Martine cherche le trouble

Le temps de la campagne électorale, le chroniqueur rencontre des candidats des quatre principaux partis, histoire de sonder les origines de leur engagement politique et de conjurer, pour un moment, son désenchantement. Ou peut-être pas.

L’entrevue se termine. Il est 17 h 20 et la cafétéria de Radio-Canada à Montréal s’est vidée. Nos coudes broient sur la table des miettes de muffin laissées par des journalistes, ou des réalisateurs, ou des comédiens, ou des techniciens, ou un groupe de retraités venus assister à l’enregistrement de l’émission avec France Castel dont j’oublie le nom. Nos dernières paroles se perdent dans le morne océan de beiges et de bruns que compose un mobilier au moins aussi vieux que les décors de Poivre et sel.

 

L’attachée de presse de Martine Desjardins se lève, me demande si je suis un peu moins désabusé de la politique maintenant. La candidate du PQ dans Groulx s’esclaffe. « Avec lui, y a rien à faire. »

 

C’est donc moi qui vais conclure l’entretien, parce que c’est vrai : y a rien à faire. Ce qui ne veut pas dire que je ne crois pas à la sincérité de l’ancienne présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) quand elle me dit cette envie du véritable pouvoir de changer les choses, auquel elle a touché de plus loin dans le lobby étudiant.

 

Mais, comme avec les autres avant, trop de choses m’indisposent dans cette campagne pour ne pas finir par m’exaspérer à force d’avoir l’impression qu’on me prend pour un codinde.

 

Par exemple ? La mise en scène pluriethnique de Bernard Drainville pour défendre la charte. Amir Khadir qui dit que Québec solidaire se prépare à prendre le pouvoir. Philippe Couillard qui joue l’indignation et bande un peu les muscles pour éviter qu’on vienne jouer dans le bobo de l’éthique. Vous voulez que je continue ?

 

J’ai rencontré Martine Desjardins l’an dernier pour la première fois. Elle quittait la Fédération étudiante universitaire du Québec où elle était devenue une vedette de la contestation de la hausse des droits de scolarité. Elle n’avait pas l’intention de se lancer en politique, prétendait-elle. « Mais en parlant d’un dossier dans l’émission de Richard Martineau, je me suis rendu compte que je pouvais chialer, ou je pouvais agir », me dit-elle avec un sourire narquois, pour marquer le coup.

 

Agir, agir. C’est la même Martine Desjardins qui m’avait raconté l’inconfort de Line Beauchamp qu’on avait envoyée au front contre le mouvement étudiant, probablement contre ses propres convictions. Une politicienne aux poings liés, sacrifiée pour sauver de la déroute un gouvernement qui baignait dans le fétide parfum des magouilles présumées. « Et c’est probablement ce qui l’a poussée à la démission », ajoute la candidate dans Groulx.

 

Voilà ce qui me décourage d’autant plus : elle croit que ce sera différent au PQ. « Tu dis ça, mais quand j’ai commencé à négocier avec le Parti québécois, j’ai vu comment c’était, faire de la politique autrement. » De manière plus humaine, insinue-t-elle. Ou, en tout cas, un peu moins télécommandée par les spin doctors. Sinon, elle ne se serait jamais présentée pour ce parti.

 

Elle m’énerve, mais je l’aime bien quand même. Parce que c’est une femme qui fonce, qui a osé dénoncer le sexisme dont elle a été victime pendant la crise, tandis que le principal objet de discussion à son sujet était l’état de ses cheveux. Puis, elle est très habile, surtout pour contourner les questions avec finesse. On n’est pas dupe, mais on finit par suivre son drible du regard, et même quand on se dit : nah, bullshit, elle peut pas penser ça pour vrai, son agilité confine au respect.

 

Je ne suis donc pas étonné une seule seconde qu’elle avoue avoir pris goût à la joute politique pendant le printemps étudiant et les négos. Elle trépigne quand elle en parle, elle en veut encore. Parlons-en : au terme du Sommet sur l’enseignement supérieur, en février 2013, elle avait glacialement serré la main de Pauline Marois, déçue de voir le gouvernement aller de l’avant avec une indexation de 3 % malgré l’absence de consensus.

 

Desjardins se défend en disant qu’elle avait un mandat, qu’elle négociait au nom de la FEUQ et que, finalement, la tenue de ce sommet était en soi une réussite, que dans le lot des demandes, plusieurs s’étaient concrétisées.

 

Une réponse de politicienne. Habile, mais politicienne quand même. Mélange de finesse et de cette pugnacité trouble qui vous permet de défendre une position, même douteuse, avec un incroyable culot.

 

Martine Desjardins fait peut-être de la politique par conviction. Pour défendre la maternelle à quatre ans, par exemple, et les dossiers d’éducation : c’est ce qu’elle a étudié, et enseigné. Mais c’est aussi beaucoup parce qu’elle se nourrit des conflits, de la difficile résolution de problèmes, des tractations, des négociations compliquées.

 

Si le PQ est élu, donnez-lui un ministère au plus vite. Cette fille aime bien trop le trouble pour qu’on l’en prive.

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20 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 22 mars 2014 05 h 27

    Madame Sourire!

    Martine Desjardins est notre soeur sourire à nous, mais sans voile et collerette comme celle de la TV. Une femme très intelligente et qui sait ce qu'elle veut, elle fonce, mais les yeux ouverts. Son sourire charmeur (je soupçonne qu'elle le sait) nous conditionne d'emblée à écouter son message; j'ai écouté Martine en 2012, je souhaite fortement qu'elle soit élue, nous avons grandement besoin d'une relève de ce calibre. Bonne chance Martine mais si tu préfére le mot de Cambronne au mot chance, alors je te le dis; merde.

  • alain petel - Inscrit 22 mars 2014 06 h 42

    Rester libre

    J'aime toujours vous lire M. Desjardins et le résumé de votre rencontre avec Mme Desjardins est fort intéressant. J'ai vu à quelques reprises MD s'exprimer à la télé et, chaque fois, j'ai été ravi par sa vivacité d'esprit. De ce côté, plusieurs jeunes, dans ce débat du printemps érable, ont brillé par leur intelligence, dont GND et MD aux premiers rangs. Mais quel danger guette un esprit libre lorsqu'il se jette derrière la fenêtre d'un parti politique ? Que penser de Léo Bureau-Blouin depuis qu'il a fait le saut en politique ? Sa liberté de pensée s'est comme tue au profit de la ligne du parti et du coup il s'est retrouvé sur la liste des abonnés absents de la tribune publique. Est-ce une façon pour un parti au pouvoir de bâillonner les esprits de revendication, c'est-à-dire en les invitant à joindre ses rangs, en leur enseignant à parelr la langue de contreplaqué si chère à la nomenklatura politique ? C'est le danger, selon moi. C'est ce qu'avait compris Pierre Bourgeault : rester libre.

    • Nasser Boumenna - Abonné 22 mars 2014 15 h 00

      Finalement, des trois, c'est Gabriel Nadeau Dubois qui mérite mon respect. Voilà un jeune qui a décidé qu'il allait attendre encore un peu avant de se faire récupérer par le système des partis. Il étudie, il écrit, il analyse la société dans laquelle il vit, c'est bien mieux que de rentrer dans les rangs comme l'a fait LBB ou prochainement MD si elle se fait élire.

  • Josée Duplessis - Abonnée 22 mars 2014 07 h 02

    le titre

    Quel est le but de votre titre? Je le trouve attirant certe mais il laisse croire que Martine Desjardins est une fauteuse de trouble.
    Moi c'est votre titre pour attirer qui m'indispose.
    Oui c'ast vrai, j'ai lu votre article parce que j'aime bien Martine Desjardins mais sinon...

    • Daniel Lemieux - Inscrit 22 mars 2014 17 h 10

      Supposons que le chroniqueur évoque la possibilité qu'un jour, Martine Desjardins sera confrontée aux contradictions de son parcours... ce qui risque fort bien de se produire si elle est élue et que le PQ conserve le pouvoir.

      Quand il sera question de l'Éducation et des droits de scolarité, nous verrons bien si elle pourra vraiment « faire de la politique autrement ».

    • Eloi Skelling - Inscrit 23 mars 2014 23 h 09

      Réference probable à la serie de livres "Martine.... "(Martine à la Plage)

  • Normand Carrier - Inscrit 22 mars 2014 07 h 23

    De l'idéalisme a la réalité .....

    Martine Desjardins vit ce que toute jeune personne expérimente dans sa jeunesse .... La jeunesse nous enseigne de beaux rêves et de beaux objectifs de vie mais l'expérience nous en montre les limites et les obstacles et nous fait nous ré-ajuster ... C'est ce qu'on appelle le réalisme , ce réalisme que nous avons tous vécu a un moment de notre vie .....
    Il faut toujours garder une dose de rêves mais la majorité s'ajuste aux difficultés de la vie ....

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 mars 2014 14 h 19

      Les difficultés de la vie dont vous parlez sont plutôt les difficultés face au pouvoir d'une "élite" sociale qui, pour plurieurs devrait (ou devront) se présenter à la commission charbonneau.

      J'espère que Martine sera élue et que Gabriel ira bientôt la rejoindre, elle et Léo. Cela nous fera au moins trois députés dont nous sommes certains qu'ils veulent changer les choses.

      André Lefebvre

  • Robert Morin - Inscrit 22 mars 2014 08 h 28

    Énergique

    Et pas défaitiste cette Martine Desjardins. Ne se laisse pas envahir par le cynisme des has been en panne d'énergie. Avoir un but noble, bien sûr il faut s'attendre à devoir se battre, et c'est ça la vie, j'ajouterai la beauté de la vie. Pour les "dépressifs" il y a la vie sécuritaire et mortifière. Ce n'est pas du trouble de se battre pour des idées nobles comme la liberté d'un peuple car le contraire c'est de la lâcheté. Vous êtes des exemples pour la jeunesse Mme Desjardins et M. Léo Bureau-Blouin.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 22 mars 2014 13 h 16

      Pour avoir vu Léo Bureau-Blouin donner une conférence de presse il y a environ un an, je peux vous dire que j'ai une impression fort différente.

      Face à une lourde réalité que l'on ne veut voir, j'ai vu se jeune député oublier qu'il était député d'une circonsription, et nos de la tranche d'âge qu'il représente. Je l'ai entendu déclarer que sa génération voyait les problèmes du vieillissement de la population, et des difficultés budgétaires des finances publiques qui s'y rattachent, et qu'elle le voyait comme un défi, un défi qu'elle est prête à entreprendre avec optimistes....

      C'est n'importe quoi. Juste de prétendre que ça génération le sait est déjà de la grosse bulllshit.

      Une jeunesse en exemple... de ce qu'une autre génération veut entendre se faire dire. Voilà ce qu'ils sont, en réalité.