme et de facon électoraliste et ne veut autre chose que le POUVOIR. Il est prêt à tout pour y arriver.
      Le PQ ne parle pas d'indépendance parce qu'il a peur de perdre le pouvoir, il laisse planer le doute, oui, le doute, pour ne pas déplaire à une portion de son leadership. Le seul parti capable de vendre le projet souverainiste est Option Nationale! Encore une fois, "quand les québécois seront prêts". Ça veut dire quoi? Ça veut dire quand?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 avril 2014 16 h 13

      « Ce qui ne passe plus et qui fait affront à l'intelligence des gens, ce sont les campagnes de peur que font les fédéralistes »

      Non, ce qui ne passe plus et fait affront à l'intelligence, c'est de prétendre que ceux qui sont rebutés par la perspective d'un référendum sur la souveraineté sont forcément mus par la peur. Je suis toujours étonné de voir à quel point on présume que le courage et le bon sens sont du côté souverainiste et la bêtise et la veulerie du côté des fédéralistes ou même de ceux pour qui la question nationale ne se pose pas avec autant d'urgence.

      Au lieu de les prendre pour une bande de moutons qu'on peut effaroucher avec les leurres les plus grossiers, pourquoi les péquistes n'essaient-ils pas d'abord de comprendre les réserves de leurs concitoyens? Si ce n'est pas par ouverture d'esprit, ils pourraient au moins le faire par sens politique. Si bêtes soient-ils, ces fédéralistes et ces nationalistes mous, il faudra quand même condescendre à essayer d'en convaincre quelques uns, quitte à continuer à mépriser tous les autres...

    • Alfred Dupuy - Abonné 5 avril 2014 17 h 01

      Peut-être que ce que les francophones du Québec n'ont pas encore tout à fait compris, c'est qu'en 1982 le Canada anglais a réussi, en isolant le gouvernement péquiste, à nous faire passer de Peuple fondateur du Canada à une minorité linguistique au même titre toutes les autres communautés linguistiques autres que les anglophones "de souches". Donc, exit nos droits et nos pouvoirs sur notre territoire ainsi que notre voix dans ce grand pays. Et depuis, avec ruse et manigance une certaine élite canadienne réussit à dévaloriser le seul, unique et ultime outil démocratique que toutes les démocraties dans le monde reconnaissent, le référendum. La voix du peuple.

      À mon avis, se nier ce droit est suicidaire et c'est faire le jeu de ceux qui ont tout intérêt à nous faire taire. Le PQ a certainement des défauts, mais c'est lorsqu'il est au pouvoir que nous sommes plus forts. Juste à voir comment le fédéral réagit en dit long sur ce pouvoir.

      En terminant, demandez-vous donc pourquoi le "Canada" ne veut rien savoir de nous permettre d'adhérer à sa constitution? C'est ça les "vraies affaires".

      Alfred Dupuy

  • Jacques Courchesne - Abonné 5 avril 2014 06 h 49

    Excellente analyse.

    Je crois que votre analyse de la campagne électorale est remarquable par son évaluation des forces en présence. Il y a seulement un petit oubli de votre part: comment peut-on expliquer l'apparition d'un affidavit anonyme rendu public par Radio-Canada une semaine avant le scrutin ne soit pas une manoeuvre politique inacceptable dans cette campagne? Je remarque que vous avez omis d'en parler dans vos textes. Quand qu reste de votre évaluation, elle est impeccable.