Que penser des fonds négociés en Bourse?

J’ai transféré près de 80 % de mes avoirs dans des fonds indiciels (REER et liquide). J’ai 60 ans, je compte commencer à décaisser vers 63 ans. Est-ce risqué ?

Mes deux conseillers de la Banque Nationale m’affirment que non.

F. L.


Je l’ai souvent dit, je ne suis pas très chaud pour tous les produits concoctés par des intermédiaires financiers. C’est le cas des fonds communs d’investissement et des fonds négociés en Bourse. Cela dit, des deux, les fonds négociés m’apparaissent comme une forme de placement plus attrayante à cause de leurs frais inhérents passablement inférieurs à ceux exigés par les fonds communs, surtout par ceux constitués d’actions. À propos des risques, celui d’une possible faillite d’un des fonds est pratiquement nul. Le principal risque auquel vous êtes confrontés dans le cas des FNB, c’est le risque de marché. Une débandade des indices auxquels vos fonds négociés sont liés entraînerait évidemment une perte de valeur importante de vos placements.

Cela dit, dans tous les cas, il s’agit de produits que les intermédiaires financiers, à l’imagination particulièrement fertile, ne manqueront pas de multiplier indéfiniment ou presque. C’est compréhensible : il tire de ces produits de riches commissions. À l’origine, les FNB ont été créés de sorte que leur structure puisse suivre le comportement d’un indice boursier ou obligataire donné. Aujourd’hui, on crée des FNB pour vous protéger contre un désastre financier, pour miser sur une possible débandade d’un secteur, sur les comportements saisonniers à la Bourse, etc. La multiplication de ces fonds fait en sorte que plusieurs sont peu liquides, leur volume transigé sur le parquet étant très faible.

Par ailleurs, gérer son portefeuille comme un indice boursier me titille beaucoup. Un trop grand nombre de titres dans un portefeuille donné a pour effet de diluer son rendement potentiel à long terme. Lorsque vous achetez un FNB lié à l’indice S&P/TSX, vous liez le rendement de votre argent à plus de 200 entreprises. Une telle diversification limite grandement, de mon point de vue, le rendement potentiel de votre placement. Pour ma part, j’estime que tout portefeuille d’actions ne devrait pas contenir plus de 15 titres de sociétés distinctes. Idéalement, je suggère pour la plupart des épargnants de répartir leur portefeuille d’actions entre, au maximum, les titres de huit grandes entreprises distinctes, versant de bons dividendes et dominant leur secteur d’activité. Cette répartition doit se faire de manière à participer à au moins quatre, préférablement cinq, secteurs-clés de notre économie.

Les investisseurs qui optent pour les fonds communs et les FNB se trouvent trop souvent à éparpiller leurs sous. J’ai déjà vu des personnes détenir dans leur portefeuille 15 fonds communs d’investissement distincts. Elles sont ainsi parvenues à couvrir la planète avec quelques dizaines de milliers de dollars investis.

Quant aux FNB liés à des indices obligataires, la plupart sont liés à des indices composés d’obligations à long terme. Certains le sont à des obligations d’entreprises à long terme, ce qui permet d’obtenir un rendement de l’ordre de 4 % dans certains cas. Et tous ont profité, jusqu’à tout récemment, du fait que les taux d’intérêt ont continué de reculer au cours des dernières années. Mais, advenant une nouvelle tendance à la hausse des taux d’intérêt, la valeur marchande des unités de ces FNB pourrait reculer rapidement car, comme vous le savez, lorsque les taux grimpent, la valeur marchande des obligations recule, et vice-versa. Et elle reculera sensiblement alors que les coupons d’intérêt de ces obligations sont souvent très faibles, soit de moins de 3 %.


Gérer moi-même mon régime de retraite ?

J’ai 46 ans, je suis célibataire. Je quitte un emploi de professionnel au gouvernement fédéral après 25 ans. Je vais continuer à pratiquer, mais à temps partiel. Je vais consacrer le plus de temps possible à des activités artistiques qui ne rapporteront peut-être jamais d’argent mais qui m’aideront dans mon épanouissement personnel. J’ai accumulé un fonds de retraite d’environ un demi-million de dollars. Que devrais-je faire avec ? Le laisser entre les mains du gestionnaire du fédéral ou le confier à quelqu’un ? Autres renseignements : j’ai fini de rembourser l’hypothèque de mon condo (valeur d’environ 125 000 $) et j’ai 60 000 $ dans des REER.

E. M.

La première question à vous poser ici est la suivante : quel rendement dois-je obtenir des sommes encaissées de mon régime de retraite, en les gérant moi-même, pour m’assurer une rente au moins équivalente, sinon supérieure, à celle promise par mon employeur à l’âge de ma retraite ? Si ce rendement composé annuel requis sur vos investissements est inférieur à 3 %, vous pourriez avoir intérêt à encaisser la valeur actuelle de votre régime de retraite pour l’investir vous-même. Je dis bien « pourriez », car tout dépend de votre intérêt envers le placement et de vos aptitudes en la matière. Vous dites vouloir prendre votre retraite dès maintenant, à 46 ans, pour vous consacrer à des activités artistiques, rémunératrices ou non. Selon ces propos, j’en déduis que le monde du placement semble bien loin de vos intérêts personnels. Si tel est le cas, je vous suggère de laisser ladite somme de 500 000 $ dans la caisse de retraite de votre employeur. Cela est d’autant plus vrai que votre employeur est le gouvernement canadien. Votre rente, qui correspondra probablement à 50 % ou plus de votre salaire moyen annuel des dernières années, est garantie par l’employeur, qui jouit de la plus haute cote de crédit au pays.