Le manifeste de l’oubli

Une semaine s’est passée depuis la publication du manifeste pour l’exploitation d’un potentiel pétrolier québécois restant encore à définir, et déjà l’oubli. Difficile de dévier l’attention de cette consultation sur le projet de charte de la laïcité qui s’amorce.

 

Les 11 signataires du « Manifeste pour tirer collectivement profit de notre pétrole » ont fait long feu. D’une part, leur offensive ne bénéficie pas d’un environnement médiatique favorable, l’attention des Québécois étant surtout retenue ailleurs. D’autre part, l’argumentaire déployé s’inspire d’une grille d’analyse plutôt étroite. Il faut espérer que la réflexion économique a évolué depuis ces modèles trop longtemps utilisés consistant à s’enrichir immédiatement pour s’appauvrir plus tard.

 

Dans leur manifeste, les signataires ont raison d’évoquer le déficit pétrolier du Québec. Ils ont également tout vrai en indiquant que les finances publiques québécoises ne pourraient que mieux s’en porter avec une récupération de tous ces milliards injectés dans l’achat de pétrole étranger. Et l’on ne peut qu’être d’accord avec cette revendication invitant le Québec à exprimer une paternité collective sur ses ressources. Cela dit…

 

Il y a tout ce supposé potentiel pétrolier et gazier québécois qui reste à définir. Déjà qu’une distinction importante doit être faite entre réserves probables et prouvées, il faut ensuite déterminer le potentiel commercial de cette ressource, mettre en exergue ce qui peut être économiquement exploité de manière rentable. Et ici, tout se conjugue. Vulnérabilité des sites d’exploitation, taux de récupération des ressources extraites, risques environnementaux, fiabilité des techniques d’extraction, projection de la valeur marchande… Autant de variables composant une équation plutôt complexe. Déjà, le seul fait de comparer le Saint-Laurent, son estuaire et l’île d’Anticosti à la Norvège et à l’exploitation à grande échelle en mer du Nord relève d’un exercice d’illusionnisme.

 

Pure spéculation

 

Quant à la valeur de la ressource, tout n’est que pure spéculation. Il y a une décennie ou deux, l’hydroélectricité était pressentie pour devenir le pétrole bleu (ou vert, c’est selon) du Québec et accroître la richesse collective par une exportation tous azimuts, justifiant des investissements massifs dans la production. Aujourd’hui, les politiques économiques gouvernementales se succèdent pour trouver des façons de mettre à contribution les importants surplus d’Hydro. Des surplus chroniques qui trouvent difficilement preneur dans un marché extérieur tombé sous l’influence de prix déprimés par la révolution du schiste. En six ans, le secteur énergétique est passé d’une pénurie appréhendée avec, pour socle, l’avènement du fameux pic pétrolier, à un choc de l’offre avec tous ces pays, hier importateurs, appelés à s’autosuffire, voire à devenir des exportateurs nets. Le pragmatisme d’hier n’est peut-être pas le réalisme d’aujourd’hui et la réalité de demain.

 

Surtout, il faut espérer que la réflexion économique a su se peaufiner. L’impact environnemental, l’empreinte carbone, les gaz à effet de serre émis, le legs aux générations futures, les revenus, mais aussi les coûts et les retombées entrent désormais dans le calcul de la rentabilité économique, mais aussi sociale d’un projet. Sans oublier son acceptabilité collective et son intégration dans une approche de développement durable. Ils sont devenus désuets, ces modèles économétriques priorisant l’enrichissement immédiat tout en amortissant l’appauvrissement futur sur un horizon de temps éloigné.

 

Enfin, le collectif fait bien d’inviter à un débat éclairé et équilibré sur l’exploitation des ressources québécoises, avec moins de populisme et de démagogie à la carte, plus d’impartialité et de données objectives au menu. Il est aussi vrai que les environnementalistes et les opposants monopolisent présentement les micros sur la place publique. Mais il faut n’y voir qu’un simple retour de balancier après toutes ces manoeuvres d’une industrie ayant trop joué la carte de l’opacité et d’actions gouvernementales pas toujours transparentes. Qu’un simple contrepoids à ce que l’un des membres du collectif a qualifié de « tragicomédie des gaz de schiste ».

 

Et il faudra que soit expliqué, dans l’exercice, pourquoi Québec a placé la SOQUIP en dormance, ou a démantelé la division Pétrole et Gaz d’Hydro pour céder les droits et l’expertise québécoise en hydrocarbure au privé.

 

Mais pour l’heure, place aux consultations sur le projet de loi 60 !

2 commentaires
  • Marie Deslauriers - Abonnée 16 janvier 2014 10 h 18

    le manifeste de l'oubli

    Quelle tristesse. Je revoyais récemment le beau film de F.Back sur le Fleuve St laurent. Il a montré ce qu'il a déjà subit depuis l,arrivée des européens et bien
    maintenant nous allons achever de tout détruire. Une catastrophe écologique en
    plein hiver dans le golfe du St. Laurent détruirait toute vie marine car nous n'y
    pourrons rien. Mais en effet,pour le profit à court terme on détruit la vie à tout
    jamais.

  • André Le Belge - Inscrit 16 janvier 2014 10 h 42

    Soquib?

    En effet, il serait avisé de savoir qu'est devenu Soquib sous le gouvernement de John James Charest...