Quand ils sont plus nombreux à avoir plus de milliards

Que dire de cette cuvée 2014 des grandes fortunes du magazine américain Forbes ? La planète n’a jamais abrité autant de milliardaires, qui n’ont jamais été aussi riches. Et que cette 27e édition du classement n’a jamais compté autant de femmes milliardaires. Une fois cela dit…

Les résultats ont été publiés lundi. Bill Gates est redevenu l’homme le plus riche de la planète. Il reprend la place qu’il a occupée pendant 15 des 20 dernières années, et qu’il a maintes fois disputée avec Warren Buffett, reprenant le siège que réservait le Mexicain Carlos Slim depuis quatre ans. Mais derrière ce jeu de chaises musicales se dessine une autre réalité.

Ainsi, la cuvée 2014 du magazine Forbes contient 1645 milliardaires, soit 15 % de plus que l’an passé. Un record absolu. Au total, leur fortune estimée atteint les 6400 milliards, soit 19 % ou 1000 milliards de plus qu’en 2012. Un autre record absolu. À titre de comparaison dans le classement 2009, qui reflétait le plein impact de la crise, ils n’étaient que 793 à revendiquer le statut de milliardaire. Mais grâce à un nouveau boom des valeurs technologiques et à une flambée des cours boursiers, ils sont deux fois plus nombreux depuis. D’aucuns ont qualifié cette progression d’inflation, autrement absente de l’économie réelle, et rappelé qu’elle est désormais source d’inquiétude même chez les penseurs associés à la droite. Jusqu’aux experts du Forum économique mondial de Davos d’évoquer, en janvier, que le creusement des inégalités de revenus constitue le risque économique le plus probable et l’un des plus préoccupants de la décennie à venir !

Cela étant, ce club sélect n’est plus l’apanage des vieilles familles européennes ni concentré aux États-Unis et depuis récemment en Asie. Dans sa 27e édition, Forbes indique que des pays ou continent comme l’Afrique, la Tanzanie, l’Algérie, l’Ouganda et la Lituanie commencent à produire leurs milliardaires. Les États-Unis maintiennent toutefois leur domination avec 492 personnes accrochant neuf zéros à leur fortune, devant l’Europe (468). Suivent loin derrière la Chine (152) et la Russie (111).

Représentation féminine

Autre nouveauté : la présence féminine dans ce palmarès. Le plus récent classement n’a jamais accueilli autant de femmes. Elles sont 172 à décrocher le titre, soit 25 % de plus qu’en 2012. Il y a donc accélération, 48 des nouveaux arrivés dans le club des milliardaires étant des femmes. Cela reste cependant une sous-représentation, leur nombre ne représentant que 10,5 % de l’ensemble.

L’on peut également retenir que les deux tiers des fortunés du classement ont construit eux-mêmes leur patrimoine, le tiers restant se contentant essentiellement de gérer leurs héritages et d’encaisser les dividendes. Chez les femmes, la proportion de « self-made-women » peut atteindre les 20 %. Plusieurs comme Liliane Bettencourt (L’Oreal) et Christy Walton (Wal-Mart) se retrouvent à la tête d’une fortune héritée. Mais elles sont toujours plus nombreuses à composer la génération des bâtisseuses de fortune. Dans ce dernier clan, on retrouve des noms comme celui de la fondatrice de Bet365 (un site de paris sportifs), d’une géante du pétrole nigérian, de la directrice de Facebook ou de l’ancienne présidente d’eBay, qui se joignent à celui de la créatrice de mode Tory Burch et de la vedette télé Oprah Winfrey.

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La recette ? Warren Buffett, quatrième fortune mondiale selon Forbes, n’a fait que du 18,2 % l’an dernier selon la valeur comptable de l’entreprise qu’il dirige, alors que l’indice de référence de la Bourse de New York, le S & P 500, a bondi de 32,4 %. Mauvaise année, donc. Mais depuis la transformation d’une petite entreprise de textile en société de portefeuille, en 1965, Berkshire Hathaway enfile les rendements au rythme de 20 % par année, en moyenne. La capitalisation boursière de Berkshire est évaluée aujourd’hui à 280 milliards.

Dans sa lettre aux actionnaires diffusée la fin de semaine dernière dans le magazine Fortune, celui qu’on appelle « l’oracle d’Omaha » y allait des recommandations suivantes : un petit investisseur peut faire plus d’argent que les professionnels du placement s’il connaît ses limites, s’il cherche la valeur intrinsèque (le « fondamental ») et s’il évite les conseils des « experts ».

En matière d’investissement, la productivité future passe avant le prix. « Si vous portez votre attention sur le changement de prix futur d’un achat envisagé, vous spéculez », a-t-il écrit. Ainsi, se fier aux prévisions économiques n’est qu’une perte de temps. Il faut simplement reconnaître quand les prix des actions sont trop bas ou trop hauts, lorsqu’il y a écart par rapport à leur valeur réelle. « Un climat de peur est votre ami lorsque vous investissez ; un monde euphorique est votre ennemi. »

Mériter son salaire

Dans un texte publié dans Le Journal de Montréal, on faisait ressortir l’importance qu’il accorde à prioriser la qualité d’une entreprise, au-delà des humeurs de marché. Dit autrement, « on ne contrôle pas la météo et on ne peut pas la prévoir. Par contre, si vous choisissez de belles entreprises, qui ont de bons bilans, qui sont rentables, qui ont un bon modèle d’affaires et qui sont bien gérées, elles seront capables de passer à travers les tempêtes », pouvait-on lire, en résumé.

En 49 ans, Warren Buffett n’a pu battre son indice de référence une dizaine de fois. Une note de 80 % pour celui qui estime qui si un gestionnaire ne surpasse pas son indice baromètre, « il ne mérite pas son salaire ».
4 commentaires
  • Robert Godin - Abonné 8 mars 2014 08 h 26

    Situation mondiale

    Pour ceux que la question intéresse, Oxfam a déposé une analyse très fouillée et très troublante concernant les inégalités qui existent actuellement dans le monde, ainsi que des conséquences de ces inégalités. Ce travail a été préparé à l'intention des participants à la conférence de Davos, en janvier dernier.
    Voir en français ou en anglais: http://www.oxfam.org/en/policy/working-for-the-few

  • Denise Lauzon - Inscrite 8 mars 2014 14 h 30

    Voilà où nous amène notre système capitaliste

    Les oligarques de ce monde vivent comme des princes et princesses en profitant des "paradis" fiscaux pour payer moins ou très peu d'impôt et qui ont recours aux meilleurs comptables qui usent de leur talent pour faire économiser à ce privilégiés d'énormes sommes d'argent.

    Comment ne pas être cynique devant ce système qui favorise ces injustices???

  • Denise Lauzon - Inscrite 9 mars 2014 05 h 17

    Un triste portrait de l'humanité

    Si des extra-terrestres observent ce qui se passe sur notre planète, ils doivent être bien découragés. Ils doivent se dire que les humains sont irrécupérables puisqu'ils cherchent à tout prix les chemins qui mènent à la dérive et voici les chemins qu'ils ont choisis d'emprunter:

    1- la corruption
    2- l'enrichissement personnel
    3- la surconsommation qui entraine l'exploitation à outrance des ressources naturelles (pêche, forêts, mines, pétrole, terres)
    4- la destruction de l'environnement
    5- la surpopulation
    6- l'extrémisme religieux
    7- la décadence ( drogue, pornographie)*

    Bien sûr qu'ils y a des humains qui vivent selon de bonnes valeurs morales et qui ont à coeur le respect de la nature mais malheureusement il y en a beaucoup trop qui se sont laissés aller sur des chemins hasardeux.


    * L'avènement d'Internet n'a fait qu'amplifier cette tendance.

  • Denise Lauzon - Inscrite 9 mars 2014 05 h 34

    Ah oui j'oubliais

    Parmi les chemins tortueux empruntés par les humains, il faut ajouter à ma liste les guerres déclenchée par des dirigeants avides de pouvoir soit religieux et/ou monétaire et/ou territoriaux.