Le bain de boue

Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, se voulait indigné mercredi matin. Ces coquins de libéraux auraient camouflé une somme de 428 000 $ recueillie illégalement. « Ils ont sali la politique. Ils ont alimenté le cynisme », a-t-il lancé à Marie-France Bazzo.

 

M. Duchesne n’a certainement pas contribué à faire baisser le niveau de cynisme avec ce mauvais théâtre. Dans les journaux du matin, on expliquait que le PQ avait dû publier un communiqué de presse en catastrophe la veille pour annoncer qu’il avait reçu la visite de l’UPAC, après qu’une journaliste de La Presse eut posé des questions embarrassantes. Sans cela, il est clair que le PQ n’en aurait rien dit.

 

Quand on a rappelé à la première ministre Marois que son parti avait fait tout un plat du fait que le PLQ avait passé sous silence la perquisition que l’UPAC avait effectuée dans ses locaux l’été dernier, elle a expliqué que la visite au PQ visait simplement à poser des questions d’ordre général sur son organisation et ses méthodes de financement.

 

Soit, il n’y a pas eu de perquisition en bonne et due forme, ni saisie de documents au PQ. Pas encore. Les informations recueillies par La Presse laissent cependant croire que cela pourrait survenir après la campagne électorale, qui a incité l’UPAC à mettre la pédale douce, comme cela avait été le cas en 2012.

 

L’UPAC s’intéresserait notamment aux activités de la firme de génie-conseil Roche, dont les sympathies libérales sont notoires, mais qui aurait aussi alimenté la caisse électorale du PQ et en aurait laissé des « traces ». Voilà même que réapparaît le nom de Ginette Boivin, cette collectrice de fonds du PQ qui avait jadis initié le président de Groupaction, Jean Brault, à la pratique du prête-nom.

 

Il est vrai que le PQ a toujours misé sur le financement populaire plus que les libéraux, qui étaient plutôt les champions du financement sectoriel. Selon une compilation faite par Le Devoir en 2010, le PLQ avait récolté deux fois plus d’argent quand il était au pouvoir, alors que les revenus du PQ sont demeurés les mêmes que dans l’opposition. Et jamais on n’a connu au PQ l’équivalent du président de Schokbeton, Marc Bibeau, qui était clairement identifié comme le grand argentier du PLQ.

 

La distinction que Mme Marois a faite entre les « quotas » imposés aux ministres libéraux et les « objectifs » par circonscription fixés par le PQ n’était cependant pas très convaincante. Dans certaines circonscriptions où les militants péquistes étaient particulièrement nombreux, il pouvait en effet arriver que de simples députés récoltent plus d’argent que certains ministres. L’ancien député de Masson, Yves Blais, se vantait de faire mieux que son voisin de L’Assomption, qui se nommait pourtant Jacques Parizeau.

 

Pour promouvoir leurs activités de financement, les associations de circonscription s’arrachaient quand même les ministres les plus populaires. Très vite, François Legault, qui dépassait systématiquement ses objectifs dans Rousseau, s’est retrouvé parmi les conférenciers les plus demandés. En réalité, le PQ comptait tout autant que les libéraux sur la notoriété de ses ministres et l’intérêt que les contributeurs pouvaient avoir à les rencontrer.

 

Il est facile pour M. Legault de dire que la CAQ est le seul parti — avec Québec solidaire — à ne pas avoir reçu la visite de l’UPAC. Pourquoi se serait-elle intéressée à un parti qui n’a jamais été en position d’accorder des contrats ? En 2012, la CAQ n’en avait pas moins exigé une contribution de 25 000 $ à ceux qui voulaient défendre ses couleurs, alors qu’elle avait très peu de membres à solliciter. Quand 46 avocats de la même firme avaient contribué à la caisse de la CAQ, cela ressemblait étrangement à du financement sectoriel.

 

Philippe Couillard sait très bien qu’il n’arrivera pas à faire oublier les années Charest et que 36 de ses candidats se sont systématiquement opposés à la création d’une commission d’enquête sur la corruption.

 

Même s’il avait parfaitement le droit de déposer 600 000 $ à Jersey alors qu’il résidait en Arabie, comme l’a révélé Radio-Canada, la simple expression « paradis fiscal » en convaincra plusieurs qu’il y a anguille sous roche.

 

Peu importe, la stratégie libérale a toujours consisté à convaincre la population que tous les partis se retrouvent dans le même bain de boue. Depuis 24 heures, le PQ n’a malheureusement rien fait pour dissiper cette fâcheuse impression.

 

Si elle refuse de passer le « test » proposé par le chef du PLQ en dévoilant le détail de ses actifs et de ceux de son mari, comme cela se fait ailleurs, Mme Marois peut difficilement lui adresser des reproches sur ce point.

 

La pression peut rendre erratique, et celle que Mme Marois doit supporter augmente avec chaque nouveau sondage. Elle a dû se corriger après avoir erronément lié les poursuites dont l’ancien ministre Tony Tomassi fait l’objet à l’octroi de permis de garderies. Le débat télévisé de ce jeudi soir sera certainement le plus stressant de sa carrière.

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