Bonne note à l’emploi

Emplois et prospérité ont résonné en ce lancement de la campagne électorale. Sur le premier thème, le gouvernement Marois n’a pas eu à rougir. Sur le second, tout reste à faire, en commençant par un redressement des finances publiques souffrant d’un manque de revenus et d’inflation.

On connaît le contexte économique. On pense à cette conjoncture se montrant plutôt inamicale en 2013 pour une économie québécoise sensible à ses exportations, à l’état de santé de son secteur manufacturier ou encore à l’activité dans la construction domiciliaire. S’est ajouté le flou de l’approche gouvernementale dans un autre secteur, celui des ressources naturelles, déjà aux prises avec des investissements privés déprimés par la faiblesse des prix. Or, même avec tous ces vents contraires, le gouvernement sortant mérite une bonne note à l’emploi.

 

Les chiffres sont probants. Selon les moyennes annuelles, le Québec a comptabilisé une croissance de 47 800 emplois en 2013, comparativement à 30 800 en 2012 et à 38 500 en 2011. Certes, nous sommes loin de ce bond de 66 800 emplois observé en 2010, qui n’était cependant pas s’en renfermer une récupération d’après-crise.

 

Pensons, aussi, à la progression de l’emploi. À 1,2 % en 2013, le taux d’augmentation est à peine plus faible que la moyenne canadienne (1,3 %) et que le taux ontarien (1,4 %), En 2012, l’emploi n’avait crû que de 0,8 % au Québec, un taux de loin inférieur à celui de 1,2 % observé alors au Canada.

 

Autre mesure : le taux d’emploi. Au Québec, il se situait à 60 % à la fin de 2012, pour passer à 60,3 % un an plus tard. Au Canada, dans l’intervalle, il empruntait le chemin inverse, passant de 61,8 % à la fin de 2012, pour baisser à 61,6 % à la fin de 2013. L’écart Québec-Canada s’est rétréci entre les deux années, de 1,8 à 1,3 point de pourcentage.

 

Enfin, le taux de chômage. Il s’est légèrement replié au Québec entre les mois de décembre 2012 et 2013, de 7,8 à 7,7 %, alors qu’il est demeuré inchangé au Canada, à 7,2 %.

 

Ainsi, quels que soient la statistique et l’angle qu’on lui donne, 2013 a été une bonne année pour l’emploi au Québec, et ce, dans une conjoncture difficile. Ce fut également le cas sur le plan de la rémunération hebdomadaire moyenne. Celle-ci a augmenté de 2,5 % en 2013, le Québec dépassant quatre provinces, dont l’Ontario et la Colombie-Britannique, à ce chapitre.

 

55 ans et plus

 

Les critiques pourraient toutefois faire ressortir que la croissance de l’emploi a été uniquement redevable aux travailleurs âgés de 55 ans et plus, et évoquer un appauvrissement des conditions économiques ou un assombrissement du paysage retraite. Effectivement, sur la moyenne de 47 800 emplois créés l’an dernier au Québec, la croissance atteint 49 300 emplois dans le segment des 55 ans et plus, soit une hausse de 7,2 %, alors qu’on observe un recul de 5300 emplois (-0,2 %) chez les 25-54 ans.

 

Cela dit, l’expérience québécoise n’est pas dissociée de la réalité canadienne. Ainsi, Statistique Canada souligne que seuls les hommes et les femmes âgés de 55 ans et plus ont connu une croissance de l’emploi (+4,8 %) en 2013. Pour préciser que cette croissance résulte principalement du vieillissement de la population.

 

Les critiques pourraient renchérir et relever un début d’année 2014 difficile, les gains de janvier étant essentiellement l’apanage d’emplois à temps partiel, donc considérés comme étant plus précaires. Mais derrière cette donnée d’un seul mois se cache une progression annuelle de 1,9 % de l’emploi manufacturier, un premier gain depuis février 2013. À la fin de janvier, l’emploi manufacturier était sur le point de revenir au-dessus de la barre des 500 000, après avoir chuté sous ce niveau au printemps 2010, dans le sillage de la poussée du dollar canadien et d’une concurrence venant des pays émergents allant en s’accentuant.

 

Encore une fois, quel que soit l’angle…

 

Le portrait de février dévoilé vendredi pourrait témoigner de l’influence du mauvais temps qui a momentanément altéré l’activité économique en janvier et en février, surtout aux États-Unis. Il reste que, pour la suite des choses, le scénario de base demeure articulé autour d’une accélération de l’activité économique nord-américaine, surtout sous l’impulsion des États-Unis, dont les effets sont amplifiés de ce côté-ci par le recul du dollar canadien.

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4 commentaires
  • André Desgagnes - Inscrit 6 mars 2014 08 h 08

    On a perdu 67 000 emplois à temps plein l'an dernier

    Le Québec a perdu 66 800 emplois à temps plein depuis 12 mois. Et durant cette période, il s'est créé 76 800 postes à temps partiel.

    Bref, depuis un an au Québec, la croissance de l'emploi repose uniquement sur le travail à temps partiel.

    rf,L'épreuve des faits de Vincent Maisonneuve

    • Normand Carrier - Inscrit 6 mars 2014 11 h 20

      Oui , et alors , les emplois a temps partiel sont des emplois qui durent plus de trois ans dans certains cas ... Maisonneuve dit aussi que durant les trois derniers mois , c'est les emplois a temps plein qui priment .... Lisez aussi cet article de monsieur Bérubé que vous n'avez pas pris le temps de lire .....

  • Bernard Terreault - Abonné 6 mars 2014 08 h 09

    Comparaisons Québec-Canada

    Les comparaisons Québec-Canada, qu'elles apparaissent favorables ou défavorables, sont dénuées de sens, car le Canada est lui-même plein de contrastes. Il y a maintenant des décennies que les quatre provinces de l'est sont plus pauvres, à tout point de vue, que le Québec et, bien entendu que la moyenne canadienne, et ce, malgré la présence de pétrole à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse, alors que la riche Ontario stagne, que le relativement pauvre Manitoba stagne aussi, et que l'ouest prospère de plus en plus (et ce, seulement récemment dans le cas de la Saskatchewan). Concentrons-nous donc plutôt surtout sur nos progrès ou nos reculs en comparaison du passé et en fonction de l'avenir, plutôt que sur des comparaisons boîteuses avec une ensemble disparate.

  • Pierre Langlois - Inscrit 6 mars 2014 20 h 52

    Exactement M. Terreault, l'autoflagellation des "dépendantistes" devient lassante et franchement pathétique à la longue.