L’investissement socialement responsable trouve difficilement son chemin

L’investissement socialement responsable (ISR) reste encore l’apanage des institutionnels. En théorie, les investisseurs individuels québécois seraient prêts à prendre le virage, mais en pratique, ils se disent peu à l’aise avec le monde financier en général, avec l’épargne en particulier.

 

L’étude « Les Québécois et l’investissement socialement responsable : portrait 2014 » a été réalisée par l’Observatoire ESG UQAM de la consommation responsable, en collaboration avec le Mouvement Desjardins, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs et le Carleton Centre for Community Innovation. Selon les résultats dévoilés cette semaine, l’actif ISR représentait, au Canada, environ 20 % des actifs sous gestion dans l’industrie financière en 2012. Mais l’épargne des investisseurs particuliers dans ces produits ISR ne comptait que pour 2 % des actifs sous gestion ISR. Ce segment est donc encore largement dominé par les institutionnels et les régimes de pension.

 

Les investisseurs individuels sont pourtant sensibles à ces questions en matière d’investissements. Selon l’étude, « 92,1 % des Québécois sont fortement préoccupés par la pollution ; 89,1 % par les droits de la personne ; et 88,9 % par la corruption. Pourtant, quand vient le temps d’investir, seulement le tiers d’entre eux est préoccupé par les critères ESG [environnementaux, sociaux et de gouvernance], pourtant considérés comme des leviers fondamentaux de changements. »

 

Les Québécois peu à l’aise

 

Il reste que façon générale, les Québécois ne sont pas à l’aise avec la finance et ils n’épargnent pas en raison de leur manque de connaissances, d’intérêt ou de leur revenu disponible. « Moins de quatre Québécois sur dix estiment avoir une bonne connaissance du domaine financier, et à peine un tiers se tient régulièrement au courant des questions financières. Le problème majeur qui nuit à l’ISR est que seulement 6,6 % des Québécois affirment être en mesure d’épargner, et peu d’entre eux prévoient des investissements pour leur avenir »,peut-on lire.

 

Le développement limité de l’ISR s’explique également par le manque de notoriété de ce type d’épargne. Mais la bonne nouvelle, « les Québécois sont prêts à changer leur comportement d’épargne, ce qui favorisera l’ISR ». Dans ce sondage réalisé auprès de plus d’un millier de répondants, « 53,3 % désirent préparer leur retraite de manière intelligente, et 36 % d’entre eux considéreront le choix de l’ISR lors de leurs prochains placements financiers, ce qui leur permettra d’être en cohérence avec les autres choix de consommation écoresponsable. Fait encourageant, pour deux tiers des Québécois, le rendement n’est plus un frein majeur en comparaison à des produits de placement traditionnels. »

 

D’ailleurs, il a déjà été reconnu que si l’ISR n’est pas plus payant, il ne l’est pas moins. Mais l’investissement responsable, en forte hausse au cours des années 1990 sous l’impulsion ici du Mouvement Desjardins et du Fonds de solidarité FTQ, a atteint un plateau avant la crise chez l’investisseur individuel, pour demeurer stagnant depuis. Et ce type d’investissement dit engagé a été et demeure cependant un marché de niche.

 

Selon les données publiées l’an dernier par le mensuel Finance et Investissement, la Canadian Socially Responsible Investment évaluait qu’au Canada, 600,9 milliards étaient investis conformément aux principes de l’ISR. Cet actif a connu une croissance de 16 % par rapport à 2010 et représentait 20 % de l’ensemble de l’actif investi au pays, chiffre repris par l’UQAM.

 

L’organisme confirmait que l’ISR est un marché principalement d’institutionnels institutionnels. Les régimes de retraite représentaient 89 % de tout l’actif investi en ISR, soit 532,7 milliards, un cumul dépassant les niveaux prérécession de 2008, où l’actif atteignait 513,5 milliards.

 

Pour leur part, les particuliers retenaient un actif de 13,5 milliards, soit seulement 2 % de tout l’actif dans le marché ISR en 2011. « Cette part a toutefois connu une hausse de 8 % en deux ans »,se sont réjouis les auteurs de l’étude réalisée par l’UQAM.