La reconnaissance d’un investisseur québécois

L’investisseur qui se sent redevable au Québec trouvera plusieurs entreprises saines dont il pourra devenir actionnaire, Saputo et SNC-Lavalin en étant deux exemples.
Photo: Archives Le Devoir L’investisseur qui se sent redevable au Québec trouvera plusieurs entreprises saines dont il pourra devenir actionnaire, Saputo et SNC-Lavalin en étant deux exemples.

Je possède un portefeuille boursier de quelque 850 000 $ qui respecte généralement les règles de prudence et de diversification que vous nous proposez. Or, puisque j’ai travaillé une bonne partie de ma carrière (j’ai 58 ans) dans le secteur public et que je me considère comme étant un Québécois privilégié, j’aimerais bien réinvestir une partie (disons 25 %) dudit portefeuille boursier dans l’économie québécoise. Or, si j’exclus quelques rares entreprises du secteur financier, les choix sont très limités, pour ne pas dire inexistants. Que me conseillez-vous de faire pour atteindre mon objectif, appelons-le de « réinvestissement socioresponsable » ?

 

Denis, Québec

 

Investissement responsable. C’est là une philosophie du placement certes très noble, mais qui n’est pas facile à appliquer. La raison : les bons placements dignes de composer le coeur du portefeuille des petits investisseurs ne sont pas légion. Vous savez, je ne suis pas sûr qu’il existe au Canada quarante entreprises dominant leur marché, très rentables, au bilan solide et montrant un long historique (15 ans et plus) de versements d’un dividende élevé et croissant. Non seulement ces entreprises ne sont pas légion, mais il n’est pas toujours facile d’accumuler leurs actions à un juste prix.

 

Aussi, lorsque vous ajoutez dans vos critères de sélection des considérations d’ordre social et idéologique, vous compliquez passablement votre tâche pour construire votre portefeuille. De tels critères ont pour effet de rétrécir l’univers déjà restreint de sociétés dignes de composer le coeur de votre portefeuille à long terme. L’ajout de tels critères de sélection peut limiter vos choix de placement, de sorte que vous finissiez par payer trop cher les titres des entreprises ciblées, voire par accepter d’acheter des actions d’entreprises dont le risque intrinsèque sera passablement plus élevé que celui des actions des grandes compagnies canadiennes et américaines. Vu vos choix limités, vous pourriez devoir concentrer vos placements dans quelques secteurs, vous privant ainsi d’une saine diversification de votre portefeuille vous permettant de participer aux divers secteurs-clés de notre économie.

 

Pour ma part, vous l’avez compris, je ne suis pas chaud à cette idée. Bien des écologistes voudraient que les gens investissent dans les entreprises dont l’empreinte sur l’environnement est faible. Les autres, elles devraient disparaître. Pourtant, la plupart des dirigeants des grandes entreprises sont très conscients qu’ils doivent sans cesse se préoccuper de l’environnement. Cela sera d’autant plus vrai si nos gouvernements implantent une Bourse du carbone. Cette Bourse, si elle est bien implantée, aura pour effet de forcer les entreprises à comptabiliser dans leurs frais d’exploitation les coûts liés à leur impact sur l’environnement. Ce faisant, les dirigeants devront constamment améliorer leur processus d’exploitation afin d’en réduire l’impact environnemental, qui risque à terme de devenir trop coûteux. C’est justement en marge de cette éventuelle Bourse du carbone que leurs entreprises investissent déjà des centaines de millions de dollars chaque année dans la recherche et développement. C’est en vertu de cette dynamique que les grandes entreprises survivront ou disparaîtront.

 

Les sables bitumineux sont la cible de prédilection des écologistes. Pourtant, ces entreprises sont parvenues au fil des décennies à améliorer les technologies pour exploiter commercialement leurs gisements. Cenovus Energy a adopté une méthode d’exploitation de ses gisements nommée drainage des sols par gravité. Cette approche a pour effet de réduire sensiblement l’utilisation de l’eau, du gaz naturel et du transport par camions afin d’extraire le pétrole lourd des sables bitumineux. Cenovus Energy a même convenu d’acheter le dioxyde de carbone provenant de l’usine de capture que met actuellement en branle la société d’électricité SaskPower à l’une de ses centrales électriques fonctionnant au charbon. Ce dioxyde sera utilisé par Cenovus pour mieux extraire le pétrole de ses gisements.

 

Si l’usine de capture de SaskPower s’avère efficace et commercialement viable (chose qu’on devrait savoir d’ici deux à trois ans), sa technologie pourrait faire en sorte que l’exploitation des centrales électriques au charbon puisse être à l’avenir beaucoup moins polluante.

 

Voilà la dynamique qui anime actuellement bon nombre de grandes entreprises canadiennes dont l’exploitation a un impact plus important que d’autres firmes (que, par exemple, les institutions financières) sur l’environnement. C’est là la dynamique dans laquelle je crois en tant qu’investisseur à long terme.

 

Dans votre cas, par considération socioresponsable, vous dites vouloir réinvestir une partie de votre argent dans les entreprises de la Belle Province, là où vous êtes parvenus finalement à vous enrichir. Un désir parfaitement réalisable alors que, contrairement à ce que vous croyez, le Québec compte plusieurs belles entreprises bien gérées, dont certaines s’imposent aujourd’hui sur le plan international. Je pense à Groupe WSP (auparavant Genivar), à Alimentation Couche-Tard, à SNC-Lavalin, au Groupe CGI, Saputo, CAE, etc. Vous n’avez qu’à vous rendre sur le site Web d’Indice Québec et consulter la liste des compagnies composant l’Indice IQ-30 et IQ-120 pour les repérer. Depuis que la Caisse de dépôt et placement du Québec s’est donnée pour mission d’investir dans les firmes québécoises, leurs actions sont mieux évaluées. Ce faisant, les entreprises québécoises profitent du fait que leurs actions constituent une meilleure monnaie d’échange pour réaliser des acquisitions importantes tant au Canada qu’à l’étranger.

 

Cela dit, en général, les firmes québécoises sont plus jeunes que les grandes sociétés canadiennes. Aussi ne montrent-elles pas un aussi long historique côté versement d’un dividende régulier et croissant. Mais, depuis deux décennies, quelques-unes d’entre elles ont introduit une politique de dividende assez dynamique. Par conséquent, si vous désirez investir une partie (25 % est correct) de votre portefeuille dans les actions de firmes québécoises, vous devriez vous en tenir à celles menant une telle politique du dividende. Les actions de plusieurs de ces firmes s’échangent sur la base d’un taux de dividende de près de 2 %.

 

Le seul problème actuellement pour le petit investisseur : les indices boursiers ont grimpé sensiblement depuis quelques années. Même qu’en 2013, les actions des firmes québécoises ont affiché un rendement supérieur à ceux des divers grands indices boursiers nord-américains. Conséquence : les actions de plusieurs compagnies s’échangent actuellement à de multiples cours/fonds autogénérés assez élevés. Vous devrez donc faire preuve de patience afin de n’accumuler graduellement les titres choisis que sur faiblesse des cours.

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1 commentaire
  • André Dubuc - Abonné 8 avril 2014 18 h 08

    Investissement au Québec rendu facile

    M. Chiasson devrait savoir qu'il existe un indice Morningstar-Banque nationale Québec. Celui-ci est composé des grandes (et moins grandes) compagnies ayant un siège social et oeuvrant entre autres au Québec comme par exemple Valeant, Couche-tard, CN, Saputo etc. L'indice a donné lieu à la création d'un fonds négocié en bourse (FNB) il y a presque deux ans et à l'époque la Caisse de dépôt y avait investi 30 millions$. Les transactions ne sont pas nombreuses mais la liquidité est assurée par le promoteur. C'est donc une façon simple de se procurer un portefeuille diversifié de titres québecois de qualité. Les frais de gestion à 0,5% sont plus que raisonnables. Je sais que M.Chiasson a une aversion pour les FNB mais c'est plus économique que de se constituer un portefeuille de titres individuels.

    Par ailleurs, les lecteurs devraient savoir que nous détenons ce titre dans notre famille.

    André Dubuc