Rendement au rendez-vous

Image affaiblie mais performance financière renforcée, le Fonds de solidarité FTQ vient de connaître une année 2013 de tous les contrastes. Qu’importe. Actionnaires et gouvernements en ont eu pour leur investissement.

 

Avec les projecteurs de la commission Charbonneau braqués sur lui et sur son bras syndical, le Fonds de solidarité ne l’a pas eu facile l’an dernier. S’est ajouté l’incessant combat visant à convaincre Ottawa de revenir sur sa décision de retirer progressivement le crédit fiscal fédéral à partir de 2015. Toute cette attention médiatique a détourné les regards du processus de refonte en profondeur de ses règles de gouvernance lancé par le Fonds en 2009. Mais le rendement de 7,4 % affiché en 2013, plus qu’acceptable, est venu rappeler la pertinence de l’institution. Pour ses actionnaires, puis pour l’économie du Québec.

 

Certes, un fonds équilibré de référence aurait fait du 13 % sur 12 mois. Mais à 7,4 %, à 10,6 % si l’on tient compte de l’investissement net des crédits fiscaux, le rendement du Fonds de solidarité après 12 mois au 30 novembre 2013 réussit le test de l’acceptabilité. C’est d’autant plus vrai que l’euphorie boursière de 2013 a plutôt été ressentie hors du Canada. Que de par sa mission, le Fonds est soumis à des règles d’investissement plus restrictives ou contraignantes pour 60 % de son portefeuille. Que la portion restante de 40 % a subi les contrecoups d’un changement de conjoncture défavorable au marché obligataire. Que son mandat consiste d’abord à sauvegarder ou à maintenir des emplois.

 

Tout cela mis bout à bout, l'année 2013 a rapproché le Fonds de la cible de 10 milliards d’actif net et lui a permis d’annoncer une hausse du prix de son action pour un dixième semestre consécutif.

 

« Nous avons eu un parcours très respectable depuis 2009. C’était même l’investissement à faire au Canada », s’est exclamé le p.-d.g. du Fonds, Yvon Bolduc. Michel Nadeau a acquiescé. « Sur une longue période, le Fonds se compare très, très bien et avec l’avantage fiscal, c’est probablement un des meilleurs placements qu’on puisse avoir », a-t-il déclaré en commentant lundi les résultats de l’institution québécoise. En octobre dernier, le directeur général de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées avait soutenu, sans ambages, que « le Fonds de solidarité, c’est le meilleur coup de la FTQ. C’est la plus belle contribution à l’économie québécoise ».


Important levier

 

En y greffant le crédit d’impôt fédéral-provincial combiné de 30 %, qu’on ne peut dissocier du rendement du Fonds compte tenu de sa mission, les actionnaires ont obtenu un rendement annuel composé de près de 15 % sur sept ans, de près de 11 % sur dix ans. Et cela, incluant l’impact de la crise financière de 2008 et celui de la récession qui a suivi.

 

Pour les deux ordres de gouvernement, le Groupe Secor a déjà évalué en 2010 qu’il faut 5,1 ans pour récupérer les avantages fiscaux consentis aux investisseurs du Fonds. La récupération est de 2,9 ans si l’on entre la parafiscalité dans l’équation. Chaque 1 $ de crédit fiscal génère 5 $ d’investissement direct dans l’économie.

 

Pour la suite des choses, le Fonds aura à refaire une image pâlie par les révélations faites devant la commission Charbonneau, quoique les faits et insinuations évoqués relèvent d’une autre époque. L’institution aura également à poursuivre l’exercice de renforcement de sa gouvernance, qui pourrait notamment l’amener à se soustraire davantage de l’influence syndicale sans renier ses origines pour autant. Elle devra aussi conjuguer avec des entreprises réticentes à investir face à une conjoncture économique encore incertaine.

 

Aussi, le Fonds devra convaincre Ottawa de maintenir le crédit fiscal fédéral de 15 %. Lui rappeler que ce crédit n’est pas versé à l’institution mais qu’il prend plutôt la forme d’une compensation fiscale offerte aux acheteurs des actions du Fonds pour compenser le risque que les gouvernements ne prennent pas. Que ce crédit d’impôt apporte un allégement fiscal dont bénéficie largement la classe moyenne. Qu’il est également un incitatif à l’épargne-retraite pour nombre de travailleurs ne disposant d’aucun autre régime complémentaire de retraite.

 

Mais le gouvernement Harper doit déjà savoir tout cela. Et le rendement est au rendez-vous malgré tout.

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1 commentaire
  • Danielle Tremblay - Abonnée 9 janvier 2014 19 h 04

    Crédibilité de l'évaluation

    Monsieur Bérubé,

    Votre article est intéressant mais un détail me chicote. En effet, vous êtes-vous déjà demandé comment évaluer un actif en l'absence de transaction? Je peux vous dire que c'est très compliqué. Malgré toute la bonne volonté et les connaissances utilisées, les résultats n'en demeurent pas moins très arbitraire.

    Je m'explique. Plusieurs actifs détenus par le fonds de Solidarité de la FTQ ne sont pas cotés à la bourse et leur évaluation est moins crédible malgré tous les efforts déployés et les techniques utilisées. Étant donné la mission du fonds de fournir du capital de risque aux petites entreprises, je croirais que la majorité des titres ne sont pas cotés en bourses. C'est la raison pour laquelle la valeur du fonds est donnée seulement deux fois par année. À l'opposé, les fonds communs de placements réguliers détiennent des titres cotés en bourse et leur valeur est connue à tous les jours. Sans transaction, il est difficile de connaître la valeur d'un titre. Vous avez beau penser que votre maison a une certaine valeur mais la vraie valeur sera celle obtenue lors de la transaction.

    Devant cet arbitraire, il y a, de toute évidence, un potentiel de conflit d'intérêt comme par exemple de montrer des résultats meilleurs qu'ils ne le sont en réalité.