Alla Barcola chez Fabrizio

Le chef propriétaire du restaurant Barcola, Fabrizio Caprioli, et sa petite Stella, un mois.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le chef propriétaire du restaurant Barcola, Fabrizio Caprioli, et sa petite Stella, un mois.

De temps en temps, dans le tourbillon des ouvertures, fermetures, relances, nouveaux concepts et autres essoufflantes péripéties du monde de la restauration chez nous, passe un petit engin à hélices sur lequel pédalent deux ou trois personnes pour aider le moteur dans les côtes.

 

La chose de cette semaine s’appelle Barcola et c’est une toute petite cylindrée, ravissante et italienne au-delà de tout.

 

Une sympathique jeune consoeur d’un média électronique branchouille m’y avait convié pour parler restos, gastronomie, cuisine, recettes, bouffe santé, en fait toutes choses importantes dans la vie.

 

J’étais passé plusieurs fois devant ce minuscule établissement récemment ouvert en me demandant comment on fait pour se retrouver dans le Mile-End lorsqu’on est originaire de Barcola, cette jolie municipalité du Frioul-Vénétie.

 

Un mur de 33-tours

 

L’endroit est chaleureux, accueillant et sans prétention. Une trentaine de places et, dans le fond de la salle, un mur de pochettes de 33-tours, surtout du jazz, peu de folklore slovène, par contre.

 

Une carte très courte et des choix respectueux du budget de clients venus là pour manger plus que pour se faire plumer, comme c’est souvent le cas dans le quartier et ailleurs en ville.

 

L’hôtesse-maître-d’hôtel-serveuse, cousine québécoise de Lisbeth Salander, commente intelligemment les vertus de la salade chaude de légumes d’hiver, un heureux assemblage de chou-fleur, de fenouil et de champignons, ainsi que les qualités de la polenta, morue et sauce tomate.

 

Quand les plats sont expliqués avec autant de délicatesse, on craint toujours un peu d’être déçu. Ce n’est pas le cas ici, et les deux entrées sont encore meilleures qu’anticipé, notamment cette polenta parfaite dans son soyeux. Même qualité des plats principaux, émincé de boeuf avec pommes de terre au four pour ma nouvelle amie et risotto pour moi, qui suis toujours curieux de voir comment on peut réussir ce plat si délicat et si capricieux pour des déjeuners souvent pris à la course.

 

Midi et soir

 

L’expérience de ce midi-là fut si bonne que je décidai de revenir en soirée, ne serait-ce que pour m’assurer que je n’avais pas rêvé et pour vérifier deux ou trois détails qui n’en sont pas.

 

En soirée, l’ambiance est encore plus chaleureuse ; lumières tamisées, loupiotes sur les tables et John Coltrane en fond musical. L’accueil est toujours sympathique et le menu aussi inspirant.

 

En entrées : salade verte mixte et stracciatella de mozzarella pour Marie, folle de ce fromage, et brandade de morue servie sur polenta pour moi, qui suis fou d’elles ; Marie en tout premier, la polenta ensuite et la brandade enfin.

 

On parle peu, ce qui est bon signe, ou alors avec les yeux, ce qui est un signe encore meilleur.

 

En plats principaux, un superbe risotto aux champignons, discrètement parfumé à l’huile de truffes, d’un côté de la table, et des scialatielli à l’encre de seiche avec moules et crevettes, de l’autre côté.

 

Les assiettes changent de côté à mi-repas. On hésite à donner une meilleure note à l’une ou l’autre, les deux étant soignées et montées avec beaucoup de discernement.

 

En pâmoison

 

À la table voisine, un couple de clients est en pâmoison devant les assiettes de gnocchi de courge, graines de pavot et ricotta fumée, et la bienséance m’empêche de vous dire l’état dans lequel ils sont une fois les assiettes nettoyées.

 

Ça frise l’érotisme torride qui imprègne les passages aux tables de ces grands chefs que l’on trouve dans les coins les plus reculés et inattendus de l’Italie.

 

Vient le moment des desserts. Dans le registre « on n’est pas pâtissiers, mais on est quand même très gourmands », le chef prépare trois petites choses allant de bonnes à très bonnes : tiramisu, millefeuille à la crème chantilly et gâteau au chocolat « alla Barcola » dont on m’a dit le plus grand bien.

 

Sur son petit engin qui semble venu d’une autre époque, sorte d’élégant Piaggio à trois roues comme on en voit partout en Italie, le chef Caprioli répand le bonheur dans son mini-établissement.

 

Comme on dit à Barcola, en banlieue de Trieste, « dans les p’tits pots, les bons onguents ».
 

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Ouvert le midi du mercredi au dimanche et en soirée du mercredi au samedi.

 

À midi, comptez une vingtaine de dollars par personne ou une quinzaine en fin de semaine pour des brunchs très généreux.

 

En soirée, à peine plus, sauf si vous craquez pour un ou deux petits verres de vino.

 

La chair est faible et la carte des vins du Barcola propose quand même neuf choix de prosecco.


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Note qui a un peu à voir : avant ou après Barcola, pour prolonger votre séjour en Italie, courez voir La Grande Belleza, le dernier film de Paolo Sorrentino avec l’élégantissime Toni Servillo dans le rôle principal.

 

Aussi magnifiquement romain pour les yeux et les oreilles que la cuisine de Fabrizio Caprioli est vénitienne pour tous les sens.

 

Note qui a un peu à voir quand même : si vous êtes en moyens et que vous voulez goûter des trucs turcs complètement décalés, vous pouvez aller faire un tour chez Arëm, un nouveau « lieu » où l’on sert des « expériences gastronomiques » de fine cuisine ottomane.

 

Délire conceptuel de Reza Azarpoor, qui propose des plats incroyablement beaux, incroyablement chers et… Radio-Casseroles en a dit tant de mal que ça ne peut qu’être intéressant.

 

Apportez quand même une grosse tirelire. Arëm, 1619b, rue William, 514 846-1234.


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