PKP hors de sa zone de confort

Il a 52 ans. Il n’est sûrement pas tenté par le « pouvoir » comme tant d’autres qui se gavent de pouvoir politique, car du pouvoir, lui, il en avait déjà tout plein entre les mains. Mais il sait aussi que le fameux pouvoir n’apporte pas nécessairement le bonheur.

 

Pour la première fois à 52 ans, PKP vient de faire son propre choix de ce qu’il veut faire de sa vie. Il faut bien réaliser que le fils de Pierre Péladeau n’a pas eu d’autre choix jusqu’à maintenant que de prendre la relève du père parce qu’il avait été préparé pour ça et que c’était une responsabilité qu’il ne pouvait pas ignorer. Il a dit clairement : « J’ai beaucoup reçu… je voudrais rendre aux Québécois. » C’est ce qui lui a gagné mon appui malgré les accrochages que nous avons déjà eus lui et moi. Parce que cette dette qu’il ressent envers le Québec me rappelle celle qui m’a conduite en politique en 1976. Je l’ai dit aussi. Les gens de ce pays m’ont tellement choyée, soutenue, aimée même, qu’ils m’ont portée jusqu’au même désir que celui qu’exprime PKP aujourd’hui ; le désir de remettre à ceux et celles qui nous ont tant donné. Cette reconnaissance que PKP veut exprimer, je la comprends et la partage. C’est pourquoi, dès sa décision connue, j’ai eu envie de lui tendre la main.

 

Parce que j’apprécie qu’il veuille acquitter sa dette envers les Québécois et que je sais aussi qu’on ne le ménagera pas. La politique est un chien enragé qui vous attaque sans répit. Un homme riche, instruit, admiré, craint aussi, a quitté sa zone de confort sans gilet de sauvetage. Quand il dit qu’il ne veut pas vendre ses entreprises, c’est la mémoire de son père qu’il honore, le travail de Pierre Péladeau ne peut pas passer entre les mains de n’importe qui. Pierre Péladeau aurait toutes les raisons d’être fier de lui aujourd’hui.


***
 

Est-il de gauche ? De droite ? Honnêtement, je ne sens pas le besoin de le savoir. Il y a au PQ assez de gens de droite pour le retenir un peu s’il est trop à gauche, et l’inverse est tout aussi vrai. Il y a suffisamment de gens de gauche pour l’empêcher de sombrer à droite. Le Parti québécois est un parti de coalition et par définition, un parti de coalition est difficile à tenir ensemble. Ça brasse souvent, mais ça fait des partis politiques intéressants et vivants. René Lévesque, un jour que je rouspétais parce que je trouvais que la droite prenait trop de place dans nos rangs, m’a expliqué qu’il fallait rester regroupés et que quand la coalition ne fonctionnerait plus, le PQ disparaîtrait tout seul. Il m’avait dit la même chose à notre toute première rencontre quand je lui ai dit que je viendrais en politique si je pouvais aider, mais que j’étais plutôt de gauche… Il m’avait répondu qu’il y avait trois portes pour entrer au PQ, la gauche, la droite ou celle du centre… c’était assez clair.

 

L’objectif qui motive l’engagement des citoyens et citoyennes qui en font partie, quelle que soit l’époque, est le désir profond d’un pays à nous, d’une identité claire et nette. Ça s’appelle la souveraineté. C’est ce qui tient l’édifice ensemble.

 

En revanche, pour faire le poids dans la balance d’un référendum, pour éventuellement y arriver en rangs serrés, il faut unir nos forces qu’on soit de gauche, de droite, du centre ou de n’importe où. Nous n’arriverons à rien en petits groupes, même s’ils sont composés de bonnes personnes, pleines de bonnes intentions. C’est ce qu’avait compris Pierre Bourgault, il y a longtemps, en sabordant son propre parti pour se joindre au PQ sous la bannière de René Lévesque.

 

Je me suis amusée à penser à Pierre Péladeau et à René Lévesque, ensemble, sablant le champagne dans un au-delà auquel certains croient. Et j’imagine Pierre Trudeau, seul dans son coin, rongeant son frein. Ça me fait du bien.

 

L’arrivée de PKP sur la scène politique chamboule tout. Stephen Harper ne dormira plus la nuit, Thomas Mulcair va se mettre à prier, Philippe Couillard va faire des ulcères d’estomac, François Legault va acheter ses billets d’avion pour aller voir ailleurs s’il y est, et Françoise David va siéger sur une chaise pliante qu’elle va transporter avec elle à plein temps pour ne pas s’asseoir près de PKP. Madame Marois, elle, regarde tout ce beau monde avec un sourire dans l’oeil en se demandant « qu’est-ce que vous pensez de mon petit dernier ? » Et elle sourit, innocente, en disant que si référendum il doit y avoir un jour, elle en aura discuté avec les Québécois, qu’elle ne fera rien en cachette et qu’elle ne sait pas quand ça se fera. En attendant, elle ajoute plein d’atouts dans son jeu. On dit qu’une femme avertie en vaut deux… Une femme TRÈS avertie, ça va chercher dans les combien ? Bravo Madame Marois.

 

PKP a pris tout le monde par surprise. Il a plongé. Il a étalé son profond désir d’un pays. Depuis, il se tient droit et prend les coups. Sans sourciller.

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70 commentaires
  • Mario Leroux - Inscrit 14 mars 2014 01 h 49

    Un rêve

    Mme Payette,
    Il est beau à lire votre article;le hic c°est que vous rêvez car ça ne se passera pas comme vous le souhaiteriez.M.Péladeau va éclipser Mme Marois tout au long de cette campagne électorale et Mme Marois va devenir déstabilisée au point de mal paraître.Cette attitude va lui coûter sa majorité,au pire le PQ va perdre le pouvoir.Il faudra attendre le soir du 7 avril pour connaître qui de vous ou moi a fait un rêve.

    • Clermont Domingue - Abonné 14 mars 2014 09 h 17

      C'est quoi votre rève monsieur Leroux? Clermont Domingue

    • Gilles Théberge - Abonné 14 mars 2014 09 h 29

      Contrairement à ce que vous pensez monsieur Leroux, je pense que madame Marois est en train de réaffirmer son leadership, et au contraire de vous je pense qu'il est renforcé par le fait d'avoir pu recruter ce personnage charismatique.

      Il est possible qu'il soit en réserve pour l'avenir mais je pense que madame Marois à bien en main le parti dont les membres l'avez-vous remarqué lui expriment beaucoup de respect depuis qu'elle a su reprendre en main les guides du gouvernement.

      C'est en tout cas mon opinion, en tout respect de la vôtre.

    • Lise St-Laurent - Inscrite 14 mars 2014 10 h 02

      D'accord avec votre commentaire en ajoutant que contrairement à Mme Payette qui affirme que PKP est hors de sa zone de confort, je dis qu'il est plus à l'aise et franc que le PQ dans les circonstances. Il ne suffit pas de radoter en disant être un parti souverainiste visant l'indépendance un jour, seulement si les sondages sont favorables. PKP affirme haut et fort, je ne me déplace pas de ma zone de confort pour venir m'asseoir sur le banc et attendre. Lorsque Mme Payette exprime les inquiétudes du ROC, il faut écouter Le point de vue des collaborateurs au TJ de la SRC hier pour s'apercevoir que le ROC risque de dire au Québec «Adieu» et que les propos de madame Marois hier à savoir, que le Québec conserverait une bonne partie des avantages actuels ne sont peut-être pas si réalistes que le PQ veut bien l'admettre. En ce qui concerne PKP, il a l'avantage de jouer franc jeu.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 14 mars 2014 10 h 06

      Monsieur Péladeau vient de poser un geste historique.
      Madame Marois a acquis ses lettres de noblesse et demeure le chef de ce grand parti fondé par René Levesque. Quel beau cadeau pour le Québec!

    • Mario Leroux - Inscrit 14 mars 2014 10 h 07

      Mon rêve est le contraire de ce qu°a écrit Mme Payette.

    • Claude Champagne - Inscrit 14 mars 2014 10 h 57

      Merci Mme Payette, la semaine a été un tourbillon d'émotions, serrons-nous les coudes de toutes les tendances. Cessons la désinformation, la propagande, nous ne voulons pas détruire mais bâtir, embarquez avec-nous, déterminés et droit devant. "ça ne pourra pas toujours ne pas arriver" Gaston Miron

    • Paul Gagnon - Inscrit 14 mars 2014 11 h 09

      En bref, le rêve de Monsieur Leroux est un cauchemar!

    • Mario Leroux - Inscrit 14 mars 2014 13 h 23

      Non M.Gagnon,
      Ce sont la dette publique québecoise et les idées saugrenue de M.me Marois.

  • Gaetane Derome - Abonnée 14 mars 2014 02 h 41

    Tout a fait d'accord.

    C'est un beau texte que vous avez ecrit et que je supporte.Je pense que Mme Marois et son equipe ont ete strategiques dans toutes leurs nominations de candidats,y compris les candidates feminines,dont une femme de gauche Mme Mailloux qui se presente dans Gouin,et celle de l'homme d'affaire bien connu M.Peladeau.Peut-etre celui-ci est vu plus a droite car il est riche et travaille dans le monde des affaires mais de toute facon sa candidature est bienvenue.S'il y a quelqu'un qui n'a rien a gagner en venant en politique c'est bien P.K.Peladeau.
    Vous avez raison,un parti fort c'est fait de gens de toutes horizons,gauche,centre et droite.C'est aussi cela,a mon sens,la vraie democratie.Le PQ c'est aussi en cela en acceptant tous ces gens un parti assembleur.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 14 mars 2014 11 h 42


      Le PKP ajoutera-t-l quelquechose au caucus du PQ?
      Ce caucus est déjà dominé par le "réalisme néolibérale" et sa politique budgétaire est hantée par celle des déficits zéro? PKP, s'il est élu, irait-il à contre-courant de cette marque traditionnelle de son part? Le PQ, depuis les années 80, a introduit en maintes occasions gouvernance par décrets ou menace de lois pour forcer le retour au travail et imposer des conventions collectives à ses employées! Sur ce terrain famillier aux pratiques du patron de Québecor, pas de problèmes! Si Madame Marois manifeste un semblant de gêne pour malmener les salariéEs en cas de conflit, PKP saurait clouer le bec des Pierre Paquet et Marc Laviolette au cas ou ces derniers levaient la voix pour protester!
      Évidemment, ce riche parvenu rêve de parler d'un Québec Indépendant et d'un pays à laisser à sa descendance! Mais déjà, lui qui aimerait tant en parler, on lui dit de se taire! En parler, c'est dangereux de ne pas se faire élire!
      Prends ton mal en patience PKP! Le PQ a besoin de toi pour l'image! Oublie ton rêve! Si tu es élu, le caucus de ton parti va te convaincre de te faire taire... ce n'est pas à l'ordre du jour, voyons Pierre!

    • Gaetane Derome - Abonnée 14 mars 2014 17 h 31

      M.Roy,
      Le PQ a fait aussi des politiques social-democrates,ainsi c'est ce parti qui est a l'origine des garderies(avec Mme Marois),qu'on soit d'accord ou non avec cette tendance qui nous coute assez chere en tant que contribuables.
      Pierre Karl Peladeau a pu declarer qu'il etait souverainiste et ce devant tous,il n'a pas ete musele.C'est seulement qu'en temps d'election il faut aussi et surtout parler des sujets qui preoccupent la population(emplois,sante,ect).Nous ne sommes pas en refenrendum.
      M.Peladeau est un homme d'affaire qui fait ses classes en politique,il a un bon tuteur et apprendra rapidement.
      Pour ce qui est de M.Peladeau l'homme d'affaire et patron,je pense qu'il peut etre different de M.Peladeau le depute s'il est elu.Ce ne sont pas les memes roles.
      J'ai eue un grand-pere que j'idolatrais car tellement bon et genereux avec tous.Pourtant un jour je l'ai accompagne sur les lieux de son travail,il etait cadre pour un entreprise reconnu,et j'ai ete tres etonnee de voir la facon dont il travaillait,jamais je n'aurais cru cela possible de cet homme que je croyais tout "blanc"...J'ai ete decue sur le coup,puis j'ai compris qu'il y a la personnalite au travail qu'on se doit d'avoir,et l'autre plus sincere.C'est cette derniere qu'on a vu de PKP lorsqu'il a leve le poing en clamant l'independance et c'est celle-la dont je veux me rappeller.

  • Mario boucher - Inscrit 14 mars 2014 02 h 57

    Cui mais...

    Si monsieur Couillard avat recruté lui mème PKP, il ne porterait plus à terre. Si c`était monsieur Legault qui avait réussi le coup, ben y serait vraiment sur la «go» lui itou...

    Pis,le cas se serait-t`il avéré, Pauline avec tout son parti guelerait, à l`unisson avec l`autre perdant, contre cette atteinte à la «démocratie ».

    Au fait. monsieur Couillard, qui c`est qui est en train de causer de l`inquiétude dans les chaumières du possible sinon vous?

    Je vous salue Madame. Avec certaines réserves tout de fois.

  • Guy Vanier - Inscrit 14 mars 2014 03 h 09

    J'y serai!

    Bien dit Mme Payette, c'est clair et facile à comprendre pour ceux qui sont de bonne volonté.

    Vive le Québec libre

  • Jean-Marc Drouin - Inscrit 14 mars 2014 03 h 56

    À tribord et à bâbord

    Nous avons tous quelque chose à reprocher à Pierre-Karl Péladeau. Un interminable conflit de travail là-bas, ou des lock-outs ici et partout, des blessures qui n’ont pas guéri peut-être et dont les contrecoups se font encore sentir des années plus tard. Faut-il oublier tout cela et lui pardonner? Le passé est-il garant de l'avenir? Est-ce que son arrivée en politique fait de lui un homme dont nous devrions suivre les pas?

    Je ne sais pas.

    Ce que je sais c'est qu'il m'a ému l'autre matin devant ma télévision. Son poing brandi était un geste que je n'oublierai pas - et que personne n'oubliera au Québec pour longtemps. PKP a choisi de dire son amour du pays, son amour pour ses enfants et son désir, oui son désir, son besoin, sa motivation, sa volonté à servir. Faisons-lui confiance!

    Péladeau n’est pas un poète – il n’est pas Miron, ni Vigneault – mais qui sait s’il n’est pas aussi nécessaire.

    • Clermont Domingue - Abonné 14 mars 2014 09 h 34

      Oui,si vous ètes courageux,monsieur Drouin.Péladeau ne vient pas magouiller ni s'enrichir Il possède plus de mille millions de dollars.C'est cela un milliard. Cela donne beaucoup de liberté et la capacité de poursuivre son idéal. J'aime mieux le mot idéal que le mot rève. C'est plus altruiste. Clermont Domingue

    • Michel Blondin - Abonné 14 mars 2014 11 h 04

      Votre témoignage est aussi le mien.

      Ému!

      De ce poing brandi en signe de vouloir participer comme seul homme, de se battre pour une nation, de s'y investir eau et sang comme le dit l'expression plutôt que fric et flaque si facile en sous-main.

      Mais les blessures que vous mentionnez ne sont pas de celles qui se cachent derrières pavillons étrangers pour payer honteusement moins que rien des employés, tout en étant premier ministre d'un pays. Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet de l'internationalisation du travail invisible mais plus cruelle.

      Il est beau de voir des gens se qui se lèvent, peu nombreux comme on peut le voir, participer à la transformation de cette terre de roche, de froid et de misère et offrir leurs services.

      La confiance comme vous dites, faisons-lui confiance. C'est la mère de l'espoir pour, aussi, les poètes!