Une personne d’exception

Le temps de la campagne électorale, le chroniqueur rencontre des candidats des quatre principaux partis, histoire de sonder les origines de leur engagement politique et, peut-être, de conjurer son désenchantement.

C’est la petite maison rouge, m’avait-on indiqué. Ça ne s’invente pas : au milieu de demeures toutes beiges, grises, une petite maison rouge pour un candidat du Parti libéral du Québec.

 

Celui-là a presque exactement mon âge. Il a exactement mon statut social (divorcé, en union de fait), un enfant en plus, mais travaille lui aussi avec sa blonde, qui a les cheveux bruns. Nos maisons ont à peu près la même dimension. La mienne est vieille, dans un quartier un peu punk qui s’embourgeoise. C’est tout moi. La sienne a l’air presque neuve, dans un développement récent de Vanier où, comme une haie funèbre qui soulignerait la mort du goût, s’alignent des maisons en rangées, toutes parfaitement identiques.

 

Je ne le dis pas à Patrick Huot, candidat dans Vanier-les-Rivières, mais c’est beaucoup l’idée que je me fais de son parti : ultra-conformiste. Lisse, lisse, lisse. J’essaie de songer à quelque chose qui pourrait m’ennuyer au moins autant. Des complets tous identiques de chez Moores et des discussions oiseuses dans un 5 à 7 au Boston Pizza, genre.

 

Et lui, si jeune parmi tous ces gens bien établis, qui tournent au gris… Il trouve évidemment que j’exagère quand je parle de son parti comme de celui de l’establishment, d’un rassemblement de vieux monsieurs et de petites madames. « Ça change, dit-il, il y a de plus en plus de jeunes. »

 

Je ne veux pas trop l’obstiner, parce qu’il est vraiment gentil, et pas con du tout. Mais quand je passe en revue l’ensemble des candidats sur le site du PLQ, j’ai l’impression de feuilleter les photos d’un casting pour une pub de dentiers.

 

Mais bon, je connais des vieux bien plus délurés que je peux l’être. Plus allumés que des tas de jeunes. Mon problème avec le Parti libéral, c’est surtout qu’il ne porte guère d’envie, de rêve.

 

L’époque n’est pas très fertile en la matière, concède Patrick Huot. « Mais moi, même si je considère que l’économie est importante, je crois aussi primordial de s’occuper de tout le monde. Des enfants qui ne mangent pas le matin, c’est inacceptable », dit-il, annonçant du coup que la justice sociale dont il se fait le défenseur, c’est beaucoup un rêve. Celui d’un monde moins écartelé entre la richesse et la pauvreté. Comme son comté, économiquement disloqué, où l’on trouve les plus riches et les plus pauvres de Québec.

 

Huot a arpenté son secteur, sonné à toutes les portes. Il sait que ses diplômes en économie et en sciences politiques ne suffisent pas à se faire élire. Inciter les gens à voter pour lui est une affaire de proximité. « Je vis ici depuis longtemps, avec les mêmes problèmes que tout le monde. Le transport, par exemple, je sais trop bien que c’est un enjeu majeur ici. Moi aussi, j’étais tout le temps pris dans les travaux sur Robert-Bourassa. »

 

Un ange passe. Le fantôme de Boubou ?

 

J’en mentionne le nom, les grands projets hydroélectriques, l’historique du parti, Jean Lesage. Évidemment que tout cela l’inspire. Mais Patrick Huot a plutôt le profil de celui qui se met au service des autres. En fait, je ne connais personne qui soit aussi impliqué dans autant de choses. Des conseils d’administration, des fondations, des événements, les sports où il joue à l’entraîneur. « C’est juste normal pour moi, explique-t-il. Mes parents étaient enseignants au primaire, je les ai toujours vus s’investir comme ça. » C’est sa mère, une adorable femme, qui m’a rappelé quand j’ai laissé un message au local électoral. Puis sa blonde, Marie-France Boulay, a fixé notre rendez-vous. Elle s’occupe de ses communications.

 

L’idée de la famille, de la gang, revient souvent, et ponctue notre conversation. Pas pour parler de la sienne, ou de valeurs domestiques que certains politiciens portent un peu trop en bandoulière. La famille dont il parle, c’est son parti. L’ancien conseiller municipal de Duberger à Québec, élu sous la bannière libérale en 2008, puis défait dans un comté redessiné en 2012, s’anime en évoquant son mandat auprès des pointures libérales, et ce qu’elles lui ont transmis.

 

Ce gars est en politique pour aider, pour apprendre.

 

Ah oui, c’est sûr, il est straight à mort. Et, malgré son âge, il ne détonne sans doute pas tant que ça chez les libéraux. C’est dans le reste du monde qu’il s’extrait du lot. Vous, moi. Nous tous qui sommes tournés vers nos propres existences.

 

Pour Patrick Huot, la politique n’est que l’ultime territoire du service public. Un don de soi. Dans un quartier tout beige, ce type est une petite maison rouge.

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2 commentaires
  • Gaetane Derome - Abonnée 29 mars 2014 02 h 49

    Il y avait une personne d'exception.

    Il y avait une personne d'exception au PLQ et qui s'est tenue debout face a son chef M.Couillard et c'est Mme Fatima Houda-Pepin.Et au contraire de ce qu'a dit celui-ci au debat de jeudi,Mme Houda-Pepin affirmait a M.Dutrizac qu'elle a bien ete expulse du caucus liberal.
    http://www.985fm.ca/lecteur/audio/debat-2014-fatim

  • François Dugal - Inscrit 30 mars 2014 08 h 14

    Jeune et libéral

    Jeune et libéral, ben coudonc ...