Le «vaisseau amiral» prend l’eau

J’ai toujours entendu Jacques Parizeau parler du « vaisseau amiral » quand il parlait d’Hydro-Québec. C’était sa façon de dire qu’Hydro était sûrement l’entreprise la plus importante du Québec et qu’il fallait lui garder toutes ses qualités qui en font un modèle à travers le monde. Sauf que la réputation d’Hydro vient d’en prendre un coup, encore une fois, et qu’il faudra bien avoir le courage de regarder de plus près ce qui ne va pas et qui commence, de toute évidence, par le service à la clientèle québécoise qui est consommatrice d’énergie et actionnaire de l’entreprise que René Lévesque nous a laissée en héritage.

 

Manquer d’électricité au Québec, je l’avoue, ça porte à rire. Il faut le faire exprès, car on en produit tellement qu’on ne sait plus très bien quoi en faire ou même à qui la donner presque gratuitement. On est plus dans la démarche de chercher preneur que de multiplier les quantités disponibles.

 

Qu’est-ce qui ne va pas alors ? Comme sans doute beaucoup d’autres citoyens, j’aurais apprécié que le grand patron d’Hydro, Monsieur Vandal, prenne le temps de nous expliquer pourquoi le pire s’était produit et touchait un si grand nombre de foyers, en plein temps des Fêtes, quand il y a de la visite attendue, une dinde à cuire et des tourtières à préparer. Bien sûr, nous avons tous des yeux pour voir et la neige qui est tombée, accompagnée de verglas et de pluie, n’avait rien de rassurant, mais j’ai bien peur que ça ne suffise pas comme explication.

 

En fait, avec les redoutables intempéries partout sur notre planète, que nous avons polluée sans vergogne, intempéries auxquelles nous avons goûtées à quelques reprises au Québec depuis le « fameux » épisode du verglas dont on parle encore, ne devrions-nous pas nous demander plutôt si Hydro n’a pas négligé l’entretien de l’équipement ou laissé tout pourrir, comme les routes ou le pont Champlain ?

 

J’ai souvent entendu des citoyens exprimer le désir qu’Hydro enfouisse ses fils dans le sol afin de faire disparaître les affreux poteaux de nos paysages et du bord de nos routes, mais aussi afin que les fils soient mieux protégés de tout ce qui pourrait les menacer. Sous un gouvernement qui attend les profits d’Hydro pour maintenir ses programmes sociaux entre autres, le vaisseau amiral a-t-il la liberté de se donner un plan de développement et d’entretien qui soit digne de ce nom ? Ou est-ce que son avenir n’est assuré qu’à condition de ne pas faire de vagues ?

 

Comment savoir si tout a été fait pour redonner l’électricité à tous ces citoyens qui ont passé les Fêtes dans le noir et dans le froid ? Comment savoir si les équipes étaient toutes au travail ? Comment savoir où était Monsieur Vandal pendant que les services étaient interrompus et que le public se plaignait de ne pas avoir assez d’information ?

 

N’aurait-il pas fallu se soucier davantage des citoyens lourdement touchés et qui ne voyaient rien venir pour les aider ? N’aurait-il pas fallu rassurer une population qui en arrachait ?


Un peu d’humilité

 

Je sais de quoi je parle. Ça m’est arrivé déjà. J’ai vécu dans le noir et le froid pendant sept jours. J’habitais Hudson et ma rue a été la dernière à retrouver la lumière à travers tout le Québec. Je sais donc ce que signifie l’entêtement à ne pas quitter sa maison même quand le froid est devenu insupportable. Je sais aussi que les Québécois sont courageux et qu’ils tiendront le temps qu’il faudra si quelqu’un daigne leur dire qu’on ne les oublie pas, surtout quand ils sont coincés dans le noir et le froid. Encore faut-il le leur dire.

 

Hydro et ses dirigeants devront faire preuve d’un peu d’humilité. Avec les hausses réclamées bientôt par Hydro, il faudra avoir un certain sens de l’humour pour ne pas se fâcher pour de bon et ressortir les casseroles.

 

Si par hasard j’avais raison et que les poteaux et les fils d’Hydro se trouvent dans le même état que le pont Champlain, la situation serait assez grave pour qu’on s’en occupe immédiatement. La mauvaise nouvelle dans tout ça, c’est que la planète n’a pas fini de nous en faire de la misère, car elle a bien l’intention de nous rendre ce que nous lui avons fait subir. Ceux qui ont pensé que le réchauffement de la planète signifiait que nous allions faire pousser des bananes au Québec vont avoir une très mauvaise surprise, j’en ai bien peur.

 

On nous avait prévenus. Ce qu’il faut à nos élus et nos leaders, c’est lire ce qui a été écrit sur l’avenir de la planète par des gens qui ont été plus sages que nous. Moi, si je dirigeais Hydro-Québec, il y aurait une réunion d’urgence demain matin, à neuf heures. Et on ne sortirait de là que quand la route serait claire. Dans tous les sens de l’expression.

23 commentaires
  • Marino Tremblay - Inscrit 3 janvier 2014 06 h 50

    Et les secrets d'Hydro?

    Qui fera la lumière sur tous les secrets d'Hydro: la collusion dans les énormes contrats octroyés par Hydro, le scandale des mini-centrales trop lucratives offertes aux amis du parti libéral, la vente de notre pétrole à des intérêts privés pour une bouchée de pain, la nomination du chef de la sécurité d'hydro à la tête de la Sureté du Québec.
    Ce ne sera sûrement pas ce même chef trop occupé par ses déboires actuels et les doutes qu'il suscite ni notre ministre de la sécurité publique qui semble faire l'autruche devant tous ces scandales.
    Qui alors?
    Les journalistes encore un fois qui devront tracer la voie à notre UPAC politique???

    • Carole Dionne - Inscrite 3 janvier 2014 11 h 40

      Secret?


      Moins on vend d'électricité ( total argent), plus on augnmente les salaires des employés. Trouver moi une autre compagnie qui est capable d'en faire autant. En passant, si le PQ garde en place l'actuel président, c'est que c'est une vraie marionnette et qu'on peut lui faire faire ou dire n'importe quoi. Tout un gestionnaire.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 3 janvier 2014 15 h 31

      Je connais assez bien Hydro-Québec et je ne crois pas que M Ouellet l'actuelle ministre de l'énergie doit être tenu responsable de certaines dérives d'Hydro faites pendant les 9 années du PLQ et de JJ Charest au pouvoir du gouvernement Québécois.
      C'est à partir de 1996 que le VGQ devrait examiner en détails les opérations et contrats d'Hydro-Québec , surtout les divisions Construction et production qui sont ne sont pas sous juridiction de la Régie de l'Énergie.

      Si, on examine les conditions de transport et de distribution un peu partout dans le monde et selon les conditions climatiques et géographiques je sais que le bilan d'Hydro est parmi les meilleures pratiques comparables.

      Certains employés d'Hydro, ceux qui sont au service de réparation des pannes sont un peu comme des pompiers qui font routines de prévention et d'examens mais qui sont utiles en période de verglas ou de grands vents et on ne peut se permettre d'utiliser des employés temporaires alors on optimise le travail en appelant ceux des régions nons sinistrées.

      Par ailleurs il est inexact de croire qu'Hydro vend moins d'électricité, on exporte moins car comme les utilités É-U produisent avec des turbines à gaz de schiste, il n'est pas rentable d'exporter à moins de 8 ¢ du Kwh mais la charge pour satisfaire les besoins des clients Québécois a augmenté de 10 % en dix ans.
      autant pour les besoins industriels quye les besoins C I I et résidentiels.
      Ce sont des faits ; Les charges de travail augmentent alors au même rythme que les frais d'exploitation ! les perceptions ne sont basées sur aucune réalité.

  • Roger Lapointe - Inscrit 3 janvier 2014 07 h 46

    Et que faisait la ministre responsable d'Hydro-Québec,elle?

    Il me semble qu'il s'agit de Mme Ouellet, responsable de cette fierté que fut Hydro-Québec à une autre époque et que sournoisement on est en train de privatiser par la porte arrière avec la filière éolienne aux mains des entrepreneurs privés largement subventionnés par la porte arrière également.
    Mme Payette prend bien garde de mettre en cause le gouvernement Marois qui perpétue la même politique de laisser-faire que le PLQ de Charest, en laissant à la dérive ce vaisseau amiral qui en est malheuureusement plus un.Il est plus que temps que la première ministre cesse de poursuivre cette politique de laisser-faire et remettre sur sa quille le paquebot en train de sombrer.Faut il attendre que les directives non négociables de remettre en bon état les infrastructures viennent des importateurs etats-uniens d'électricité comme ce fut le cas après la terrible de tempête de verglas de 1998.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 3 janvier 2014 12 h 05

      Comme retraité de l'IREQ , je connais assez bien Hydro-Québec et je ne crois pas que M Ouellet l'actuelle ministre de l'énergie doit être tenu responsable de certaines dérives d'Hydro faites pendant les 9 années du PLQ et de JJ Charest au pouvoir du gouvernement Québécois.

      La gestion des emprises de lignes est un processus sérieux et fait avec un maximum d'efficience mais certaines conditions climatiques extrêmes ne peuvent être contrôlées ou évitées ; on ne peut pas couper toute végétation jusqu'à 30 m des lignes de distribution comme on le fait pour les lignes de transport. Nos paysages deviendraient assez laids et d'apparence désertique. On ne peut pas enfouir tous les fils car les coûts de distribution seraient seraient 5 fois plus couteux , les clients font des plaintes contre des hausses de 25 ¢ par jour... ce serait l'anarchie à 2 $ par jour !

      Si, on examine les conditions de production, transport et de distribution un peu partout dans le monde et selon les conditions climatiques et géographiques je sais que le bilan d'Hydro est parmi les meilleurs comparables.

      Pour ce qui est des investissements pour des sources de production certainement que le projet de la Romaine aurait pu être fait après 2025, que la centrale à gaz de Bécancour jamais construite , qu'on aurait dû faire l'optimisation de l'efficacité énergétique pour 10 TWh [l'énergie économisée est toujours la plus économique... vive l'exploitation des gisements de NÉGAWATTS !

    • J-Paul Thivierge - Abonné 4 janvier 2014 23 h 24

      Prenez comme base de calcul qu'une éolienne de 2 MW qui fonctionne environ 30 % du temps [40 % possible à la Baie james] qui produirait de l'énergie électrique à 5 ¢ du KWh rapporte 1/4 de M$ par année.

      Quand les routes d'accès et les tours sont terminées, quand les redresseurs-onduleurs transformateurs et contrôleurs sont installés pour 50 ans en rénovant au 20 ans, tout en remboursant le capital certa inement qu'à 9 ¢ du KWh tel que proposé par le MRN pour les parcs publics c'est le prix équivalant des coûts de production de la Romaine sur une base normalisée à 50 ans et il faut compter 2 G$ pour les lignes THT et les connections aux réseaux 735 Kv de Transénergie...

      J'estime que les dépenses inutiles pour préparer à rénover G 2 et doublées pour les compteurs Landis GYR faits au Mexique sont plus responsable de la hausse demandée que toute autre raison...

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 3 janvier 2014 08 h 56

    Bravo madame Payette

    La classe dirigeante, politique, économique et morale, n'est pas, présentement, à la hauteur des exigences de ses fonctions, et beaucoup trop gatée.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 3 janvier 2014 12 h 20

      Je sais bien que tout n'est pas parfait à H-Q Distribution, que les Vérificateur Génétal du Québec devrait examiner tous les détails d'opération depuis A Caillé en 1996, certainement que des G$ n'ont possiblement pas été investi judicieusement, que des activités ne sont pas de la mission de base d'Hydro. Cependant dans les conditions d'ici les résultats de distribution et transport d'énergie sont positifs. Le PLQ a cependant décidé certaines orientations de production moins jeudicieusemen et il reste à espérer que la future politique énergétique découlant de la tournée provinciale de la Commission des Enjeux Énergétiques [CEÉQ] démontrera qu'il y a mieux à faire que du béton pour satisfaire les besoins énergétiques Québécois. Que la fiabilité du réseau de transport et de distribution ne dépend pas que des humains mais aussi des lois de la nature sur lesquelles on a aucun contrôle. Que certaines solutions techniques possible seraient tellement couteuses que seuls les nantis pourraient en profiter. A ce jour toutes les pannes subies au Québec depuis sa nationalisation n'ont été que des pertes de confort loin des malheurs des effets des tsunami, ouragans , typhons partout dans le monde qui tuent des dizaines de milliers de personnes... Devoir vivre quelques dizaines d'heures à la chandelle à cause du verglas est moins pire que perdre maison et bien au Soudan en Haiti ou à Fukushima !
      Bonne année et plus d'efficacité énergétique !

      http://www.ledevoir.com/economie/actualites-econom


      J'estime que Mme Lise devrait suivre un cours Électricité 101 ou se concentrer sur les sciences humaines !

  • Denis Paquette - Abonné 3 janvier 2014 09 h 00

    Bonne année

    Ha! madame si vous saviez comment je vous aime , bonne année

  • France Marcotte - Abonnée 3 janvier 2014 09 h 07

    On se croise les doigts

    «Sous un gouvernement qui attend les profits d’Hydro pour maintenir ses programmes sociaux entre autres, le vaisseau amiral a-t-il la liberté de se donner un plan de développement et d’entretien qui soit digne de ce nom ?»

    Vraiment?

    Nos programmes sociaux tiennent principalement à la performance économique d'Hydro Québec?

    • Jacques Gagné - Inscrit 3 janvier 2014 12 h 14

      D'hydro pour se garder au chaud et la SAQ pour se garder chaud...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 3 janvier 2014 14 h 02

      ....et des transferts et peréquation venant du ROC pour une grande partie des services sociaux...pour se garder au chaud!