12 millions de sans-papiers

Cela fait des lustres que les Américains débattent de la façon de traiter les 12 millions de sans-papiers qui vivent à l’intérieur de leurs frontières.

 

Barack Obama aimerait bien signer une réforme de l’immigration permettant de régulariser la situation de la plupart d’entre eux avant la fin de son mandat en janvier 2017, si possible dès cette année. Les chances d’y arriver s’annoncent meilleures qu’elles ne l’ont été depuis longtemps.

 

Le Sénat à majorité démocrate a déjà adopté, l’an dernier, un train de mesures allant dans ce sens, après d’âpres négociations avec la minorité républicaine. C’est une tout autre histoire à la Chambre des représentants, où les républicains détiennent la majorité et où le Tea Party, ce parti dans le parti, impose facilement ses volontés.

 

La Chambre de commerce des États-Unis, un lobby puissant, vient de lancer une campagne en faveur d’une régularisation ordonnée du statut des sans-papiers. Son président, Tom Donohue, a promis que le groupe userait de toute son influence pour que le Congrès adopte enfin cette réforme des lois sur l’immigration. Il a également annoncé que l’organisation patronale allait prendre à bras-le-corps le Tea Party aux élections législatives de novembre.

 

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En général, le monde des affaires est favorable à un assouplissement des règles qui permettent d’engager des non-citoyens pour accomplir les tâches dont les citoyens ne veulent pas, mais aussi de celles qui régissent l’octroi de visas de travail aux ingénieurs étrangers souhaitant aller bosser dans la Silicon Valley.

 

La Chambre de commerce unit sa voix à celles de nombreux groupes : religieux, syndicaux ou voués à la défense des droits fondamentaux, mais surtout à celles qui viennent de l’importante communauté hispanophone, forte de 53 millions de personnes. La plupart des résidants en situation irrégulière aux États-Unis sont en effet originaires du Mexique ou de pays situés au sud de ce dernier. Ce qui est très important, également, c’est qu’une nette majorité d’Américains, et pas seulement de « latinos », souhaitent que les sans-papiers puissent sortir de la clandestinité et envoyer leurs enfants à l’école sans craindre les complications.

 

Les partisans d’une refonte des lois en cette matière rappellent que les immigrants (légaux) totalisent 13 % de la population et qu’historiquement, les nouveaux arrivants ont tendance à créer des entreprises, donc des emplois. Les adversaires mettent surtout en avant deux arguments : ils s’opposent à ce qu’ils perçoivent comme une amnistie pour ceux qui sont entrés au pays illégalement ; ils font valoir que les immigrants, légaux ou illégaux, « volent des jobs » aux Américains tout en faisant baisser les salaires.

 

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Pour qu’une réforme de l’immigration soit adoptée, il faudra convaincre une bonne partie des élus républicains de la Chambre basse qui, pour le moment, y sont réticents. Il n’y a probablement pas grand-chose à espérer de ceux qui partagent sincèrement les idées extrémistes du Tea Party, mais il en est autrement de ceux qui sont uniquement intimidés par les vociférations de ce mouvement. Or ce dernier n’est plus ce qu’il était en 2010, ni même en 2012. Lors de la récente fermeture du gouvernement provoquée par les représentants républicains, les frères Koch, grands financeurs du Tea Party, se sont distanciés de leur créature.

 

Qu’à cela ne tienne, un des principaux ténors du mouvement populiste, l’animateur de radio Rusty Humphries, a juré de tout mettre en oeuvre pour défaire, lors d’élections primaires, le président de la Chambre des représentants, John Boehner, à qui il reproche d’avoir accepté le compromis qui a permis de remettre l’appareil d’État en marche.

 

Les républicains de la Chambre basse avaient paralysé cet appareil pendant 16 jours en refusant de voter un budget, dans l’espoir de démanteler l’Obamacare, la timide réforme de l’assurance maladie adoptée en 2010. Le Tea Party menace aujourd’hui de boycotter tout débat sur l’immigration, prétextant qu’il ne faut pas « détourner l’attention » du combat contre l’Obamacare. Un cas patent de monomanie.

 

Ces dernières années, le Parti républicain a multiplié les gestes suicidaires dictés par le Tea Party. Aux élections primaires de 2012, ses prétendants à la présidence se sont évertués à courtiser toutes sortes d’électorats conservateurs ou réactionnaires : adversaires de l’immigration, de la protection de l’environnement, du droit à l’avortement ou du mariage gai, se mettant à dos la majorité des électeurs. En particulier, les dizaines de millions de « latinos », dont 70 % ont réélu Barack Obama cette année-là.