Fiction politique, politique-fiction

Il suffit d’une première fois pour lancer une coutume. Le président Obama a cité une série télé dans son dernier discours sur l’état de l’Union. « Il est temps d’en finir avec les politiques qui n’ont leur place que dans un épisode de Mad Men », a-t-il dit en faisant la promotion de salaires égaux pour les hommes et les femmes.

 

Il aurait aussi pu rappeler qu’à l’époque le régime d’imposition saignait les plus riches de 90 % de leurs revenus. Et dans Taxman les Beatles chantaient : « There’s one for you, nineteen for me ».

 

Passons et revenons au principal. Quelles émissions de télé pourraient bien évoquer les politiciens québécois, par exemple dans le cadre de la prévisible prochaine campagne électorale ?

 

Imaginons. Imaginons la première ministre Marois à propos du livre blanc sur L’avenir du Québec promis par un prochain gouvernement péquiste majoritaire. « Dans un Québec souverain, pourrait-elle dire, il n’y aura plus de chômeur ni de décrocheur, tout le monde va rouler électrique ou en Bixi, manger bio, être riche, mince et beau, pis on va en avoir plein de belles affaires partout comme à Copenhague. La série Borgen va devenir réalité. »

 

La troisième saison de la production danoise commencera la semaine prochaine sur ARTV. La politicienne Birgitte Nyborg s’y révèle encore plus idéale que dans les saisons précédentes. On frise l’hagiographie.

 

Sur le « deal » entre son mari et la FTQ, voici une autre suggestion à notre Nyborg de ce bord-ci de l’Atlantique Nord pour formuler une ixième tentative d’écarter les tenaces apparences d’affaires louches. « Les ficelles sont tellement grossières qu’on se croirait dans un épisode des Jeunes loups. »

 

Sur la charte de la laïcité maintenant, cette tirade du ministre Bernard Drainville, porteur du projet machiavélo-laïque. « Il est temps d’en finir avec les signes religieux ostentatoires qui n’ont leur place que dans un épisode des Belles histoires des pays d’en haut. »


De la fiction à la politique

 

Trêve d’essais, on a compris. La politique peut donc s’inspirer de la fiction. L’inverse est tout aussi vrai. Mais quand une fiction des écrans devient-elle politique ?

 

La réponse simple dit qu’une série politique parle de politique. La série présidentielle américaine The West Wing (1999-2006) fait souvent plus saliver les amateurs de politique-fiction que Borgen.

 

Ou alors autant que House of Cards, dont la deuxième saison arrivera en ondes, tout d’un bloc, vendredi, sur le réseau Netflix. Le ministre péquiste Jean-François Lisée confiait ce week-end à La Presse qu’il apprécie cette histoire de conquête du pouvoir pour ce qu’elle : de la fiction. « Ce sont les contradictions de la politique poussées à leur paroxysme, disait-il. Si c’était fidèle à la réalité, il n’y aurait aucun intérêt. »

 

Une réponse plus compliquée départage la série politique en considérant autant la réception que l’émission. Aux États-Unis, il y a une décennie, une enquête auprès d’étudiants des universités avait montré que, pour eux, The Simpsons constitue un pamphlet critique contre la société américaine contemporaine. Avec toutes sortes de nuances, on pourrait oser la même remarque à propos de Pérusse Cité.

 

Il est même possible de distinguer les émissions parlant de la politique (de la mécanique du pouvoir, quoi) des émissions traitant du politique (disons de la réflexion sur le pouvoir et les rapports sociaux). Le premier genre est quasi absent des productions québécoises. Le second s’y infiltre par toutes sortes de bouts plus ou moins évidents. Les Bougon devient ainsi une série profondément politique, comme les bons vieux téléromans de Pierre Gauvreau ou de Lise Payette.

 

Plusieurs films en compétition pour un Oscar traitent du politique à leur manière détournée. The Wolf of Wall Street et même Blue Jasmine montrent de « crosseurs » des classes supérieures qui volent ceux d’en bas.

 

Seulement, comme le résumait le magazine en ligne Salon il y a quelques jours, en gros, les quelque 900 films produits ou projetés aux États-Unis l’an dernier tournent toujours autour du même portrait d’une république peuplée de familles riches, d’hommes minces et de femmes en dentelles, vivant dans des appartements de rêve, avec des robots ou des superhéros pour la frime. Les pauvres, les classes sociales et la lutte des classes n’existent à peu près pas sur les écrans américains, qui sont aussi beaucoup les nôtres.

 

Ici, l’essentiel Robert Morin promet encore une fois de compenser avec 3 histoires d’Indiens qui sera projeté aux prochains Rendez-vous du cinéma québécois, à la fin du mois. Le film racontant la vie de cinq jeunes autochtones, aussi bien dire nos lumpenprolétaires, nos nègres rouges d’Amérique, a en plus été produit par financement populaire.

 

Il suffit d’une première fois pour lancer une coutume…

2 commentaires
  • Luciano Buono - Abonné 10 février 2014 11 h 50

    Precisions

    Par rapport à Taxman des Beatles, le taux d'imposition au dessus de 90% pour les plus riches était au Royaume-Uni, pas aux Etats-Unis. Aussi, je suis perplexe sur le fait qu'on ne mentionne rarement (sinon jamais) une série québécoise qui parlait de politique, mais là, à 100 milles à l'heure: Bunker le Cirque. Je me souviens qu'à l'époque ou ça jouait, la classe politique avait joué la vierge offensée, comme quoi c'était une caricature grossière et inexacte. J'aimerais bien revoir cette série maintenant après tout ce qui s'est passé dans les dix dernières années (autant au provincial, qu'au fédéral). Radio-Canada a pleins d'inepties remplaçable dans ses cases horaire, elle pourrait facilement ramener cette série.

  • Jean-Philippe Delorme - Inscrit 10 février 2014 12 h 25

    Maladroit?

    Propos douteux et partiaux... Est-il vraiment nécessaire de rajouter au cynisme ambiant sans proposer quoi que ce soit de neuf?