Bon vent aux démissionnaires

Des larmes ? Pas beaucoup. Ni en Alberta ni à Ottawa. Les départs successifs du ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, et de la première ministre albertaine, Alison Redford, n’ont pas beaucoup ému la presse anglo- canadienne. Dans les deux cas, dit-on, l’heure d’aller voir ailleurs avait sonné.

 

Alison Redford, d’abord. Dans le Calgary Herald, Don Braid écrit qu’elle aura probablement été la première ministre la plus « brillante intellectuellement » dans l’histoire de l’Alberta, mais aussi la moins habile politiquement.

 

Selon le chroniqueur, la démission de Redford montre qu’elle « n’a jamais semblé comprendre que, pour faire de grandes choses, un leader doit d’abord bien faire les petites choses », notamment s’assurer de donner l’exemple en matière de gestion responsable des fonds publics.

 

Un premier ministre provincial n’a pas à se promener avec un accompagnement sécuritaire digne d’un chef du G7, à réserver les hôtels les plus dispendieux et à prendre des vols gouvernementaux si un vol commercial est possible. Ce sont là des détails qui comptent, dit Braid.

 

L’incapacité de Redford à reconnaître ses manquements a fait en sorte que son caucus et son parti l’ont rapidement abandonnée. « Cela n’a rien à voir avec le fait que ce soit une femme : c’est une question de personnalité et d’attitude », pense le chroniqueur.

 

Sa démission était donc inévitable, estime-t-il. Le parti n’arrive plus à récolter d’argent. Les sondages sont catastrophiques, alors que l’économie albertaine va pourtant bien. Seul le départ de Redford pourra redynamiser les conservateurs de la province, dit Braid.

 

Dans l’Edmonton Sun, Lorne Gunter écrit qu’il a été surpris de la rapidité avec laquelle Redford a cédé à la pression. Il ne s’est pas écoulé deux mois depuis qu’un journal a révélé qu’Alison Redford avait dépensé près de 45 000 $ pour assister aux funérailles de Nelson Mandela. L’affaire a causé sa perte — et anéanti tout espoir de succéder un jour à Stephen Harper, écrit Gunter.

 

Il estime qu’il y avait aussi un ras-le-bol général envers son style « condescendant et abrasif ». Redford ne s’est pas aidée avec une attitude « arrogante » et « autocratique » envers son caucus et son parti. Un leader respecté et respectueux de son caucus serait passé au travers de cette crise, pense Gunter.

 

Flaherty

 

La démission de Jim Flaherty a moins étonné. Sa maladie, mais aussi sa sortie contre le fractionnement des revenus, avait convaincu plusieurs journalistes et chroniqueurs de l’imminence de son départ.

 

Au Globe and Mail, l’équipe éditoriale évoque un bilan mitigé. La perte de Flaherty est importante pour le gouvernement, mais son mandat n’a pas été « parfait, loin de là », écrit le Globe.

 

Flaherty aura été le ministre des déficits, dit le quotidien. Son plan de relance économique tenait plus de Keynes que de la droite conservatrice, mais il était nécessaire et il a fonctionné, pense-t-on.

 

Jim Flaherty a toutefois fait des erreurs importantes, soulève le Globe. Réduire la TPS de 2 points de pourcentage était un choix populiste, certainement pas une bonne politique publique — il aurait dû réduire les impôts, estime le quotidien. Autre grief : au lieu de suivre un principe du conservatisme économique qui vise la simplification des tables d’imposition, Flaherty a introduit des crédits d’impôt et différentes mesures d’allégement fiscal ciblés pour séduire certaines clientèles.

 

Jim Flaherty aura aussi été un ministre très politique, écrit Andrew Coyne dans le National Post. Il a politisé les Finances et transformé le rôle et l’importance des budgets, dit-il. Coyne critique la méthode Flaherty : notamment des tonnes de crédits d’impôt qui empêchent de bien lire les colonnes de dépenses et de revenus. Les difficultés du directeur parlementaire du budget à bien évaluer l’état des finances montrent le problème.

 

Coyne se demande qui était le vrai Flaherty : celui qui a augmenté les dépenses de 40 % pendant ses quatre premiers budgets ou celui qui les a contrôlées par la suite ? Celui qui, à l’encontre de toute logique économique, a réduit la TPS plutôt que les impôts, et qui a ensuite alourdi la structure fiscale avec toutes sortes de cadeaux fiscaux partisans, ou l’innovateur qui a créé les CELI et éliminé des tarifs d’importation ?

 

Flaherty n’a pas été qu’un échec, pense Coyne. Il a manifesté un calme rassurant pendant la crise, et le Canada est en bonne posture par rapport aux autres pays du G7. Mais, à la fin, il paraissait avoir perdu le contrôle. Le prouvent ses prises de bec avec les banques sur la question des hypothèques et sa sortie contre le fractionnement du revenu.

 

En éditorial, le Toronto Star applaudit au départ de Jim Flaherty. Ses trois derniers budgets montraient un « ministre obsédé par un objectif : éliminer le déficit avant les prochaines élections ». Une vision qui manquait d’à-propos alors que la croissance économique demeure faible et le chômage, élevé, pense le Star.

 

Le quotidien critique surtout les gestes de Flaherty ayant réduit la capacité d’action du gouvernement fédéral, soit la baisse de la TPS et de l’impôt des entreprises — deux mesures qui privent le gouvernement d’au moins 14 milliards de revenus par année. Le Star souhaite au nouveau titulaire d’amener quelques « idées fraîches ».