La croissance est-elle nécessaire?

Pouvez-vous m’expliquer SVP en quelques mots le pourquoi de la nécessité d’une croissance économique ?

 

P. B.

 

Pourquoi la croissance économique est-elle nécessaire ? De prime abord, ce n’est pas qu’elle soit nécessaire. Elle est dans la nature humaine même. L’être humain cherche constamment à améliorer son sort. Nous sommes ici sur cette terre en mode de survie (il ne faut pas l’oublier). Aussi nous faut-il lutter contre toutes sortes de maladies et prévenir les pénuries de biens essentiels.

 

La démographie est un autre facteur. La population mondiale croît sans cesse et pose de grands défis au chapitre de la survie. Pour faire face à ces défis, l’être humain doit trouver des moyens de plus en plus efficaces pour répondre aux besoins de base des peuples.

 

Par ailleurs, cette quête de meilleures conditions de vie fait que, une fois les besoins de base assurés, l’être humain désire assouvir ces autres désirs de toutes sortes. Une fois encore, c’est dans la nature humaine de vouloir constamment améliorer son sort et de réaliser ses rêves. Les citoyens des pays développés en sont là. Ils sont un milliard environ. Et il y a deux autres milliards de personnes (dans les pays émergents, dont la Chine) qui voudraient bien atteindre un niveau de vie comparable à celui des Occidentaux.

 

Le problème n’est pas en soi la croissance économique. C’est la croissance économique à tout prix qui est le problème. Plusieurs pays développés ont recours à la dette pour accélérer ladite croissance économique. Ils auraient pu le faire avec retenue, ce qui n’aurait pas posé de problème. Cela aurait même été salutaire en permettant à des milliers de personnes d’accéder plus rapidement à une classe moyenne plus aisée. Le hic : on a poussé le recours à la dette trop loin. Tellement loin que j’estime que la croissance économique aux États-Unis au cours des dix années ayant précédé le début de la dernière crise financière (elle a commencé en août 2007) était en grande partie artificielle, étant essentiellement portée par la bulle immobilière.

 

Nombreux sont les pays occidentaux à avoir poussé le recours à la dette à un tel niveau que la fuite en avant est devenue la seule avenue possible pour envisager un jour réduire le poids de leur dette par rapport à leur produit intérieur brut (PIB). C’est pour eux la croissance à tout prix ou la faillite. Pour l’instant, les banques centrales de plusieurs pays occidentaux ont recours à la planche à billets tous azimuts pour soutenir leur économie, comme on dit, à bout de bras. Espérons que croissance économique il y aura pendant de nombreuses années afin que ces pays (les États-Unis en font partie) puissent ramener tout en douceur le poids de leur dette à un niveau plus raisonnable. Ce faisant, espérons qu’ils accoucheront de règles plus strictes afin de restreindre dorénavant le recours à la dette, tant au niveau de la consommation et de la finance qu’au niveau du gouvernement, afin de ne plus être soumis au régime de la croissance à tout prix.

 

Actions privilégiées perpétuelles: à proscrire

 

Quelques lecteurs du Devoir semblent avoir un penchant pour les actions privilégiées. Même que l’un d’eux aurait investi tout son héritage dans celles-ci. Je reviens donc sur le sujet et invite les gens à la prudence.

 

Comme je l’ai dit il y a quelques semaines, je préfère de loin les actions ordinaires aux actions privilégiées. Surtout que les deux proviennent souvent des mêmes émetteurs (de grandes compagnies canadiennes bien établies) et que les deux paient des dividendes élevés.

 

Toutefois, les actions privilégiées ne recèlent qu’une faible plus-value potentielle, celle-ci étant essentiellement tributaire d’une tendance à la baisse des taux d’intérêt. Or, comme les taux d’intérêt sont à des planchers historiques, les probabilités qu’ils baissent davantage sont minces. Le mieux qu’ils puissent faire est de stagner.

 

Par contre, en admettant que la croissance économique mondiale s’accélérera au cours des prochaines années, là les probabilités que les taux d’intérêt puissent amorcer une nouvelle tendance haussière à long terme ne sont pas négligeables. Une nouvelle tendance haussière qui aura bien sûr des hauts et des bas, mais qui pourrait s’échelonner sur une décennie et plus. En effet, il faut se rappeler qu’il a fallu près de 30 ans pour que les taux d’intérêt passent d’un sommet de plus de 16 % en 1981 aux planchers qu’on connaît depuis trois ou quatre ans. La remontée, lorsqu’elle s’amorcera, risque d’être aussi longue.

 

Or la valeur marchande des actions privilégiées varie, comme celle des obligations négociables, c’est-à-dire inversement aux taux d’intérêt. Si les taux amorcent une tendance à la hausse, la valeur marchande des actions privilégiées baissera. Plus l’échéance d’une action privilégiée est longue, plus elle perdra des plumes pour une hausse donnée des taux.

 

Aussi, méfiez-vous des actions privilégiées sans échéance (on les nomme perpétuelles). Ce sont les actions privilégiées dont la valeur marchande descendra le plus pour une hausse donnée des taux. Comme je l’ai indiqué dans une chronique antérieure, une hausse de 1,5 % des taux suffira pour faire dégringoler le cours d’une action privilégiée perpétuelle de 25 $ à moins de 20 $. S’il faut de surcroît que la nouvelle tendance haussière s’échelonne sur plusieurs décennies, le détenteur des actions privilégiées perpétuelles n’est pas près de récupérer sa mise de fonds.

 

Bien sûr, ces actions privilégiées comportent une clause de rachat près de la valeur au pair de 25 $ que peut exercer l’émetteur à son gré. Mais soyez sûr que, dans un contexte de tendance à la hausse des taux à long terme, cet émetteur ne s’empressera pas de les racheter. Car il devra alors les remplacer par de nouvelles actions privilégiées comportant un taux de dividende supérieur à celui des actions privilégiées rachetées.

 

Tout cela pour dire que, si vous décidez d’acheter des actions privilégiées, tenez-vous en à celles qui ont une date d’échéance (on dit alors qu’elles sont rétractables) à laquelle l’émetteur doit les racheter à une date prédéterminée à leur valeur au pair qui est généralement de 25 $.

 

Les grandes banques émettent souvent de leur côté des actions privilégiées ayant une date d’échéance. Toutefois, au lieu de racheter les actions privilégiées avec de l’argent comptant, elles paieront le détenteur (des actions privilégiées) en lui émettant un nombre d’actions dont la valeur correspondra, au moment de l’échéance, à la valeur au pair de 25 $ de l’action privilégiée. Même qu’elle déterminera le nombre d’actions à émettre en appliquant un escompte de 5 % sur le cours de l’action. On dit que ces actions privilégiées comportent une clause « soft retraction ». Les actions privilégiées rétractables ou comportant une clause soft retraction sont celles que vous devriez acheter dans un contexte où une nouvelle tendance haussière à long terme des taux d’intérêt devrait se matérialiser.

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