Québec, «penny stock»

Une semaine après l’annonce pétrolière du gouvernement Marois, ses deux principaux partenaires croupissent encore dans la catégorie des actions à quelques sous (penny stock). À deux, Pétrolia et Junex cumulaient mercredi une capitalisation boursière de 113 millions, soit l’équivalent du montant (115 millions) que Québec entend injecter dans l’aventure. Le signal est clair : il ne faut pas célébrer la manne pétrolière trop rapidement. Du moins, en Bourse, on ne croit pas au pactole.

Le rapport du vérificateur général l’indique, le deuxième budget de Nicolas Marceau va le confirmer jeudi : le Québec n’a aucune marge de manoeuvre. Il lui faut donc se doter des moyens nécessaires à ses ambitions. Avec ce potentiel pétrolier et gazier captant le gros de l’attention, Québec s’est senti contraint d’y faire écho, d’accélérer la délimitation du potentiel et de rapatrier les droits et permis cédés au privé à une autre époque. Pouvait-il en être autrement ?

 

D’autant qu’il y a des limites à contenir la progression des dépenses publiques. Et que ces dépenses répondent très souvent à la définition de besoins de première nécessité et, donc, s’approchent rapidement du niveau incompressible. Ce dont le Québec a désespérément besoin aujourd’hui, c’est de revenus nominaux. Mais ces revenus persistent à demeurer chétifs avec cette croissance économique anémique et cette inflation inexistante. Faut-il imposer davantage ou différemment alors que la limite est en voie d’être atteinte, si ce n’est déjà fait ? Taxer plus et imposer moins, au risque de tomber dans la vulnérabilité du discrétionnaire ? Poursuivre plus à fond la tarification accompagnée d’adoucisseurs, puisant ainsi dans des poches de moins en moins profondes et toujours moins nombreuses ?

 

Budget après budget, ces arbitrages sont sans cesse revisités. Sans croissance économique, les ministres des Finances sont condamnés à jouer les équilibristes année après année.


Gouvernement spéculateur

 

Cette toile de fond peut expliquer pourquoi le gouvernement Marois a senti le besoin de jouer les spéculateurs dans l’exploration pétrolière. Jusqu’à 115 millions seront investis dans deux partenariats pour savoir s’il y a du pétrole et du gaz à Anticosti. Le cas échéant, s’il y a possibilité d’une exploitation commerciale, Québec recevrait jusqu’à 60 % des bénéfices d’exploitation, pour des retombées pouvant s’élever à 45 milliards en 30 ans, chiffre-t-il. Redevances, impôts et bénéfices liés aux participations acquises… Surtout, le gouvernement rapatrie ces droits et permis appartenant jadis, pour l’essentiel, à une division pétrolière d’Hydro-Québec.

 

Il y a donc plus de 30 ans qu’on suppute le potentiel pétrolier du Saint-Laurent. Ce que veut dire le marché en accordant une valeur de 89 ¢ à l’action de Pétrolia, de 75 ¢ à celle de Junex, c’est qu’il ne croit pas au potentiel commercial de tous ces prétendus milliards de barils disséminés dans le sous-sol d’Anticosti. Une étude commandée en 2011 par Pétrolia et Corridor Resources arrivait à la même conclusion. S’il y a présence d’une formation géologique pertinente à Anticosti, on ne peut conclure à la présence de réserves prouvées, probables ou possibles, lisait-on. Il n’y avait pas d’évidence que les formations contenaient du pétrole pouvant être extrait à des fins de commercialisation. Aussi, il y est indiqué qu’on a affaire à du pétrole non conventionnel, qui implique un faible taux de récupération.

 

Tout reste donc à faire. Déjà qu’une distinction importante doit être apportée entre réserves probables et prouvées, il faut ensuite déterminer le potentiel commercial de cette ressource, mettre en exergue ce qui peut être économiquement exploité de manière rentable. Et ici, tout se conjugue. Vulnérabilité des sites d’exploitation, taux de récupération des ressources extraites, risques environnementaux, fiabilité des techniques d’extraction, projection de la valeur marchande, acceptabilité sociale… Autant de variables composant une équation plutôt complexe.

 

Et si un jour, très lointain, la faisabilité économique était démontrée, il faudrait penser à toute cette infrastructure d’extraction, de transport, de transformation et de récupération des résidus et déchets que l’opération nécessiterait.

 

Mais il est vrai que Québec se devait de bouger, sous le très hypothétique « au cas où ».

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1 commentaire
  • Harvey Mead - Abonné 20 février 2014 09 h 36

    Et à ajouter le coût du carbone

    M. Bérubé attribue comme moi la décision du gouvernement de procéder trop rapidement dans le dossier du pétrole à sa reconnaissance de contraintes budgétaires à venir de plus en plus importantes et nécessitant un nouveau regard sur la situation. Il souligne, comme Marc Durand et d’autres, que les milieux d’affaires n’y voient pas un intérêt commercial, à juger pour leurs faibles parts dans les actions de Pétrolia et de Corridor Resources. Il va un peu plus loin que Descôteaux dans son éditorial de samedi, en soulignant qu'il faudrait penser éventuellement « à toute cette infrastructure d’extraction, de transport, de transformation et de récupération des résidus et déchets que l’opération nécessiterait » - cela après avoir inclus une prise en compte des risques environnementaux et une série d’autres composantes de l’évaluation.

    Et il n’ajoute même pas ce que le Rapport synthèse du Rapport synthèse du Comité de l’évaluation environnementale stratégique sur le gaz de schiste a mis en évidence cette semaine - c'est une première, je crois - , soit la nécessité d’inclure dans le coût celui du carbone associé aux émissions qui découleraient de l’exploitation. Dans mon livre, j’estime ce coût à 22$ la tonne, alors que le Comité, citant de récentes études américaines, propose 46$ la tonne, soit la différence entre les bornes inférieures et supérieures fournies par le gouvernement canadien en 2007 - la borne supérieure de 2007 est devenue la borne inférieure en 2014...