S’il fallait…

Dès le déclenchement de la campagne de 2012, un sondage de Léger Marketing avait semé l’inquiétude dans l’esprit des stratèges du PQ. Et s’il fallait se contenter d’un gouvernement minoritaire ? « C’est le pire des scénarios », avait confié un apparatchik.

 

Certes, la présente campagne est encore jeune et le premier tiers a déjà réservé son lot de surprises, mais le sondage Léger Marketing dont Le Devoir dévoile aujourd’hui les résultats a aussi de quoi inquiéter. Le PQ semble plafonner, alors que le PLQ continue à progresser. L’avance de 22 points que le PQ détenait chez les francophones il y a dix jours a été réduite à 17. S’il fallait… Un deuxième mandat minoritaire serait nettement plus pénible que le premier.

 

En dramatisant à outrance son engagement envers la souveraineté, Pierre Karl Péladeau ne pensait certainement pas faire déraper la campagne prudente que voulait mener Pauline Marois, qui n’en finit plus de s’empêtrer dans les détails d’un projet dont elle voulait parler le moins possible.

 

M. Péladeau cherchait vraisemblablement à se faire pardonner au nom de la cause sacrée de l’indépendance son passé de capitaliste sans âme. À voir l’accueil enthousiaste que lui ont réservé bon nombre de progressistes, il y est largement parvenu, même si le monde syndical n’oubliera pas ses méfaits aussi facilement.

 

À court terme, cet improbable mariage pourrait être viable. Pendant que tout le monde s’affairera à la préparation du référendum, les dossiers qui risqueraient d’opposer M. Péladeau aux membres plus progressistes du gouvernement et à la base militante du PQ pourront toujours être remis à plus tard.

 

Cela suppose toutefois qu’il y ait un référendum à la clé. Un gouvernement minoritaire devrait évidemment y renoncer. La simple présentation du livre blanc sur l’avenir du Québec n’aurait plus aucun sens. La gestion des « vraies affaires », comme l’atteinte du déficit zéro, le financement des soins de santé ou encore la révision du Code du travail, risque d’être nettement moins consensuelle. Sans parler du leadership de Pauline Marois, qui serait inévitablement remis en question.


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L’entrée en scène de PKP devait attirer les électeurs de la CAQ, pas les effrayer. Appeler à l’indépendance en levant le poing n’était certainement pas la meilleure méthode. S’ils devaient appuyer un autre parti, 43 % passeraient chez les libéraux et seulement 17 % au PQ, selon le sondage Léger Marketing–Le Devoir. La dernière chose à faire était de leur donner une raison de le faire.

 

Si la souveraineté a l’appui de 50 % des francophones, cette proportion n’est que de 20 % chez les électeurs caquistes. Pour 45 % des péquistes, une victoire le 7 avril donnerait au gouvernement le mandat de tenir un référendum, mais seulement 23 % des caquistes sont de cet avis. Bref, la CAQ est avant tout un parti de fédéralistes, qu’une élection transformée en référendum sur la tenue d’un référendum risque de précipiter dans le camp libéral.

 

On peut toujours louer le courage de François Legault, qui continue à prêcher l’austérité, même si c’est dans le désert, mais la dégringolade de la CAQ, qui ne recueille plus que la moitié des votes de 2012, consacre l’échec de sa tentative de convaincre les Québécois de mettre la question nationale en veilleuse.


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Brandir l’épouvantail référendaire n’est cependant pas sans risque. Philippe Couillard ne pouvait pas accuser continuellement Mme Marois d’avoir un « agenda caché » sans faire connaître le sien. S’il devient premier ministre, il s’engage à entreprendre une vaste tournée au Canada anglais pour y plaider les mérites d’une reconnaissance de la « société distincte », mais il doit prier le ciel que personne ne lui oppose une fin de non-recevoir d’ici la fin de la campagne.

 

En 1998, Jean Chrétien avait brutalement rejeté les timides demandes de Jean Charest en déclarant que la Constitution canadienne n’était pas un « magasin général » où chacun peut acheter ce qu’il veut. Le chef du PLQ ne se fait sûrement aucune illusion sur l’appétit de discussions constitutionnelles dans le reste du pays, mais il doit sans doute compter sur la frousse provoquée par l’arrivée de M. Péladeau pour que personne ne dise trop brutalement avant le 8 avril que le magasin général est définitivement fermé.

 

Tous les Québécois ne partagent pas le confort que, de son propre aveu, le statu quo constitutionnel procure à M. Couillard, mais il a indéniablement l’avantage d’être familier, tandis que la souveraineté comporte bien des inconnues. Plusieurs de ceux qui s’inquiètent des lendemains d’un Oui sont néanmoins mal à l’aise à l’idée de voter Non et préféreraient ne pas avoir à trancher. C’est peut-être le plus grand danger qui guette le PQ.

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