Le parti montréalais

L’opposition systématique du PLQ à la loi 101 lui avait jadis valu d’être qualifié de « parti des Anglais ». Dimanche soir, à Tout le monde en parle, Fatima Houda-Pepin a plutôt accusé Philippe Couillard d’en avoir fait un parti strictement montréalais, pour ne pas dire ouest-montréalais, en rupture totale avec les régions du Québec.

 

À la veille de la réunion de deux jours du caucus libéral, M. Couillard aurait bien voulu tourner la page sur la charte de la laïcité et faire porter la discussion sur l’économie, les finances publiques et le « deal » entre la FTQ et le mari de la première ministre Marois, mais la députée de La Pinière a clairement touché un point sensible.

 

Comme pour se défendre d’avoir capitulé devant l’électorat anglophone et allophone du PLQ, largement concentré à Montréal, M. Couillard a lourdement insisté sur l’attachement de son parti à la présence du crucifix à l’Assemblée nationale, allant même jusqu’à présenter la réaction de la communauté de L’Isle-Verte comme la démonstration de l’importance du phénomène religieux pour les Québécois. Une récupération d’un goût pour le moins douteux.

 

Cette curieuse tentative de mariage entre le vieux fond catholique des régions et les inconditionnels de la laïcité ouverte insensibles à la menace intégriste donne la mesure de l’inconfort politique dans lequel la position emberlificotée du chef libéral a placé son parti.

 

Après le tchador, M. Couillard a dû se débattre avec la burka, dont l’Université Concordia a autorisé le port. Un gouvernement libéral n’irait pas jusqu’à l’interdire par une loi, puisqu’il lui faudrait recourir à la «clause nonobstant». « Mais on va exprimer clairement le fait qu’on est mal à l’aise devant cette question-là », a dit M. Couillard. On avait bien compris cela.

 

Il est vrai que le gouvernement n’est pas un modèle de courage sur la question du crucifix. Il a bien vu la contradiction entre son intransigeance sur les signes religieux et la présence du crucifix au Salon bleu, mais il s’est bien gardé de la résoudre. En choisissant de s’en remettre à la volonté des partis plutôt que de prévoir le déplacement du crucifix dans le projet de loi 60, il s’est assuré qu’il restera là où il est.

 

♦♦♦

 

Sachant que, contrairement au Barreau du Québec ou à la Commission des droits et libertés de la personne, ils ne pourraient sans doute pas compter sur les libéraux pour faire couler leur mémoire, les Indépendantistes pour une laïcité inclusive (IPLI), qui s’opposent au projet Drainville, ont décidé de le rendre public eux-mêmes, de peur que des élections soient déclenchées avant qu’ils n’aient eu l’occasion de le présenter en commission parlementaire.

 

Il serait plutôt indélicat envers ceux qui ont répondu à l’invitation du ministre, et qui ont pris le temps de rédiger un mémoire, d’interrompre brutalement les audiences publiques, mais le gouvernement semble penser qu’il en a déjà tiré tout le profit possible. Le principal objectif était de démontrer à quel point la position des libéraux était en porte-à-faux avec l’opinion publique et le succès a dépassé les attentes.

 

Les derniers sondages, qui laissaient entrevoir au PQ la possibilité de former un gouvernement majoritaire, ont inévitablement nourri les rumeurs d’élections hâtives. Un des scénarios évoqués prêtait même à la première ministre l’intention de les déclencher aussi tôt que le 11 février, date à laquelle les travaux de l’Assemblée nationale doivent normalement reprendre.

 

Il va sans dire que Mme Marois sera très attentive à ce que Michel Arsenault pourrait dire devant la commission Charbonneau à propos du deal conclu avec son mari, que l’ancien président de la FTQ comptait faire valoir pour amener le PQ à s’opposer à la création de la commission.

 

Même si les propos de M. Arsenault n’étaient pas de nature à l’embarrasser sérieusement, Mme Marois serait toutefois bien mal avisée de déclencher les élections au moment où le Québec tout entier s’enfiévrera pour les Jeux olympiques de Sotchi.

 

Un des meilleurs messages publicitaires qu’on peut voir à la télévision ces jours-ci est celui de Tim Hortons, qui met en vedette Sidney Crosby, qui sera le capitaine de l’équipe canadienne de hockey. Des centaines de partisans de tous âges viennent le rejoindre sur la patinoire, visiblement prêts à en découdre avec la planète entière. Rien n’unit mieux les Canadiens que le hockey, conclut le message.

 

Durant les Jeux, nous serons particulièrement fiers des médailles remportées par les athlètes québécois, mais le moment serait très mal choisi pour tenter de vendre les avantages de la séparation. Mieux vaut attendre au moins après le 23 février avant de lancer un appel aux urnes.

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45 commentaires
  • Jean-Marc Drouin - Inscrit 28 janvier 2014 00 h 56

    Capitaine Canada

    Pendant les Olympiques, Monsieur David, vous compterez les représentants du Québec au sein de l'équipe canadienne de hockey. Comme de nombreux Québécois vous réaliserez que vous aurez trop des cinq doigts d'une main. En fait trois doigts suffiront sur un possible total des doigts de cinq mains: Roberto Luongo, Patrice Bergeron et Marc-Édouard Vlasic. Peut-être que le ROC s'enfiévrera pour son équipe de hockey et ses talentueux joueurs venus de l'Ontario (11), de la Colombie-Britanique (5), et de la Saskatchewan (3) et que chez nous on sera assez naïfs pour les encourager au point d'oublier que nous sommes sous réprésentés.

    Si rien n'unit mieux les Canadiens que le hockey c'est que maintenant ils se débrouillent très bien sans nous - en politique comme sur la glace.

    • rene poirier - Inscrit 28 janvier 2014 07 h 48

      La dernière fois que j'ai pris pour le Canada au hockey, c'était en 1984 je pense avec Lemieux. Aujourd'hui je suis envieux quand je vois des pays comme la Suède, la Finlande ou la Norvège bien représenter au hockey. Une équipe Québec? on peut rêver mais mon sens de l'honneur m'interdit d'appuyer une équipe qui ne représente en rien, ou presque, mon peuple.

  • Luc Archambault - Abonné 28 janvier 2014 04 h 45

    Que le gouvernement gouverne

    La députation du PQ voulait gouverner, elle gouverne, qu'elle gouverne. C'est à l'opposition à renverser le gouvernement... non pas au gouvernement de renverser l'opposition.

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 28 janvier 2014 11 h 01

      Votre commentaire est renversant et ne tient pas la route.

      Celui qui renverse l'autre en politique le fait pour en prendre avantage, si le P.q renversait, comme voue le dites, ce qui est farfelu mais bon, l'opposition, ce serait pour être majoritaire et comme vous le dites aussi, GOUVERNER mais tel qu'il l'entend, tout un progrès, pour lui.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 janvier 2014 05 h 08

    Répète

    Je le répète encore une fois : Mme Marois, malgré tous ce que tous les journalistes, oppositions et tous les autres disent, serait très avisée de ne pas déclencher d'élection elle même. C'est maintenant qu'il faut montrer brave et faire face à la tempête, continuer d'aller chercher des nouveaux investisseurs pour remplacer ceux qui sont déjà liés par ententes sous la couverte avec l'autre gang (pas besoin de la nommer).

    Tout le monde la connait la position économique du Québec et personne n'a de baguette magique pour la régler, qu'il se nomme Couillard, Legault ou n'importe qui !

    On abandonne pas les commandes quand c'est difficile !

    On le sais qu'il va y en avoir des élections, y a pas d'urgence !

    Et laissez dire Mme Marois, vos actes comptent plus que leurs paroles ! Y en a certains d'entre nous qui ont remarqué que ceux d'en face sont payés le gros salaire pour être contre vous quoi que vous fassiez !

    «Fait-là ta job pis tu la perdras pas !» Dixit M. Lafontaine de Mégantic.

    PL

  • Pierre Vincent - Inscrit 28 janvier 2014 05 h 26

    Il n'y aura pas d'élections générales au Québec en 2014...

    Je pense que la CAQ va appuyer un compromis sur la Charte, je pense aussi que la CAQ va appuyer un budget qui lui fera des concessions importantes, car finalement, malgré les apparences, c'est François Legault qui détient le pouvoir à Québec...

    Il n'y aura donc pas d'élections en 2014, car ni la CAQ, très basse dans les sondages, ni le PLQ de Philippe Couillard, vacillant pour un bon bout de temps, n'ont intérêt à ce qu'il y ait des élections générales. Et le gouvernement Marois ne risquera pas de perdre son apparence de pouvoir, car un fait incontournable demeure, Mme Marois n'est pas la personne que les Québécois souhaitent avoir comme PM majoritaire et la suite de la Commission Charbonneau va leur donner raison, j'en ai bien peur...

    • Claude Smith - Abonné 28 janvier 2014 08 h 31

      La personne que les Québécois souhaitent avoir comme PM majoritaire, ce n'est pas Mme. Marois. Mais alors, qui souhaitent-ils à ce poste?

      Personnellement, je trouve que notre première ministre a repris du poil de la bête au cours des derniers mois.

      Claude Smith

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 janvier 2014 08 h 49

      "Mme Marois n'est pas la personne que les Québécois souhaitent avoir comme PM majoritaire et la suite de la Commission Charbonneau va leur donner raison, j'en ai bien peur..."

      Madame Marois est à la tête des personalités en lisyte comme meilleure première ministre. Quand à votre oracle sur ce qui s'en vient, peut-être, la Commission Charbonneau un horoscope en vaut autant.

      On ne peut conclure sur des "on-dits".

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 28 janvier 2014 07 h 02

    Le «nouveau» découpage

    Cette «montréalisation» du PLQ n'a rien de neuf. Sans dire que monsieur Couillard n'en soit aucunement responsable, il me semble qu'elle résulte surtout, aujourd'hui comme du temps de l'Union Nationale, de la nécesssité pour les adversaires du PLQ de fédérer les appuis à l'encontre d'un bloc prétendument monolithique anglophone, multiculturaliste, allié des puissances d'argent, mais dont le principal défaut est de voter obstinément libéral.

    Le projet de charte les désigne aussi au même type d'opprobre quasi religieuse qu'autrefois ces «protestants» matérialistes, égoïstes et peu attachés aux symboles et aux valeurs collectifs. C'est plutôt réussi, on dirait, puisque les appuis au projet de charte s'accroissent au même rythme que les résistances «montréalaises» se précisent.

    Il est bien dommage que le PQ n'ait pas réussi à séduire ceux que Jacques Parizeau appelait «ethniques» et qu'il ne trouve pas d'autre voie pour se maintenir au pouvoir que d'appeler les troupes de son bord d'un découpage social (une partition?) qui sert bien plus des fins stratégiques qu'il ne rend compte d'une réelle division sociale (ce qui ne signifie pas qu'elle soit purement imaginaire, bien sûr...). Dommage parce que cette division, cette fracture, quelque maladresse que montre monsieur Couillard à la consacrer et à la nourrir au grand plaisir de monsieur Drainville, c'est d'abord le PQ qui l'a remise sur le feu pour ne pas en laisser le bénéfice à d'autres, comme l'ADQ de 2007.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 janvier 2014 13 h 22

      Ce sont des votes que M. Parizeau a qualifiés d'ethniques, pas des personnes. Il a d'ailleurs parlé DE votes ethniques, pas DES votes ethniques.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 28 janvier 2014 15 h 34

      Monsieur Auclair: le soir du référendum, ce n'étaient plus en effet les personnes qui le préoccupaient, mais leurs votes, qu'il n'aurait certes pas qualifié d'ethniques s'ils avaient été favorables à la souveraineté.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 janvier 2014 17 h 03

      Ce qui monsieur Maltais Desjardins vous échappe peut-être, c'est que précisément monsieur Parizeau a déploré que l'on ait été renversé par des votes ethniques.

      Et dans sa déconvenue il faut voir qu'il avait conscience de ce que si nous Québécois avions eu le réflexe normal de voter en masse pour nous mêmes, si on avait fait un vote ethnique, on aurait gagné.

      On aurait du faire un vote ethnique comme tous les peuples du monde le font quand ils sont conscients d'eux-mêmes. Mais on en est rendu à se sentir coupable d'être ce que l'on est. Et notre spécialité devient lentement d'être tout à tous, au lieu d'être tout à nous.

      Alors on se garroche des épithètes entre nous, et au lieu de se serrer les coudes et de voter pour nous, on continue de se tirer dans le piedd à chaque fois que l'on en a l'occasion. Même ici c'est patent.

      Au référendum de 95 c'est ça qui s'est passé. Les anglais ont voté à plus de 80% non, pour eux mêmes, parce qu'ils se définissent comme Canadians. Ils sont congruents, ils sont cohérents.

      Et ça leur donne la capacité d'entrainer avec eux une majorité de ce que vous appelez les ethniques.

      Et c'est bien de votes ethniques qu'il s'agissait en 95. Sauf les nôtres.

    • Sylvain Auclair - Abonné 28 janvier 2014 18 h 45

      Monsieur Maltais-Desjardins,
      Si les membres d'un groupe ethnique, encouragés par l'association les représentant, avaient voté à plus de 99% en faveur du oui, on aurait aussi pu parler de vote ethnique. Trois associations ont carrément invité leurs membres à voter non pour des raisons ethniques, et l'analyse des votes montre qu'elles ont été entendues.
      Quand des journalistes affirment que Stephen Harper, par sa récente visite en Israël et par les positions qu'il a prises en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, courtise le vote juif, ne parle-t-on aussi de vote ethnique? Quand M. Couillard prend position pour le port de vêtements religieux et pour la conservation du crucifix du Salon bleu, ne s'agit-il pas aussi de vote ethnique?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 28 janvier 2014 22 h 50

      Messieurs: même si «nous» les québécois faisions front pour contrebalancer la volonté des «groupes ethniques», cela ne suffirait pas à faire triompher la cause souverainiste... Heureusement, soit dit en tout respect.

      Il faudra bien un jour que les québécois dits de souche conviennent que les motifs qui animent les «autres» sont tout aussi respectables que les leurs, même quand ils quand ils sont collectivement partagés et présentés comme tels. Ce droit au sentiment collectif n'est pas moins légitime pour les minorités québécoises qu'il ne l'est pour nous à l'échelle du Canada.

      Si nous voulons vraiment faire de cette nation un pays, il faudra que nous le fassions dans le respect de nos différences, en se servant de celles-ci pour enrichir le projet collectif, plutôt que de nous employer à les gommer sous la vertueuse proclamation d'un «vivre ensemble» qui ne sait pas toujours bien cacher qu'il vise en réalité un «vivre comme nous».