Moments de zénitude culinaire

Comme il y a peu de places et que le patron de Chinoiseries et Dumplings aime l’harmonie, il y a également peu de propositions au menu. Trois soupes, cinq dumplings, un dessert. Plus zen que ça, tu es une potiche à l’entrée d’un temple.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Comme il y a peu de places et que le patron de Chinoiseries et Dumplings aime l’harmonie, il y a également peu de propositions au menu. Trois soupes, cinq dumplings, un dessert. Plus zen que ça, tu es une potiche à l’entrée d’un temple.

Douze places assises. Autant vous le dire tout de suite, comme ça, vous ne m’en voudrez pas si, au téléphone, une voix sensuelle vous répond que c’est plein. Enfin, sensuelle pour certaines ou pour certains, la voix en question étant celle du patron que personnellement je trouve très mâle.

 

Douze places assises et aucune debout, ça ne fait pas beaucoup pour une critique de restaurant, me direz-vous. Ce à quoi je répondrais, puisque vous et moi dialoguons courtoisement, que dernièrement j’ai visité quelques grandes surfaces de restauration dont vous préférez ne pas m’entendre parler. Je parlais de courtoisie, restons donc courtois. Je vous estime trop pour vous les imposer.

 

Du bonbon

 

Alors que cette petite chose : du bonbon. Le genre d’endroit où vous irez goûter à la simplicité quand vous serez las de tout le tralala des maisons dans le grand vent. Ici, c’est une brisette qui caressera votre visage, vous réchauffant les jours de froidure, rafraîchissante dans la canicule.

 

Assez ironiquement, le patron, un fougueux pure laine ayant vécu une vingtaine d’années en Chine, me disait qu’il aime tout de ce pays, et notamment la cohue, la démesure et la cacophonie de Hong-Kong, Shanghai ou Pékin. Quand on voit le calme impérial qui règne dans son petit établissement, on se dit qu’après 20 ans de klaxons, une personne normalement constituée apprécie plus que tout la langoureuse mélopée des deux cordes d’un erhu s’il accompagne un joli bol de soupe.

 

Comme il y a peu de chaises et que le patron aime l’harmonie, il y a également peu de propositions au menu. Même pas une dizaine, ce qui m’a permis de tout tester pour vous. Toujours cet esprit de sacrifice. Trois soupes, cinq dumplings, un dessert. Plus zen que ça, tu es une potiche à l’entrée d’un temple.

 

Avant d’aller plus loin, pour celles et ceux qui auraient coulé le cours « Manger ethnique 101 », le dumpling est une boulette de diverses choses généralement entourée de pâte dont se délectent les Chinois.

 

Plus le dumpling est bon, plus la chose en question est raffinée et la pâte fine. Chez Chinoiseries Dumplings, la chose est on ne peut plus savoureuse et la pâte de farine de blé, d’une finesse exceptionnelle.

 

Au menu

 

Commençons par les soupes. Ce bouillon, par exemple, est d’un équilibre parfait. On devine la citronnelle, la feuille de combava, l’anis et le gingembre. On les devine à peine car le bouillon de poulet reste au premier plan et s’accommode des autres ingrédients qui viennent le soutenir. Dans ce bouillon, quelques dumplings moelleux faits de porc et de crevettes.

 

Comme ces dumplings-ci sont faits à la main, on y trouve de jolis morceaux de crevettes ou de champignons shitake coupés amoureusement par quelque expert en découpage. Vous pouvez toujours chercher, en vain, cela dans des dumplings industriels où l’on injecte de la bouillie dans une pâte souvent quelconque.

 

Pour les variations de saveurs, la maison propose de petites bouchées au fond légèrement doré par un passage délicat à la poêle et au dessus moelleux.

 

Une version végétarienne, shitake, tofu et chou, un duo porc-bok choy et poulet-bok choy, puis une assiette de mini-dumplings au porc et gingembre que l’on peut accompagner d’une sauce aux arachides, assez guillerette elle aussi.

 

En guise de dessert, un petit tapioca au lait de coco, mangue et lime : rien de transcendant, mais à ce stade du repas, vous aurez atteint un tel niveau de zénitude que vous ne prêterez plus attention à de tels détails bassement matérialistes.

 

Vous serez plutôt concentrés sur la qualité des thés et l’application à les servir ; sur les petites attentions de la maison quant aux détails, sauces maison élaborées pour s’agencer parfaitement avec les goûts de tel ou tel plat et salade de chou à la hongkongaise.

 

Les vinaigres

 

Vous serez amusés par la demi-douzaine de vinaigres chinois (à base de savants mélanges de céréales et non seulement de riz, comme le sont la plupart des vinaigres japonais) ou par la variété de pâtes et de sauces de soja pimentées.

 

Vous aurez tellement aimé votre séjour dans cette minuscule maison que vous voudrez emporter chez vous quelques paquets de ces dumplings congelés afin de prolonger le plaisir.

 

L’honorable Monsieur Chinoiseries fournit un mode d’emploi qui vous garantit de réussir une cuisson qui impressionnera vos proches. Peut-être pas la première fois, mais tout est question de patience. Rappelez-vous ce que disent les Cambodgiens en regardant leurs presque voisins chinois s’épivarder dans tous les sens : « Le boeuf est lent, mais la terre est patiente. »

 

Ouvert de 11 h 30 à 20 h du mercredi au lundi. Normalement, ça devrait vous coûter une douzaine de dollars par personne, midi ou soir. Mais ça vous coûtera toujours plus, car vous vous laisserez emporter par votre enthousiasme naturel, et va que je te goûte un autre dumpling et va que je prends un autre thé et le dessert, et encore du thé, et l’on n’en finit plus. En tout cas, moi, la dernière fois, une soupe won-ton à 8,70 $ et j’étais heureux. Je dis ça comme ça.


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Chinoiseries Dumplings

4507, rue Chabot, Montréal