Ce que révèle PKP

Pour un regard différent sur la campagne en cours, Le Devoir a invité le directeur de l’Institut du Nouveau Monde, Michel Venne, à signer chaque samedi avant le scrutin une chronique laissant préséance aux considérations qui guideront l’électeur dans son choix.

S’il est commode de classer les électeurs par catégories, ceux-ci sont des animaux complexes dont le comportement ne s’explique jamais par une seule variable.

 

Si l’on peut dire que, pendant longtemps, le débat politique québécois s’est structuré autour de l’opposition entre souverainistes et fédéralistes, les divisions se déploient plus que jamais sur deux axes.

 

Les Québécois sont partagés, comme toujours, sur la question nationale. Mais leurs différends s’expriment aussi sur un axe gauche-droite auquel nous étions moins habitués. L’opposition entre la gauche et la droite existait, bien sûr, mais elle était moins vive qu’elle l’est aujourd’hui.

 

D’un côté, une certaine droite décomplexée occupe l’espace médiatique, révélant du même coup, certes, la prégnance d’idées conservatrices au sein de la population québécoise, mais surtout une insatisfaction à l’endroit des services publics et des impôts. La CAQ est allée chercher en 2012 une partie de cet électorat.

 

De l’autre, l’indécence dans laquelle se prélasse une hyperclasse de privilégiés à l’échelle mondiale, pendant que s’accroissent les inégalités, a suscité de nouvelles sympathies pour la gauche. Celle-ci souffre sans doute des difficultés que connaît le mouvement syndical, mais elle s’est enrichie de la mouvance écologiste. Elle s’est structurée dans le champ partisan en faisant élire, sous la bannière de Québec solidaire, deux porte-parole solides et appréciés, y compris par des citoyens qui ne voteront jamais pour eux.

 

Entre ces deux pôles, Pauline Marois penchait plus vers la gauche en 2012. Cela ne lui a pas donné de majorité. Il semble que le parti fasse le pari cette fois-ci que la majorité est atteignable en mettant à l’avant-plan la question nationale plutôt que la question sociale et l’économie plutôt que l’écologie.

 

En vertu de cette hypothèse, la candidature de Pierre Karl Péladeau s’explique aisément. Mais les réactions partagées que soulève la candidature du magnat de la presse, pourtant une grande pointure, traduisent la complexité nouvelle de la carte politique québécoise.

 

Comme on l’a vu, il ne suffit pas que PKP affiche son allégeance souverainiste pour que tous les souverainistes lui emboîtent le pas. Car il y a des souverainistes campés à gauche qui ne voudront jamais se montrer avec lui, jugé trop à droite pour eux.

 

Le même danger guette les libéraux, d’ailleurs. Tous les fédéralistes ne sont pas de centre droit. Ce n’est pas pour rien que Thomas Mulcair jongle avec l’idée de créer un NPD-Québec. Et cela explique en partie pourquoi Philippe Couillard cherche à les rallier tous en agitant, lui aussi, un fanion patriotique.

 

Cela pourrait révéler que les valeurs sociales des Québécois sont désormais au moins aussi structurantes pour le débat politique que les valeurs nationales. En même temps, des souverainistes de gauche se rallient derrière PKP. C’est dire que les valeurs nationalistes ont encore une capacité mobilisatrice.

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L’effet produit par l’entrée en scène de M. Péladeau révèle également une autre chose : aux élections, les personnalités comptent plus que les programmes. En 2012, la présence autour de François Legault des Duchesneau, Barrette, Anglade, Cohen et Dubé a eu un grand impact. Il a fallu de même un effet Layton pour provoquer la vague orange, délogeant le Bloc québécois.

 

Il y a un effet PKP comme il y eut un effet Duchesneau parce que les élections servent à désigner nos gouvernants, et non pas à choisir les politiques qu’ils adopteront. Tout tient dans la confiance en cette personne et dans la capacité de s’identifier à elle davantage sur le plan des valeurs ou des affinités culturelles, ou pour ses compétences indéniables, que sur le contenu précis des engagements.

 

Le programme du PQ n’est pas substantiellement modifié par rapport à celui de 2012. Pourtant, l’atterrissage de PKP a eu l’effet d’un électrochoc dont l’impact est encore indéterminé.

 

C’est aussi pour cette raison que toutes les questions d’éthique entourant l’élection éventuelle de l’actionnaire de contrôle du principal groupe médiatique au Québec font autant jaser. Surtout que la question de l’intégrité des hommes et des femmes politiques est devenue un enjeu de premier plan. Ici, c’est l’homme qu’on juge et non son allégeance partisane. Aux élections, c’est cela qu’on fait toujours : juger l’homme ou la femme qui prétend pouvoir nous représenter.

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