Mythes déboulonnés

Quelques mythes ont été déboulonnés ces derniers jours. Ainsi, politique active ne rimerait pas avec propriété médiatique. Aussi, il est faux d’alléguer que le programme québécois de garderies est subventionné par le pétrole albertain. Et d’affirmer que le gouvernement Marois a été synonyme d’hécatombe en matière d’emplois.

IGOPP, PKP, IRIS, ISQ… Les acronymes sont à l’honneur ces jours-ci. Et leur réflexion vient éclairer de vieux lieux communs. Ils nous amènent à revoir nos repères et à surveiller nos vieux réflexes conditionnés.

 

À commencer par l’IGOPP. Les dirigeants de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées ont apporté un équilibre recherché dans ces déchirements entre le saut en politique de PKP et la propriété de son bloc de contrôle dans Québecor. En clair, il est aussi simpliste de soutenir que Pierre Karl Péladeau doit se défaire de ses actions s’il fait le choix d’une carrière politique que de croire qu’un recours à une fiducie sans droit de regard dissiperait tout conflit d’intérêts. L’enjeu politique est trop sensible et l’influence des médias de Québecor est à ce point omniprésente au Québec qu’on ne peut la comparer à une entreprise de transport maritime ou d’asphalte.

 

Dans leur lettre publiée dans Le Devoir, Yvan Allaire et Michel Nadeau reconnaissent que le recours à une fiducie, adéquat lorsqu’il s’agit d’une entreprise commerciale plus traditionnelle, ne peut tenir pour un groupe de médias. « Une presse libre joue un rôle trop essentiel en démocratie pour qu’on tolère quelque menace ou anicroche à cette liberté, même si lointaines et ténues », ont-ils écrit. Et puisque l’enjeu est la mainmise de Québecor sur la portée médiatique au Québec, la vente des actions peut être exclue. Il est plutôt proposé de diluer cette influence et d’abaisser le contrôle tant sur la propriété économique de la filiale Média que sur l’exercice des droits de vote à un rôle d’actionnaire minoritaire. Une éventuelle opération de transformation que l’on peut imaginer complexe, compte tenu notamment de la présence d’actions de différentes classes et de l’importance de l’effet dilutif inhérent. « Mais ces difficultés sont un vil prix à payer pour protéger notre vie démocratique », soulignent les auteurs, à larges traits.

 

L’autre mythe déboulonné vient de l’IRIS. L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques partage les conclusions de nombreux économistes qui, comme Pierre Fortin, se moquent de ces allégations venant de l’Ouest dénonçant le fait que le Québec paie ses programmes sociaux avec les pétrodollars d’Alberta. Le chercheur de l’IRIS Francis Fortier conclut que le Québec perçoit de 1,8 à 3,8 milliards de plus du fédéral que les autres provinces, soit entre 2,1 % et 4,5 % de ses recettes totales. Comparé aux 30 milliards de dollars de dépenses supplémentaires du Québec, « ce surplus de transferts fédéraux représente entre 12,4 % et 5,8 % du montant que nous investissons en services publics. Comme la péréquation représente 51 % des transferts fédéraux reçus par le Québec, son rôle dans le financement des services publics que le Québec se paierait « en trop » varie entre 6,4 % et 3 % ».

 

Autrement dit, le Québec couvre ses programmes et ses choix sociaux à même ses revenus. Au demeurant, par habitant, le Québec est avant-dernier quant au montant de péréquation qu’il reçoit, ajoute Francis Fortier. Toujours en proportion, les Québécois ont fait le choix de payer plus qu’ailleurs au Canada en impôt et en taxes à l’État québécois et aux municipalités en retour d’un soutien accru aux familles et d’une aide plus importante de l’État aux entreprises. Pour leur part, les Albertains ont fait le choix de salaires supérieurs et d’impôts et de taxes moindres.

 

Dernier mythe : l’hécatombe en matière d’emplois sous le gouvernement Marois. Les données de l’Institut de la statistique du Québec dévoilées mercredi brossent un tout autre portrait. Dans son bilan, l’ISQ vient confirmer cette lecture faite la semaine dernière, à savoir que le marché québécois de l’emploi a progressé de 1,2 % (+47 800) en 2013 comparativement à 0,8 % (+30 800) en 2012. Les emplois créés sont tous permanents et se retrouvent dans les établissements comptant moins de 100 employés, et la majorité des nouveaux emplois sont à temps plein. Le taux de chômage a reculé de 0,2 point, à 7,6 %, et le salaire horaire moyen a crû deux fois plus vite que l’indice des prix à la consommation (+1,5 % contre +0,7 %).

 

Certes, dans une conjoncture économique plus favorable, on pourrait atteindre des moyennes annuelles de 50 000, voire de 60 000. Souhaitons-nous cela !

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