La der?

Pour tromper l’excès de dépaysement induit par des Jeux olympiques d’hiver de Sotchi 2014 où on présente des disciplines étranges et du ski « nordique » en manches courtes — non mais, 16 ou 17 °C en février, ça ne fait pas très sérieux —, il n’y a rien comme du bon vieux hockey sur glace masculin avec du monde qu’on connaît. Martin McGuire à la description, Dany Dubé à l’analyse, Carey Price dans les buts, voilà des repères fiables qui nous rassurent sur la marche du monde et notre place dans icelui. Après quatre jours avec pas de Canadien, il était sérieusement temps que Canada se montre le bout du nez.

 

Si d’ailleurs on apprécie un tournoi mettant en vedette des professionnels de chez nous, on serait avisé de porter attention à celui-là parce qu’on risque de ne pas en ravoir un autre de sitôt. Les joueurs de la Ligue nationale à Pyeongchang en 2018 ? Pas grand-chose ne se révèle moins sûr.

 

Si on a louvoyé pendant un certain temps en ce qui concerne Sotchi, c’était avant tout une question d’argent : les assurances coûtent une beurrée et le mouvement olympique, toujours très jaloux de son contenu, affectionne que personne d’autre que les médias autorisés qui allongent un fric considérable n’y ait accès. La LNH, en revanche, déteste que le contrôle total des considérations logistiques lui échappe, et le contrôle total lui échappe.

 

Commodément, on a gardé la participation olympique à l’extérieur de la présente convention collective, la présence à Sotchi était toutefois très probable, ne serait-ce que parce que le tout se déroule au pays de la Ligue continentale rivale et qu’Alexandr Ovechkin avait dit il y a déjà quelques années que même si la LNH n’y allait pas, lui irait pareil, position qui avait reçu l’assentiment du propriétaire des Capitals de Washington Ted Leonsis. Et aussi qu’il y avait, comme à Turin en 2006, un récent lockout à faire oublier aux amateurs.

 

Mais il n’y aura pas de récent lockout en 2018. Selon toute probabilité, il n’y aura pas non plus d’Alexander Ovechkin sud-coréen, ni de ligue de hockey rivale. Ce dont on peut être certain qu’il y aura, c’est un décalage horaire épouvantable. Le réseau NBC, qui à la fois détient les droits des Jeux de Pyeongchang et diffuse des joutes de la LNH aux États, pourrait avoir son mot à dire, mais ce mot pèsera moins lourd lorsqu’on prendra en compte que les matchs auront lieu en pleine nuit en Amérique du Nord.

 

Contrairement à ce qu’on aurait pu penser à l’origine, les joueurs aiment beaucoup participer aux JO, même s’ils n’y sont pas payés. Ou peut-être un peu parce que, justement, ils n’y sont pas rémunérés. Cela aide à les dépouiller de leurs oripeaux de mercenaires uniquement préoccupés par leur fortune.

 

Les propriétaires d’équipe, eux, apprécient moins. Pendant plus de deux semaines au coeur de la saison régulière, les revenus cessent complètement. Les clubs ne sont pas traités sur un pied d’égalité, puisque certains, comme les Blackhawks de Chicago et les Blues de St Louis, envoient jusqu’à 10 joueurs aux JO alors que d’autres n’en délèguent que deux. Et s’il fallait qu’un joueur de premier plan — et ils sont tous des joueurs de premier plan — se blesse de manière sérieuse pendant le tournoi, où on dispute après tout des rencontres qui ne comptent pas dans la vraie vie, ce serait carrément la cata.

 

Ces jours derniers, le proprio des Flyers de Philadelphie Ed Snider, un monsieur influent s’il en est, a effectué une sortie en règle sur le sujet, et s’il a agi ainsi, c’est fort probablement qu’il n’est pas le seul à penser en ce sens. « Je déteste les Jeux olympiques, a-t-il dit. C’est ridicule, tout cela est ridicule. Même s’ils avaient lieu à Philadelphie, je ne voudrais pas casser la saison. Je pense qu’il est ridicule de s’arrêter pendant trois semaines au milieu de la saison. Ça gâche tout. Comment quelqu’un peut-il être heureux d’interrompre sa saison ? Aucune autre ligue ne le fait, pourquoi devrions-nous le faire ? Cela ne présente aucun avantage pour nous. Je ne vois que des aspects négatifs. »

 

Bill Daly, le bras droit de Gary Bettman, a fait savoir qu’une décision concernant Pyeongchang 2018 serait prise au cours des six prochains mois « par respect pour les Jeux olympiques », un respect dont on n’a pas trop trop fait preuve par le passé. Chose sûre : il n’est pas question de transférer le hockey aux Jeux d’été afin d’éviter cette pause dans le sacro-saint calendrier de la LNH.

 

Mais hé, au lieu de conjecturer sur un avenir incertain, sachons profiter de ce qui nous est donné, n’est-ce pas, et goûtons donc avec une avidité belle à voir un tournoi dont il paraît qu’ils espèrent tous là-bas qu’il se terminera par une finale Canada-Russie. Parce que la première représente toujours l’équipe à battre. Et parce que la seconde a trop souvent été ces dernières années l’équipe battue.

 

Que de promesses, chers amis, c’en est presque insupportable.

3 commentaires
  • Normande Ginchereau - Abonnée 14 février 2014 11 h 19

    Pendant ce temps, à Québec

    Il y a les PEE-WEES du Carnaval ... supportés par plus de 220,000 fans. Ce serait bien de le rappeler.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 14 février 2014 14 h 32

    Le beurre et l'argent du beurre

    3 semaines à tous les 4 ans!!Il y a des limites à la grossière et égocentrique ogressi-
    vité des tiroirs-caisses genre le fou de Wall Street.

  • Jean-Pierre Contant - Abonné 14 février 2014 16 h 52

    Pourquoi pas?

    Pourquoi n'y aurait il pas un équipe de hochey masculin comme chez les femmes. De cette façon on se passerait bien des millionnaires bénévoles aux 4 ans.