Se la couler douce en avril

Des vignobles du côté de Collioure, avec la Grande Bleue derrière.
Photo: Jean Aubry Des vignobles du côté de Collioure, avec la Grande Bleue derrière.

Il y a de la fluidité dans l’air. La dernière édition du Cellier nous la propose ainsi tout le mois d’avril, avec une gamme de vins bien ventilés, pas piqués des hannetons. De 18 $ à 246 $, pour une moyenne de 42 $ la bouteille (31 produits). Du bonheur ? Oui, il y en a. En ce sens que les vins « parlent », avec esprit mais aussi avec coeur, des vins qui ont des tripes mais qui sont aussi « couillus », comme le veut le patois provençal grivois. Portrait-robot.

 

De nombreux coups de coeur, en somme, pour une émotion à peine contenue. Vous savez, cette sensation jubilatoire spontanée vécue ici à l’image d’un enfant traversé par la vie et que votre chroniqueur intègre à cette idée de beauté évaluée pour ce qu’elle est : à la fois indissociable et intemporelle. Il y a des vignerons qui réussissent non pas ce tour de force, mais ce tour de beauté. Ce sont ceux-là qui, de mon biberon premier (un certain Chambolle-Musigny Les Amoureuses 1978 de chez Roumier), m’aident à boire clair.

 

Parmi ceux-ci, en blanc, ce petit bijou de Laurence Féraud au Château Pégau qui, à 18,35 $ (12131489), transporte avec richesse et vivacité, intelligence et gourmandise. Tracé impeccable pour un blanc qui allie finesse, brillance et longueur. Fait la barbe à d’autres candidats vendus deux fois le prix ! (5)★★★1/2. Cet autre blanc, de la Vallée de l’Okanagan cette fois, le Sauvignon Blanc Réserve 2012 de Mission Hill (21 $ – 11593403), où charme, précision, fluidité et délicatesse se lovent tout naturellement. Le meilleur dégusté à ce jour ! (5)★★★.

 

Qui dit blanc dit chablis

 

Qui dit blanc dit chablis, vous en doutiez encore ? Pas moi ! Jean-Marc Brocard nous propose son Montmains 2011 (30 $ – 12178818) sans une once de compromis, en ce sens qu’il embouteille le terroir avec ce mélange de densité fruitée ponctuée par cette « respiration » minérale typique où fluidité et salinité s’acoquinent sans vous demander votre avis. Savoir-faire évident. (10 +)★★★1/2 ©.

 

J’ouvre ici une parenthèse. Certains d’entre vous ne seront pas du tout d’accord avec moi, mais comme je l’ai sur le coeur depuis longtemps, basta, j’assume ! Question de goût, peut-être, mais je crois sincèrement que les blancs sont en quelque sorte l’avenir du vin. Non seulement doivent-ils réunir, plus que les rouges, des paramètres élevés de qualité pour triompher, mais ils ne supportent pas le moindre fléchissement sur le plan technique.

 

Ici, les terroirs cristallisent, plus que pour les rouges, peut-être, leur empreinte personnelle. La transparence, révélée comme un diamant aux multiples facettes (pour les grands blancs), est capitale. What you see is what you get ! Impossible pour eux de se cacher derrière une barricade de tanins. Leur polyvalence à table, de plus, est indiscutable. Fin de la parenthèse.

 

Je reviens à nos moutons avec ce Vouvray sec 2012 de Vincent Carême (25,35 $ – 11633612), éclat de roche liquide où subtilité, précision, suavité et finesse sont, dans ce millésime « fragile », maintenues sur la corde raide. Tout y est dit en demi-ton, de façon parfaitement articulée. De quoi saliver avec les huîtres ! (5)★★★1/2 ©

 

Côté rosé, un coup de cœur rarement « pompé » pour un rosé mais qui ici, à l’image d’un grand blanc, a rapidement comprit qu’il ne pouvait renier l’empreinte de son grand terroir de Collioure (voir photo). Ce Rectorie Côté Mer Rosé 2012 (25,80 $ – 11632441) nous l’offre, à la manière d’un champagne rosé de la Montagne de Reims mais sans les bulles, avec une profondeur de texture, sur une base minérale forte qui étonne et détonne. 150 petites caisses hélas ! (5)★★★1/2

 

Les rouges ne sont pas en reste. Surtout ce Barolo Dagromis 2008 (69 $ – 11212501) du maître Angelo Gaja. Je dis bien « maître » car, sous la baguette de l’homme, le nebbiolo ne se cherche pas mais il se trouve, sans pourtant faire étalage immodéré de ses qualités, pourtant bien réelles. Maîtrise dans la forme, sobriété dans la ligne, le tout porté par ce souffle inspiré du grand vin. Une émotion qui peine à se contenir ici ! (10 +)★★★★ ©.
 

Grand seigneur lui aussi, dans le même millésime, ce Brunello di Montalcino Casanova di Neri (70,50 $ – 10870157), à la fois racé et profond, au fruité abondant, relevé d’une noble pointe d’astringence en finale.

 

Avec le barolo, une table raffinée s’impose.(10 +)★★★★ ©

 

Quelques bordeaux ? Faudra profiter de ces jouissifs 2009 ! En voici quatre de la Rive Gauche qui ont su préserver un tracé fruité impeccable, lisible mais aussi particulièrement lumineux. Des rouges vendus à bon prix qui vous réconcilient avec l’appellation. Ce Château Maison Blanche (23,20 $ – 11792293) au fruité charnu, gentiment étoffé, gourmand et harmonieux (5 +)★★★ ; cet autre Château Lestage (25,80 $ – 10537426) au solide fruité, le tout bien élevé sous bois, ou encore ce rare Château Tour Haut-Caussan (30,50 $ – 12185516), plus viril et affirmé, au grain fruité compact, de première fraîcheur. Placez-en trois bouteilles en cave ! (5 +)★★★1/2 ©. Enfin, plus féminin celui-là, le séduisant Château Les Ormes Sorbet (35 $ – 11654907), à la fois festif et sérieux, d’une texture presque satinée. Monsieur aimera mais madame, elle, en raffolera ! (5 +)★★★1/2

 

Autres vins, en rafale : Morgon Grand Cras 2012, J.M. Burgaud (21,95 $ – 12136520 – (5)★★★) ; Bourgogne Côtes d’Auxerre 2012, Goisot (22,25 $ – 11259915 – (5)★★★) ; Masari San Martino Vicenza 2010 (26,25 $ – 12184812 – (5)★★★) ; Sebastiani 2010, États-Unis (35,25 $ – 11881974 – (5 +)★★★1/2) ; Castello di Bossi Corbaia 2008 (50 $ – 12108713 – (10 +)★★★★ ©) ; Ornellaia 2011 (189,25 $ – 11973238 – (10 +)★★★★ ©.

 

Banques alimentaires du Québec

 

Les vins sont chers, oui. On rétorquera que c’est un luxe. Oui, encore. Manger à sa faim passe bien avant le fait de boire à sa soif. Oui, d’accord. Une évidence même, indiscutablement indiscutable. Quand les hommes vivront de vin, ils auront depuis réglé l’histoire du pain, chante le poète. Mais on n’en est pas encore là. 400 000 personnes ne mangent pas à leur faim au Québec. Lamentable.

 

En vous procurant une bouteille de vin blanc, du jeudi 10 au samedi 12 avril prochain, vous contribuez, avec la complicité de la SAQ, à remettre 1 $ aux Banques alimentaires du Québec (BAQ). Ciblez quatre vins blancs précis, à savoir le Chardonnay Jacob’s Creek Reserve (17,25 $ – 11677691), le Chardonnay/Pinot Gris Trevini Primo (12,95 $ – 10669197), le Chardonnay/Viognier Castel Sans-Façon (15,20 $ – 11676137) ou encore le Moma d’Umberto Cesari (14,65 $ – 11072851), et ce sont 2 $ qui seront versés aux BAQ. Ah oui, 1 $ équivaut, paraît-il, à 12 $ de nourriture donnée : là, il y a à boire et… à manger !