La nouvelle garde ibérique

Vue sur les terroirs de granit rose en appellation Dão, dans la province de Beira Alta, au centre du Portugal.
Photo: Jean Aubry Vue sur les terroirs de granit rose en appellation Dão, dans la province de Beira Alta, au centre du Portugal.

Espagne et Portugal. La première se fait caresser les côtes par la chaude Méditerranée à l’est, alors que le deuxième frémit sous les frissons frisquets refilés par le large Atlantique à l’ouest. À l’intérieur des terres, chaleur, fraîcheur, sécheresse et humidité jouent de contrastes pour mieux tenir le crachoir à une palette de terroirs et à une mosaïque de cépages, tous aussi originaux que forts en gueule.

 

Des captivants xérès et montilla-moriles au ténébreux porto et séduisant setubal ; des élégants vins de Navarre et de la Rioja aux minéraux Dao et Alentejo, en passant par le brillantissime albarino de la côte Galicienne et aux redoutables et racés crus de la Ribera del Duero et du Priorato, ces pays « frères » dans l’âme demeurent encore aujourd’hui source de dépaysement à bon prix.

 

À bon prix ? La livraison de la dernière édition du Courrier Vinicole consacrée à la nouvelle garde créchant à l’extrémité sud de l’Europe continentale semble nous prouver tout le contraire ! Soulignons toutefois qu’il s’agit de nouvelle garde et qu’une nouvelle garde, quel que soit le pays, d’ailleurs, eh bien, une nouvelle garde commande nécessairement de « nouveaux prix ». Des prix qui rattrapent, sans le moindre complexe, ceux pratiqués aux États-Unis, en France ou encore en Italie.

 

Mais encore faut-il, ici comme ailleurs, que les prix se méritent. Sur les 39 produits dégustés parmi l’offre de 88 produits, j’avoue avoir eu une petite crispation du côté porte-monnaie. Crispation, elle, qui a trouvé, par exemple avec le Charme 2010 de Dirk Niepoort proposé à 82 $ (5) ★★1/2, à me crisper cette fois ce qu’il me restait de myocarde. Ventricules et oreillettes compris. Souvenez-vous seulement de ces augustes Rioja Gran Reserva vendus trois fois rien il y a à peine 20 ans de cela, ou de ces xérès et grands vintages du Douro encore et toujours vendus pour une bouchée de pain aujourd’hui. Si, toutefois, les bonnes affaires foisonnent toujours dans la péninsule Ibérique, reste que ce Courrier Vinicole en propose encore trop peu.

 

Deux derniers points avant de vous présenter mes coups de coeur. Et d’un, la tendance à livrer des vins colorés, denses, puissants, souvent soutenus par une forte extraction, semble une réalité contemporaine avec cette nouvelle garde; et de deux, il demeure qu’il serait souhaitable, ici plus qu’ailleurs, de déguster ces vins après 8 ou 10 ans de bouteille pour optimiser au mieux l’effet terroir. Commandes en ligne à compter du 24 mars prochain.

 

Malhadinha 2010, Alentejo (53 $ – 12154517) : si le blanc est très bon (35 $ – 12154525 – (5) ★★★1/2), ce rouge, finement détaillé quoique capiteux, intense et puissant, offre une bouche bien droite, vivace, longuement minérale. (5 +) ★★★1/2 ©

 

OmLet 2010, Douro(51 $ – 12146154) : bouche lumineuse avec fruité juteux mais bien tracé sur de beaux tanins mûrs, bien serrés. Personnalité et longueur. (5 +) ★★★1/2 ©

 

Quinta da Gaivosa 2008, Douro (49 $ – 12150401) : certains le croient trop boisé, je décèle son intégration sur le long terme. Séduction immédiate pour une combinaison réussie entre fruit, élevage et terroir. Magnifique expression de vieux cépages locaux. (5 +) ★★★★

 

Dosterras 2010, Montsant(36 $ – 12159326) : cette appellation montante au sud-est de Barcelone m’intéresse par l’approche lisible, fraîche et lumineuse du fruité, avec cette inoubliable salinité-sapidité derrière qui allonge et allège la finale. Ce bijou de grenache fait mouche ! (5 +) ★★★★

 

Riu 2010, Priorat (30 $ – 12134170) : pas compliqué, mais drôlement jubilatoire ! L’ensemble a du corps, du volume, des tanins fins, une approche festive, de la sapidité, une jolie longueur, bref, miam! (5) ★★★1/2

 

Clos Figueres 2010, Priorat(79 $ – 12166948) : vin d’auteur par excellence, très loquace avec son profil multipiste, sa tenue de bouche exceptionnelle alliant texture, puissance et fraîcheur. Déjà fort accessible. (10 +) ★★★★

 

Clos Martinet 2009, Priorat (76 $ – 12159810) : la pointe de « bretts » ne gêne en rien cette suite « très espagnole » où se jumellent puissance et profondeur, détail, corps et nuances infinies. Astringence et salinité sur longue finale. Fort en gueule ! (10 +) ★★★★

 

Clos de l’Obac 2005, Priorat (99 $ – 12159342) : l’approche est moderne en ce qui a trait à la précision, à la pureté et à l’harmonie dégagée. Un vin qui « raconte » avec ce mélange heureux de fluidité, de plénitude, de longueur. Brillant. (5 +) ★★★★ ©

 

Clos Mogador 2009, Priorat (93 $ – 12159211) : panache, prestance, race et complexité, le tout résumé avec puissance et salinité, vivacité mais surtout cohérence absolue. Grand Vin ! (10 +) ★★★★1/2 ©

 

Pegaso Granito 2009, Tierra de Castilla y Leon (45 $ – 12140385) : les amateurs du célèbre Château Rayas auront des palpitations ! Un rouge souple, à la fois fluide et capiteux, une trame mûre liée à merveille à des tanins gras, rien que ça. Un must à découvrir ! (5 +) ★★★1/2

 

 

Autres belles bouteilles qui méritent le détour :

 

Eméritus 2008, Dominio de Valdepusa(69 $ – 12137160 – (10 +) ★★★★) ; Palacio de Otazu Altar 2005, Navarre (55 $ – 12146841 – (5 +) ★★★1/2) ; Manuel Raventos Gran Reserva Personal 2007, mousseux (69 $ – 12159123 – (5) ★★★★) ; Nora da Neve 2009, Rias Baixas, blanc (33 $ – 12147317 – (5 +) ★★★1/2) ; Nelin, Priorat blanc 2011 (65 $ – 12159140 – (10 +) ★★★★ ©)

 

 

Gamme Chartier : nouveaux millésimes

 

Le Blanc 2013, Pays d’Oc, France (18,95 $ – 12068117). Cinq cépages s’entendent à merveille ici pour aller traquer jusque dans l’assiette noix de coco, homard, pêche jaune, vanille, et j’en passe, tout en se laissant convaincre aussi que ces cépages forment une formidable équipe à l’apéro. C’est bien net, plutôt intense, doté d’un bon volume, pourvu d’une acidité qui s’entiche rapidement de l’amertume pour éclater la finale. Tout simple, mais délicieux. (5) ★★1/2

 

Toscana Rosso 2012, Italie(19,95 $ – 12068117) : le profil est net et linéaire, pas très large, délicatement parfumé, avec ce coulant fruité frais, à peine resserré sur la finale. (5) ★★1/2

 

Côtes-du-Rhône 2012, France (19,95 $ – 12068096) : ça pétarade et rebondit avec fraîcheur, candeur et simplicité, avec ce fruité juvénile simple et primeur qui, par sa rondeur, cache tout de même une jolie structure tannique épicée. Bien ciblé. (5) ★★★

 

Fronsac 2010, France (19,95 $ – 12068070) : peut-être moins accompli que le 2009, dont l’équilibre boisé m’apparaissait plus pertinent. Les notes empyreumatiques prennent le dessus sur un fruité qui peine à se sortir la tête de l’eau. Le tout offre du corps et une pointe d’astringence fine qui le destine véritablement à être bu à table. (5) ★★1/2 ©


Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2014. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

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