Monsieur le directeur

Le temps de la campagne électorale, le chroniqueur rencontre des candidats des quatre principaux partis, histoire de sonder les origines de leur engagement politique.

Les pythies prophétisent que cette élection sera celle du chant du cygne pour la Coalition avenir Québec.

Mario Asselin ne s’en émeut pas trop. Le candidat de la CAQ dans Louis-Hébert a l’habitude des projets zombies. Surtout des histoires d’écoles qu’on allait fermer, à la tête desquelles il se retrouvait. Des écoles religieuses, revenues de la mort par voie laïque. Un peu comme Lazare, avec Mario à la place de Jésus.

J’exagère. Mario Asselin ne fait pas de miracles. Il ne se vante pas non plus d’en être capable. Le dada de ce directeur d’école, c’est de bousculer l’ordre établi pour faire avancer les choses. Plus encore, il cherche à impliquer les principaux intéressés dans la résolution d’un problème.

Lorsqu’il arrive à la direction de l’Institut St-Joseph, en 2002, il munit tous les élèves d’ordinateurs et les dote d’un blogue personnel. C’est l’autre obsession du bonhomme, qui a la mi-cinquantaine : la technologie, l’accessibilité, la transparence.

La catastrophe arrive pourtant par là dans l’école dont il vient de prendre les rênes. Les blogues des élèves sont des florilèges de fautes, provoquant l’ire des parents et d’un conseil d’administration catastrophé. « J’ai réuni les élèves ; ils adoraient l’idée du blogue, mais comprenaient bien le problème qu’il posait. La solution est venue d’eux. » Les textes seraient donc rangés en deux catégories, ceux en construction et les finaux. Ils ne seraient évidemment jugés que sur ces derniers. « Je n’en ai plus jamais entendu parler. » Sauf en bien.

Mario Asselin s’exprime avec abondance et vigueur, son vocabulaire contenant très peu d’intox. On en vient à se demander ce qu’il fait là. Il raconte que, de l’école, il est passé à la consultation. Là, en conseillant plusieurs écoles à la fois, des agences gouvernementales et des ministères, il a pu mesurer l’effet direct de ses connaissances et de son expérience sur la société.

Le prochain pas, c’était d’influer directement sur la législation, les programmes.

C’est François Legault qui l’a approché. Depuis la dernière élection en 2012, il pilote en coulisses les dossiers qui touchent à la culture et à l’éducation. Les positions de la CAQ en la matière sont nourries par ses recherches, ses réflexions.

Des positions qui ne sont pas toujours les miennes, mais j’aime bien le bonhomme. Capable de discuter, de prendre du recul, d’écouter. En éducation, je suis plus Schtroumpf Grognon, lui est du genre progressiste et enthousiaste. C’est peut-être son problème. Je veux dire que je ne comprends pas ce qu’il fait aux côtés de faiseux et de chantres d’une droite néolibérale qui ne cesse de prendre en otage le gros bon sens. Comme Gérard Deltell, ou Éric Caire. Mais Asselin est un iconoclaste qui aime visiblement ceux qui ont le courage de foutre le bordel et ne se formalise pas une seconde de partager les feux de la rampe avec des politiciens aux convictions qui parfois diffèrent, sans parler de la manière. « C’est une coalition », rappelle-t-il, tout à fait à l’aise.

Voter pour la CAQ, c’est beaucoup un vote d’efficacité, au détriment du rêve. C’est voter pour des phares comme Asselin, en même temps que pour des éteignoirs néoconservateurs. Mais bon, c’est pas non plus comme si ce parti était le seul qui tire dans tous les sens.

 

Carnet de campagne

 

Pendant que je parlais à Mario Asselin, Pauline Marois paradait avec PKP. Ils ont monté sur la tribune et ont consciencieusement rangé la souveraineté dans une petite boîte. Parce qu’il y a d’autres enjeux, a-t-on expliqué.

Pas pour les signataires de l’appui sans réserve à PKP. Pour eux, tout est soluble dans la souveraineté. Y compris l’indépendance de la presse. C’est peut-être générationnel. Le cri de gens trop souvent déçus. J’étais trop jeune pour le référendum de 1980. J’étais pas là pour manger des coups de matraque sur les Plaines et mon père n’a pas travaillé dans une shop, méprisé par des patrons anglais. Mais j’ai vu quantité de confrères piétinés par ce patron québécois, égérie aussi inattendue qu’inespérée de l’indépendance.

Ce n’est pas l’idée d’une coalition gauche-droite en faveur de la souveraineté qui me fait tiquer. C’est que, dans la hiérarchie des valeurs, celle-là puisse piétiner toutes les autres avec un tel enthousiasme, sans aucune arrière-pensée. Ça me fait penser à La chasse-galerie. Des bûcherons, trop impatients de revoir leurs blondes, font un deal avec le diable. Sont sûrs de pouvoir respecter les conditions énumérées par Satan. Mais au retour, le bordel pogne dans le canot volant ; il y en a un qui a perdu les pédales, et les gars tombent tous en bas.

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17 commentaires
  • Nephtali Hakizimana - Inscrit 15 mars 2014 01 h 52

    Même si...

    Même si la souveraineté se réalisait grâce aux femmes et aux hommes de gauche qui veulent écarter,en diabolisant, M. Péladeau, d'autres Péladeau naîtraient dans ce pays-là, souverain. Où les mettraient-on? A mon sens, un pays équilibré doit comprendre des citoyens de gauche, du centre et de droite. Sinon...

  • Louis Fournier - Abonné 15 mars 2014 02 h 17

    Diabolisation

    Encore une manière bien grossière de diaboliser PKP... Pierre Karl Péladeau n'a pas été un pire patron de presse que le fut Paul Desmarais, magnat de l'empire Power Corporation, qui a provoqué des lockouts et des grèves en série à La Presse, au Soleil, au Nouvelliste, au Quotidien, au Droit, alouette.

    Comme disent avec lucidité les Anglais, «politics make strange bedfellows». C'est dans la nature même de la politique que de bâtir des coalitions les plus larges possible pour faire avancer et réussir des projets.

    • Serge Bouchard - Abonné 15 mars 2014 10 h 21

      D'ailleurs, n'est-ce pas suite à des menaces de fermeture qu'une entente fut conclue à La Presse?

  • Marie-Marthe Lebel - Inscrite 15 mars 2014 06 h 30

    Générationnel peut-être...

    ...mais rationnel surtout d'y voir cette manipulation et cette pêche de grand fonds qu'on observe pour recruter n'importe quel candidat: parfois, dans le filet, des gens inspirés comme ce directeur et parfois ce poisson qui semble forcer plusieurs à se pincer le nez. J'aime votre regard et l'horizon plus large qu'il embrasse. Je m'inquiète pour votre génération, mais à vous lire et à entendre des plus jeunes autour de moi, j'espère que tout n'est pas encore perdu et que cette chasse-galerie passera bien vite.

  • Yv Bonnier Viger - Abonné 15 mars 2014 08 h 18

    Chasse-galerie

    Merci pour cette image qui illustre bien la position de Québec solidaire sur la question de la souveraineté. Nous voulons l'indépendance non pas comme une fin mais comme un moyen pour parvenir à une société plus solidaire, plus juste et plus prospère pour tous. Il faut nous parler pour nous entendre du genre de pays que nous vouslons faire avant de nous embarquer dans une aventure qui pourrait être sans lendemain.

    Yv
    Candidat de QS dans Lévis

    • Bernard Terreault - Abonné 15 mars 2014 13 h 15

      On ne peut pas inscrire, comme QS semble le faire, dans sa Constitution qu'un pays sers "juste" ou toujours de gauche. Si c'est une démocratie, le peuple votera pour l'idéologie qui lui convient.

    • Nicole Faucher - Abonné 15 mars 2014 15 h 27

      Si je vous comprends bien, vous confirmez la phrase d'Amir Khadir qui disait lors de la dernière
      élection,
      " l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement ".
      Vous serez bien servi à ce sujet par le Parti Libéral qui souhaite que votre vote aille à QS pour arriver à ses fins d'anéantir ce projet de pays !

  • Sylvain Dubois - Inscrit 15 mars 2014 09 h 27

    L'histoire selon Desjardins

    Le samedi de la matraque = de l'histoire ancienne
    La chasse-galerie = un sujet brûlant d'actualité

    Si les légendes d'autrefois peuvent servir à donner des leçons aujourd'hui, l'histoire bien réelle des deux cent cinquante dernières années devrait aussi avoir son mot à dire...

    • Gaetane Derome - Abonnée 16 mars 2014 18 h 09

      D'accord avec vous M.Dubois,moi non plus je n'ai pas eue de pere travaillant dans une "shop" meprise par des patrons anglais,mais juste en discutant avec des gens autour de moi,surtout plus vieux,j'ai pu comprendre comment cela se passait.Est-ce que M.Desjardins pourrait descendre de son nuage du Plateau,peut-etre...;)