Le zizi de la République

Dans sa réputée chanson Le zizi, l’auteur-compositeur-interprète Pierre Perret aurait pu faire figurer au coeur de son inventaire, le plus emblématique d’entre tous, celui de François Hollande, 24e président de la République Française !

 

La galerie est épatée et la presse fait des choux gras. On s’anime à nouveau dans l’Hexagone.

 

Il faut dire qu’en France, la tradition a la peau dure. Et l’on comprend mieux pourquoi, vers 1789, ces républicains qui, jadis, renversèrent la monarchie, prirent bien garde de trancher des têtes, à défaut de tout autre appendice qui aurait pu faire symbole de façon plus efficace.

 

Qu’est-ce qu’on rigole !

 

C’est ainsi. Qu’il penche à droite ou qu’il penche à gauche, il y a des lustres qu’en France, le présidentiel zizi fait recette. Des salons cossus de la bourgeoisie parisienne aux simples bistros de bourgades, partout au pays de Molière et de San Antonio, on se gausse à loisir !

 

Tout cela est connu et n’étonne plus guère les Français. Depuis la mort par fellation du président Félix Faure, la France s’amuse et s’enorgueillit des frasques et autres pantalonnades de ses chefs d’État. Mitterrand (discret) Chirac (en forme) et Sarkozy (tombeur bling-bling de la belle Carla) n’ayant jamais rompu avec la tradition. Et on imagine mal ce que serait devenu l’Élysée si un certain DSK avait été élu.

 

Alors, on documente, on répertorie, on écrit des ouvrages qui serviront à enrichir le savoir des chers petits de la nation. Comme si ces faits d’armes devaient passer à l’histoire, manifestations de la probante virilité du plus vaillant d’entre tous les coqs gaulois. Ça rassure ! À preuve : un récent sondage attribue 2 points de plus à la cote de la popularité du président (22 à 24 %). Un effet direct selon les analystes ! Il faut dire qu’il en a besoin.

 

« C’est sa vie privée. Ce n’est pas d’intérêt public », entend-on à l’occasion. Je reste coi. Sur ce point, je voudrais précisément qu’on m’explique comment, en 2014, on peut encore parler de vie privée ? Ni la vôtre ni la mienne n’échappent aujourd’hui à ce postulat et à l’usage des médias sociaux.

 

Alors, a fortiori quand on passe le plus clair du temps sous le feu des caméras et que vos ex, vos ex-ex et vos blondes de l’heure tweetent à longueur de journée. Histoire de s’envoyer quelques bonnes vacheries au passage. Tout cela est un jeu auquel s’adonnent journalistes et politiciens, tous acteurs du grand cirque de la politique-spectacle. On peut se brûler parfois, mais on joue le jeu pareil ! Bonjour l’image.

 

François Hollande voulait être un président normal. Pas de doute, il l’est ! N’ayant pas pris conscience précisément de l’anormalité, voire de l’exceptionnalité, de sa fonction.

 

Il avait déclaré avec pompe et emphase lors d’un débat électoral télévisé avec Sarkozy, que « lui président », il s’efforcerait à chaque instant de faire en sorte que sa conduite soit « irréprochable ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas dû forcer bien fort.

 

Inconduite de match ? Certainement. Erreur de jugement ? Peut-être. Ce que l’histoire ne dit pas encore, c’est qu’il y aura un prix à payer pour tout cela. Un prix fort.

 

Il ne faut donc pas se surprendre si, à l’étranger, ce type d’événement n’est pas du plus bel effet sur la réputation d’un pays déjà en fort rattrapage dans l’opinion depuis la très glauque affaire DSK ! N’ayons pas peur des mots, côté réputation, c’est un véritable fiasco. Et pour Hollande, et pour la France.

 

L’image de cette France légère, incorrigible en ces temps économiquement et socialement difficiles fait l’objet des plus vives critiques dans les pays européens en général et d’un véritable dénigrement dans la presse anglo-saxonne américaine ou britannique déchaînée, en particulier. (Mais là, il fallait s’y attendre).

 

De la hauteur. De la dignité.

 

En France, Hollande déçoit chaque jour ses électeurs. Ni sa gouvernance ni son style, et encore moins sa politique, n’arrivent à convaincre les Français. Et certains socialistes de coeur ne le trouvent pas vraiment drôle. Ces deux points de popularité ne sont — pardonnez-moi la métaphore facile — que le reflet d’un effet Viagra.

 

Des analystes politiques s’alarment et appellent les gouvernants à davantage de hauteur et de dignité. On les comprendrait à moins. La France a sur les bras des dossiers autrement plus importants à régler avec lesquels ni les Français de salon ni ceux du café du Commerce n’ont envie de rigoler.


Jean-Jacques Stréliski est professeur associé à HEC Montréal, expert en stratégie de l’image.

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