Les vieux péquistes

Les résultats des derniers sondages sont indéniablement encourageants pour le PQ. Cette fois, Léger Marketing et CROP s’accordent parfaitement sur le point essentiel : les deux maisons lui accordent une avance de 18 points sur les libéraux dans l’électorat francophone. À moins de très mal jouer ses cartes d’ici les élections, Pauline Marois a de bonnes chances de former un gouvernement majoritaire. C’est l’avenir qui est plus inquiétant.

 

Les chiffres de Léger Marketing ont de quoi faire réfléchir. Si le PQ est réélu, ce sera essentiellement grâce à l’appui des électeurs de 45 à 54 ans (44 % contre 26 %) et des 55-64 ans (44 % contre 35 %), qui forment les groupes les plus nombreux.

 

Il ne reste pas la moindre trace du « printemps érable » et de l’alliance avec les carrés rouges. La contre-performance de Philippe Couillard ne semble pas indisposer les jeunes. Le PLQ devance le PQ chez les 18-24 ans (28 % contre 25 %), les 25-34 ans (35 % contre 34 %) et les 35-44 ans (32 % contre 23 %). Si on avait dit à René Lévesque que son parti serait un jour à égalité avec le PLQ chez les 65 ans et plus (39 % de chaque côté), il ne l’aurait pas cru.

 

Le problème est que les « valeurs » véhiculées par le PQ ne semblent pas correspondre à celles de la jeune génération. Bernard Drainville peut toujours railler les pirouettes du PLQ sur la laïcité, mais tout indique que les jeunes se sentent plus d’affinité avec la position libérale qu’avec celle du gouvernement. L’appui à la charte est clairement fonction de l’âge : 53 % des 18-24 ans et 48 % des 25-34 ans s’y opposent. À l’autre bout de la pyramide, 59 % des 55-64 ans et 56 % des 65 ans et plus l’approuvent.

 

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Il y a dix ans, le politologue Jean-Herman Guay avait causé une véritable commotion au Conseil national en déclarant qu’il pourrait bien avoir été le parti d’une seule génération. Pour conjurer cette malédiction, les militants péquistes s’étaient payé un bain de jouvence en élisant André Boisclair, mais le retour à la réalité a été brutal.

 

La disparition d’un parti politique n’est pas nécessairement un drame. Au Québec, la longévité du PLQ fait plutôt figure d’exception. Le vieillissement de l’électorat péquiste serait moins inquiétant s’il était simplement le résultat d’une migration des jeunes souverainistes vers Québec solidaire, Option nationale ou même la CAQ. Le problème est le sérieux effritement de l’appui à la souveraineté chez les jeunes, peu importe où ils se trouvent.

 

Pris dans leur ensemble, les chiffres de Léger Marketing semblent très encourageants de prime abord. Par rapport au sondage de décembre dernier, le Oui a progressé de 4 points et se situe maintenant à 42 % après répartition des indécis, mais les jeunes manquent dangereusement à l’appel.

 

Avant répartition, le Non détient une avance de 9 points (avec 18 % d’indécis) chez les 18-24 ans, de 22 points (10 % d’indécis) chez les 25-34 ans et de 32 points (13 % d’indécis) chez les 35-44 ans. Dans ces trois groupes, l’appui au Oui est nettement inférieur à la moyenne québécoise avant répartition, soit 37 %. Sur cette question, les 65 ans et plus ne sont plus divisés moitié-moitié : le Non a 17 points d’avance. Certes, la taille des échantillons pour chacun de ces groupes est relativement modeste, mais les variations selon l’âge demeurent frappantes.

 

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Plusieurs personnalités souverainistes se sont inquiétées publiquement des conséquences négatives de l’interdiction des signes religieux, qui pourrait permettre aux fédéralistes de se présenter comme les défenseurs des communautés culturelles contre l’intolérance dont elles seraient victimes dans un Québec indépendant. Il faudrait peut-être s’inquiéter davantage de ses effets négatifs sur les jeunes. On n’adhère pas à un projet dans lequel on ne se reconnaît pas.

 

Pendant longtemps, les souverainistes ont cru que la démographie jouait en leur faveur. Trois ans après le référendum de 1980, René Lévesque avait expliqué sur les ondes de la télévision française que, la prochaine fois, « il y aura quelques centaines de milliers de personnes qu’on avait terrorisées qui auront disparu, forcément, et à l’autre bout de la pyramide des âges, il y a des centaines de milliers de jeunes qu’il s’agirait légitimement de mobiliser dans le sens de notre objectif ».

 

Après la défaite de 1995, cette théorie avait encore la cote. Un groupe de professeurs de l’Université de Montréal avait même calculé que le remplacement des générations ferait gagner 0,24 % par année au Oui. À ce rythme, on pouvait espérer un référendum gagnant en 1998 ou 1999.

 

Tout cela supposait évidemment que les souverainistes le demeurent en vieillissant et que la génération suivante le soit aussi. Si ceux qui ont voté « oui » disparaissent et sont remplacés par des gens qui votent « non », c’est une autre histoire.

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