Rien que du vrai

Sagaces comme pas un, nous entrevîmes la dernière fois qu’il se pourrait fort que des forces maléfiques soient continuellement à l’oeuvre pour truquer des affaires dans le merveilleux monde du sport™, qui ne serait en conséquence pas si merveilleux qu’il ne prétend en avoir l’air. Nous constatâmes que le basketball se prêtait particulièrement bien à ce sombre exercice pour des motifs qui le regardent, et encore nous n’abordâmes pas ce qui demeure sans l’ombre d’un doute la controverse olympique du siècle. Dans le match pour la médaille d’or aux Jeux de Munich en 1972, les arbitres rendirent quantité de décisions douteuses dans les derniers instants (dont l’ajout de trois secondes fantômes de jeu) qui permirent à l’Union soviétique de vaincre les États-Unis 51-50. Les Américains devaient d’ailleurs refuser leur médaille d’argent et, plus de 40 ans plus tard, lorsqu’on réexamine les faits sur vidéo, on ne peut qu’être consterné à la fois par l’ampleur de la fumisterie et par son orchestration formidablement maladroite.

 

Les théories du complot trouvent aussi un terreau fertile dans d’autres disciplines. Au hockey, par exemple, il ne vous sera vraiment pas difficile de trouver quelqu’un qui vous expliquera la véritable raison pour laquelle Wayne Gretzky a été échangé des Oilers d’Edmonton aux Kings de Los Angeles en 1988. Non madame, ce n’est pas parce que le propriétaire des Oilers, Peter Pocklington, avait grand besoin d’argent. Non monsieur, ce n’est pas non plus qu’il voulait rester proche de sa Janet qui faisait carrière du côté de Hollywood.

 

En fait, c’est la Ligue nationale soi-même en personne qui aurait ordonné en coulisses la transaction. Car chacun sait que la LNH désirait augmenter sa popularité dans le sud des États-Unis en vue de l’implantation de franchises d’expansion, au cours des années suivantes, à San Jose, à Anaheim, à Tampa Bay, en Floride, et à Atlanta. La ligue, qui se distingue par son omniscience, savait aussi que les North Stars du Minnesota allaient déménager à Dallas et que les Jets de Winnipeg prendraient le chemin de Phoenix. Et elle savait que son futur commissaire serait Gary Bettman, un fervent partisan du hockey dans le Sud en général. Vous voyez, tout s’éclaire.

 

Baseball ? Il est de notoriété publique et parapublique qu’après la désastreuse grève des joueurs de 1994 qui a forcé l’annulation de la Série mondiale (et commodément privé nos Expos, le meilleur club au monde cette année-là, d’un très probable championnat), les ligues majeures ont comploté pour favoriser en secret l’utilisation de stéroïdes qui provoquerait une augmentation du nombre de coups de circuit, ce qui attirerait les foules désenchantées par le conflit de travail.

 

Et si vous croyez que la victoire des Giants de New York dans leur série de bris d’égalité face aux Dodgers de Brooklyn en 1951 — décidée par la Shot Heard ‘Round the World de Bobby Thomson — était aussi légitime que spectaculaire, détrompez-vous de toute urgence. Les Giants volaient en effet les signaux de leurs rivaux grâce à un espion posté dans les gradins du champ extérieur et muni d’un télescope. On ne sait trop comment l’information était relayée, mais il faut croire que les frappeurs connaissaient la nature des tirs à venir.

 

Par ailleurs, nous savons maintenant pourquoi Joe Namath a pu « garantir » avec autant d’assurance la victoire de ses Jets de New York, pourtant lourdement négligés, au Super Bowl III en 1969 : la NFL avait ordonné aux Colts de Baltimore de perdre afin de montrer que l’AFL, représentée par les Jets, n’était pas si inférieure que ça au vénérable circuit, et ainsi faire la preuve que l’imminente fusion des deux ligues serait une bonne chose.

 

Et bien sûr, si le but marqué par la main de Dieu au profit de Diego Maradona contre l’Angleterre à la Coupe du monde de soccer de 1986 a été accordé, ce n’est pas parce que l’arbitre, mal placé, n’a pas vu la séquence, non non non. Soyez convaincu qu’il a plutôt refusé de siffler parce qu’il avait favorisé l’Argentine dans la guerre des Malouines. Parfaitement, c’est tout vrai.

 

Il y a aussi Michael Phelps. Aux Jeux de Pékin en 2008, Phelps a remporté le 100 mètres papillon — et une septième médaille d’or, abaissant le record établi par Mark Spitz en 1972 — en devançant le Serbe Milorad Cavic par un grand total de, 01 seconde. Mais s’il a réussi à le faire, c’est que la plaque qu’il devait toucher sous l’eau pour arrêter son chrono était hypersensible. Ça se peut.

 

La prochaine fois, nous verrons que le complot d’entre les complots s’est déroulé sous nos yeux incrédules et que nous savons tous qu’au fond, le but d’Alain Côté était bon.

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