Le point sur Robert Parker

Le critique états-unien Robert Parker : <em>scoring big!</em>
Photo: Agence France-Presse (photo) Patrick Bernard Le critique états-unien Robert Parker : scoring big!

J’ai tout fait pour éviter de vous en (re) parler. Mais comme pour les Jeux de Sotchi, le sujet est chaud. La dernière livraison du magazine Cellier me fournit l’occasion de revenir sur le critique états-unien Robert Parker et son système de notation. L’approche rédactionnelle du Cellier sur le personnage est impeccable. Dans le genre corporatif, rien à redire.

 

La formulation tendancieuse qui s’en dégage, par contre, nous mène droit à la conclusion selon laquelle, que vous le vouliez ou non, le système de notation sur 100 points est bel et bien là pour rester. Eh oui ! Après l’affaire James Suckling l’an passé, c’est « monsieur 90 points et + » qu’adopte dorénavant notre monopole d’État pour nous vendre ses vins en succursale.

 

Le magazine avouera d’emblée que le célèbre gourou du Maryland préfère ses rouges opaques, riches, solides, puissants, musclés, charpentés, bref, des vins qui ne font pas nécessairement dans la dentelle. Ça, on s’en doutait. Mais pourquoi diable, alors, nous « vendre » à ce point l’homme dont le palais demeure à des années-lumière de la sensibilité québécoise en matière de vin ?

 

A : parce que l’amateur québécois est encore et toujours aussi insécurisé qu’analphabète et béotien du goulot ? B : parce que ce même amateur compte toujours et plus que jamais sur l’approche paternaliste de notre société d’État pour faire lucidement ses choix en magasin ? C : parce que la presse d’ici n’a aucune, mais alors là, aucune crédibilité en matière de pinard ? D : toutes ces réponses ?

 

Que l’on se comprenne bien : Parker a droit à son opinion, mais de nous la faire avaler comme si on était encore des colonisés, et cela par pur esprit mercantile, a ses limites. Pour le coup, c’est zéro que j’accorde au monopole comme note de passage. Quant à ma notation personnelle, à titre indicatif seulement et basée sur cinq étoiles, j’aime penser qu’elle sera utile à ceux pour qui le vin a meilleur goût qu’une appréciation non encore cotée à la Bourse de New York, de Londres ou de Sotchi.

 

La notation des Amis du vin du Devoir

 

La pluralité d’opinions et de notations qui se dégageait de la dernière rencontre des Amis du vin du Devoir, en début de semaine, respirait à merveille cette « démocratie » du goût jamais figée entre les mains d’un seul homme. La thématique « syrah » ainsi dégustée à l’aveugle, autant par des néophytes que par des génies en herbe, affichait clairement une surprenante unanimité d’ensemble. Avec une bonne dose de plaisir à la clé !

 

Saint-Joseph 2010, le Grand Pompée, Paul Jaboulet Aîné, Rhône, France (29,50 $ – 185637) : après quelques sursauts de réduction, voilà le registre floral qui ouvre la voie à une expression aromatique et gustative précise, élégante, empreinte de finesse. La bouche offre tonus, corps moyen et vigueur sur des tanins serrés et bien tendus, visiblement marqués par l’autorité naturelle du terroir minéral. Trop cher, cependant (5 +)★★★ ©. Moyenne du groupe : ★★1/2

 

Les Jamelles 2012, Syrah, Pays d’Oc, France (13,80 $ – 10667255) : accessible, ouvert, gourmand, sans prétention : ce rouge souple et coulant intéressera les amateurs de vins de soif simples et sans aspérités. Finale se resserrant sur une amertume suggérant une aromatisation boisée qui ajoute une touche de monotonie à l’ensemble. Unanimité du groupe, surtout à ce prix ! Vin de piscine, pas creusée mais hors terre (5)★★. Moyenne du groupe : ★★1/2

 

Boom Boom 2012, Syrah, Washington State, États-Unis (23,75 $ – 11208561) : tout tourne autour du fruit, rien que le fruit, toujours le fruit. À l’intérieur d’une orbite qui évite toutefois de sortir de son périmètre pour mieux fouiller en profondeur. Acidité, boisé, alcool : l’ensemble manque de liaison. Pétard mouillé, en somme (5)★★. Moyenne du groupe : ★★

 

Hermitage 2010, Domaine Belle, Rhône, France (69 $ – 11154814) : après un 2009 plus opulent, ce 2010, encore bien corseté sous l’élevage boisé, offre cette inimitable sève, un rien sévère en jeunesse, propre aux granites locaux. Pureté, brillance, tension et longueur : nous avons là une cuvée féminine, mais aussi masculine à ses heures. Pur infanticide que de la boire aujourd’hui ! (10 +)★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★

 

George Wyndham Shiraz 2010, Australie (21,50 $ – 12073961) : il y a de l’emportement sur le plan des arômes comme des saveurs, avec ce fruité réglissé, presque mentholé typique des vins locaux, cette bouche musclée, saline, puissante mais aussi très fraîche, avec cette acidité qui radicalise les tanins sur la finale. Adorera les braisés de toutes sorte (5 +) ★★1/2 ©. Moyenne du groupe : ★★1/2

 

Max Reserva Syrah 2011, Errazuriz, Aconcagua, Chili (18,95 $ – 864678) : la syrah rugit littéralement ici pour mieux rebondir, déliant une musculature qui renforce son aplomb en bouche. On a même droit, à ce prix, à une révélation minérale que vient étoffer un élevage fort approprié. Unanimité des Amis, surtout une excellente affaire ! (5)★★★ Moyenne du groupe : ★★★


The Chocolate Block 2011, Boekenhoutskloof, Afrique du Sud (40 $ — 10703412) : l’impression d’une syrah primeur vinifiée du côté de Cornas, mais voilà que tout bascule avec de singulières et foudroyantes nuances animales et minérales qui emportent le morceau, surtout en bouche. Un solide rouge, complexe, intense, d’une texture riche et vivante, liée à merveille. Le meilleur dégusté à ce jour. À découvrir ! (10 +)★★★★ © Moyenne du groupe : ★★★1/2

 

Porto Tawny, Fonseca, Douro, Portugal (15,40 $ — 499145) : il ne casse certes pas trois pattes à un canard, mais voilà un tawny typé qui, sans être complexe ni trop riche (lire : sucré), demeure harmonieux avec son caractère épicé de petits fruits secs. Servir frais à l’apéro sur des noix (10 +) ★★1/2 Moyenne du groupe : ★★★ et même ★★★★ pour certains !

 

Aussi, hors dégustation et disponible en quantité limitée : Cornas Champelrose 2011, Domaine Courbis, France (37,50 $ — 11696963) : incontestable réussite dans ce millésime que ce cornas au fruité particulièrement délectable, et cela, dès la première approche. Il y a, bien sûr, ce côté paysan, presque taciturne, puis ce fruité dense, bien élevé sous bois, qui gonfle le palais et l’habille, superposant les épaisseurs, jouant de profondeur comme de longueur (10 +)★★★★ ©; non, pardonnez l’erreur… 90 points et + (!)


Jean Aubry est l’auteur du Guide Aubry 2014. Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

1 commentaire
  • Jean-Louis Cadieux - Abonné 9 février 2014 17 h 58

    Le point sur Robert Parker

    Tout à fait d'accord avec vous M. Aubry. C'est comme si le talent québecois n'était pas reconnu. D'ailleurs, je ne lis pas M. Parker. Il me faut des gens de chez-nous.
    Merci