Le bon soldat

Ottawa — Avec le départ du cabinet du ministre des Finances, Jim Flaherty, le premier ministre Stephen Harper perd un de ses soldats les plus fidèles et les plus accommodants. Ce que M. Harper voulait, Jim Flaherty l’exécutait.

 

Il a pris les commandes du ministère des Finances alors que le pays affichait un énième et généreux surplus. Malgré la manne, il a commencé dès l’automne 2006 à sabrer les programmes et subventions qui déplaisaient aux conservateurs, comme l’aide financière à certains groupes de femmes ou le programme de contestation judiciaire destiné aux minorités.

 

Il a réduit les taxes et les impôts avec zèle et voulait faire de même avec les dépenses. Alors que la récession pointait à l’horizon à l’automne 2008, il a mis le feu aux poudres en présentant un énoncé économique qui faisait fi du plan de relance réclamé par tous.

 

Menacé d’être défait par l’opposition, M. Harpera demandé et obtenu la prorogation du Parlement. Au retour, le bon soldat Flaherty dévoilait le plan de relance économique qui allait replonger le pays dans le rouge, mais lui permettre de résister au ralentissement économique.

 

Il a gagné son pari, le Canada s’en tirant mieux que la plupart des pays du G7, un fait qui est devenu la carte de visite gagnante des conservateurs par la suite, en particulier durant les élections de 2011.

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Il restait toutefois à revenir à l’équilibre budgétaire promis durant cette campagne. M. Flaherty y a mis toute son énergie, mettant l’appareil fédéral au régime sévère tout en continuant à réduire les impôts. Une double opération qui a permis de modeler l’État fédéral à l’image que s’en font les conservateurs.

 

En renonçant à des dizaines de milliards en revenus (réduction de la TPS et diminution de l’impôt des entreprises durant la récession), M. Flaherty s’est retrouvé avec un déficit plus lourd qu’il ne l’aurait été autrement, mais cela avait l’avantage de justifier les coupes qui ont suivi et qui se poursuivent.

 

Jim Flaherty a toutefois cru pendant un moment ne pas pouvoir atteindre la cible du déficit zéro à temps pour l’élection de 2015. Il l’a dit, mais s’est vite fait rabrouer publiquement par le premier ministre. Malgré le désaveu public, le bon soldat est rentré dans le rang et a depuis livré la marchandise. Si tout se passe comme prévu, les conservateurs auront un surplus à mettre en vitrine l’an prochain.

 

Il avait toutefois un point de désaccord important avec plusieurs de ses collègues, ce qui n’est devenu apparent qu’au moment du dernier budget. Il ne voulait pas utiliser le futur surplus qu’il allait permettre au gouvernement de dégager l’an prochain pour financer une mesure fiscale qu’il disait trop inéquitable, soit le fractionnement du revenu aux fins d’impôt pour les familles avec enfant. Après avoir semblé l’appuyer, M. Harper est revenu à son idée originale sous la pression de son caucus.

 

M. Flaherty dit que le temps est venu de faire autre chose après avoir passé plus d’années que quiconque à la tête du ministère des Finances. Chose certaine, il part avec le sentiment du devoir accompli puisqu’il a donné à M. Harper les moyens d’avoir ce qu’il voulait ; un surplus pour les prochaines élections.

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M. Flaherty laisse toutefois derrière lui des programmes et une fonction publiqueexsangues, un régime fiscal brouillon et un processus budgétaire plus opaque que jamais.

 

C’est sous son règne que les projets de loi budgétaires omnibus sont devenus la règle et que des mesures litigieuses sont passées inaperçues sous la masse d’amendements à des dizaines de lois disparates. C’est ainsi, par exemple, qu’il a réussi en 2007 à faire en sorte que le gouvernement n’ait plus besoin de l’approbation du Parlement pour faire des emprunts.

 

Il y a aussi une proportion croissante des dépenses fédérales qui échappe à l’examen des élus. En 2014-2015, la proportion de dépenses « votées » ne représentera que 37 % des autorisations accordées par le Parlement, indique un rapport publié mardi par le directeur parlementaire du budget. Le reste consiste en des dépenses « législatives », c’est-à-dire qui sont inscrites dans une loi, mais qui ne sont pas soumises à un mécanisme de suivi une fois la loi adoptée.

 

Ce n’est guère mieux pour les dépenses que supervisent les députés. Le budget présenté le 11 février dernier prévoyait des dépenses de 279,2 milliards de dollars pour l’année 2014-2015. Présentés deux semaines plus tard, les crédits pour la même année parlaient plutôt de 235,3 milliards. Erreur ? Non. Simple résultat de méthodes comptables différentes adoptées en 2003.

 

Jusqu’en 2007, le gouvernement fournissait aux parlementaires un tableau comparatif des données présentées dans les deux documents. Cela simplifiait la tâche des députés, mais les conservateurs ont cessé cette pratique sans que l’on sache pourquoi.

 

Jim Flaherty a su manoeuvrer par des temps difficiles sans jamais totalement perdre de vue les objectifs de son parti, qui étaient de changer le visage du gouvernement fédéral, du Parlement et du Canada. Son chef n’a jamais été friand des grands énoncés de politique. Il a toujours préféré se servir des leviers financiers pour arriver à ses fins. Il a trouvé en Jim Flaherty l’allié parfait.

2 commentaires
  • Normand Murray - Inscrit 19 mars 2014 12 h 18

    L'évidence.

    Le roi Harper change sa cour son valet quitte et les goussets du royaume rempliront les oubliettes car le nouveau gardien des clefs pense comme son souverain que tout ce pécule leur appartiens de droit sans tenir compte qu'en réalité cet argent est le nôtre en réalité.Rajoutons que sans nous ceux qui payent son royaume s'effondrerait car nous sommes les seuls à payé.p.s: Il y a des îles remplis de trésors cachés car que voulez-vous lorsqu'on est ami avec ces pirates les expéditions pour retrouver ces trésors n'ont même pas de pelles pour débusquer les butins de ces flibustiers de notre économie.

  • Pascal Barrette - Abonné 19 mars 2014 13 h 27

    Le Messie

    Grand merci Madame Cornellier de nous rappeler que Stephen Harper s'est servi de Jim Flaherty pour «mammouthiser» son gouvernement en s'accaparant le plus de pouvoirs, en saccageant les processus démocratiques, en écrasant par inanition les groupes de pression, en triturant une pléthore de lois sans études ni consultation, en «marionnettisant» les députés, en asphyxiant l'environnement, en cadenassant l'information, en grimant les Affaires étrangères en négoce, en se déguisant en statisticien, en se fourrant le doigt dans l'éprouvette des scientifiques, en muselant les droits de la personne, en reniant les Premières Nations, en destituant les fonctionnaires au rang de domestiques, tout ça au nom du Père «pétrophile», du Messie «Privus Redemptor» à l'autel duquel il a déposé ses offrandes fiscales, celles des 99 pour cent agenouillés aux pieds du «Premier» pour cent.

    Pascal Barrette, Ottawa