Au tour de Québec

Avec ses équilibres budgétaires revenus et un retour au surplus sur le radar, le gouvernement Harper vient de rater une belle occasion de libérer de l’espace pour les provinces non pétrolières, encore mal en point. Ce déséquilibre fiscal, que l’on pensait réglé en 2007, vient de réapparaître dans le paysage économique et politique canadien.

 

S’il s’avère que le gouvernement Marois passe par l’étape d’un dépôt de budget avant de déclencher les élections, tout un défi attend Québec. Avec des finances publiques appauvries par une croissance économique aussi anémique que non inflationniste, l’exercice budgétaire consistera à faire la démonstration que, tout au plus, la dérive a pu être évitée malgré la force des vents contraires et l’absence de marge de manoeuvre. Le dernier budget d’Ottawa, dixième sous la signature du ministre Flaherty, vient témoigner de l’action unilatérale d’Ottawa, qui fait fi des défis confrontant les finances publiques des provinces non pétrolières.

 

Le gouvernement québécois précédent avait pourtant bénéficié d’une légère ouverture d’esprit du fédéral. Le ministre Jim Flaherty n’était alors pas tombé dans le piège de l’austérité budgétaire, misant d’abord sur la reprise économique dans son budget de l’an 1 de l’après-crise, tout en laissant un espace libre aux provinces, plus mal en point. Mais depuis…

 

Dans sa réaction au dépôt du dixième budget de Jim Flaherty, le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, a vivement dénoncé le choix du gouvernement Harper de protéger son cadre financier. Il aurait pu ajouter que l’exercice de mardi vise essentiellement à préparer le prochain. On peut déjà imaginer tous les assouplissements fiscaux qui seront offerts aux contribuables dans le cadre de ce rendez-vous électoral de 2015.

 

Retour au déséquilibre fiscal

 

Pourtant, alors que le fédéral a renoué avec ses équilibres budgétaires, alors qu’il se prépare à amorcer une nouvelle ère de surplus, l’occasion se présentait pour qu’il dégage l’espace financier dont les provinces, soumises aux pressions budgétaires multiples dans la livraison des services de premières lignes, auraient eu besoin. D’autant que la conjoncture économique s’annonce plus favorable. Le propos de Nicolas Marceau est malheureusement juste. « Les décisions unilatérales prises par le gouvernement fédéral nous ramènent 10 ans en arrière, à savoir à un retour du déséquilibre fiscal […] Il est donc primordial que le gouvernement fédéral redonne aux provinces la marge de manoeuvre financière qu’il leur a retirée par ses changements unilatéraux aux principaux transferts fédéraux depuis 2008 », peut-on lire dans la réponse du ministre québécois.

 

Effectivement, on croirait à un retour à cette mauvaise habitude d’Ottawa, particulièrement dominante au cours des 15 ans ayant précédé la crise de 2008, consistant à lancer des programmes pour s’en retirer au premier revers conjoncturel venu et laisser les provinces seules responsables de la satisfaction d’un besoin ainsi créé. Aussi, la guerre aux déficits menée par le fédéral au cours de la décennie 1990 n’a-t-elle pas été remportée, notamment, au prix d’importantes coupes dans les transferts aux provinces ?

 

Toutes pratiques ou justifiées qu’elles soient, ces dénonciations ne changent toutefois en rien l’état des finances publiques des provinces de l’Est canadien et la réalité québécoise. Depuis plusieurs semaines, les économistes, toutes couleurs confondues, se succèdent pour ramener le Québec à ses défis de productivité, à son choc démographique et à son incapacité à créer de la richesse dans un contexte de faible croissance économique, sans inflation ni vigueur des exportations. Il nous est rappelé que cette prétendue marge de manoeuvre se veut plutôt inexistante. D’ailleurs, même avant la crise, sur une période de 17 années de croissance du PIB depuis 1991, le Québec a nagé dans les déficits structurels chroniques. Une réserve budgétaire n’a pu être inscrite que pour quatre exercices seulement au cours de cette période. Dans l’intervalle, la dette représentant uniquement les déficits accumulés est passée de 35 milliards à 118 milliards au 31 mars 2013 et le ratio dette nette/PIB, de 23 % à 49 %.

 

Tous en conviennent. Du travail et des choix restent à faire. Il aiderait que ce gouvernement puisse enfin bénéficier d’une conjoncture plus favorable et d’un gouvernement fédéral moins asymétrique.

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