Difficile à aimer

Combiner les performances et le comportement d’une voiture sport à polyvalence d’un VUS et le confort d’une berline de luxe : tel est le mandat de ces utilitaires qui ne s’assument pas.
Photo: Philippe Laguë Combiner les performances et le comportement d’une voiture sport à polyvalence d’un VUS et le confort d’une berline de luxe : tel est le mandat de ces utilitaires qui ne s’assument pas.

Il est des véhicules comme des êtres humains : avec certains, le courant ne passe tout simplement pas. En 22 ans de carrière, ça ne m’est pas arrivé très souvent, mais c’est arrivé. Avec l’Infiniti QX70, par exemple. Lorsque je l’ai conduit pour la première fois, il y a dix ans, ça n’a pas cliqué. Et ça ne clique toujours pas.

 

Lors de son introduction, à l’automne 2003, il s’appelait FX35 ou FX45, dépendant s’il était mû par un V6 de 3,5 litres ou un V8 de 4,5 litres. Dix ans plus tard, il y a toujours un V6 ou un V8, mais les cylindrées ont augmenté (3,7 et 5 litres respectivement), et dans un élan de créativité sans précédent, on l’a rebaptisé QX70. Désormais, chez Infiniti, les autos ont une lettre et deux chiffres (Q50, Q60, Q70) et pour les VUS, on ajoute une deuxième lettre (QX50, QX60, QX70 et QX80). Ont-ils vraiment payé quelqu’un pour penser à ça ?


Marque cherche identité

 

Des trois marques de luxe japonaises lancées au tournant des années 90, Infiniti est celle qui tarde le plus à faire sa niche. Il y a eu quelques succès, comme les G35 et G37 ; mais les échecs ont été plus nombreux. Les berlines M45 et Q45 n’ont jamais levé, la deuxième ayant même été éliminée, tandis que les VUS n’ont guère eu plus de succès. Les QX50, QX60 et QX70 se vendent peu, et le gros QX80, encore moins : 45 exemplaires vendus en 2012 au Québec et 374 au Canada. Le QX70 (ex-FX) a fait un peu mieux : 172 au Québec et 758 au Canada. Remarquez, ses rivaux directs, l’Acura ZDX et le BMWX6, ne se vendent guère plus.

 

Bref, Infiniti se cherche. Et ce que j’ai conduit ces derniers mois ne me rassure guère. Ils ont beau se péter les bretelles que Sebastian Vettel collabore à la mise au point de leurs véhicules, je n’ai vu aucune trace de cette contribution. La berline Q50 m’a laissé sur ma faim, mais à sa décharge, j’avais de grandes attentes ; du QX70, je n’attendais rien et je n’ai pas eu de surprise non plus. Ni bonne ni mauvaise. Je ne l’aime toujours pas, pour les mêmes raisons qu’il y a dix ans.

 

Bonnes notes… et fausses notes

 

Passons rapidement sur son apparence ; les goûts ne se discutent pas et je reconnais au moins le mérite des designers qui ont su faire preuve d’audace et dessiner une carrosserie deux volumes qui ne se fond pas dans la masse. Qu’on le trouve beau ou pas, le QX70 en impose. Il a une présence, et toute une ! Je vous laisse le soin de décider si vous aimez ou pas ; pour ma part, je ne comprends toujours pas l’engouement pour ces gros machins, symboles roulants de la culture (sic) bling-bling.

 

Rien à redire sur l’habitacle non plus : c’est richement décoré, comme doit l’être un véhicule de ce prix, et spacieux comme doit l’être un véhicule de ce format. L’interface multimédia, source de maux de tête dans beaucoup de véhicules de luxe, est conviviale, de sorte qu’il n’est pas nécessaire de demander l’aide du petit génie informatique de votre entourage. Si je trouve ça facile, vous allez trouver ça facile, garanti !

 

Ce qui m’indispose, c’est la faible capacité de chargement. Vu l’immensité du véhicule, je m’attendais à pouvoir transporter une table de billard (bon, d’accord, j’exagère), mais c’est plutôt décevant à ce chapitre : une bonne vieille familiale vous en donnera autant, sinon plus, et elle vous coûtera deux fois moins cher d’essence — surtout si vous optez pour le V8 de 5 litres, particulièrement vorace.


Un V6 qui vieillit

 

Ce qui m’amène à vous parler du V6. Il y a dix ans, on disait du V6 « VQ » de Nissan qu’il s’agissait d’un des meilleurs moteurs de l’industrie automobile. En 2014, c’est moins vrai. Il commence à souffrir de la comparaison, surtout lorsqu’on le glisse sous le capot d’un modèle de prestige. Dans une Altima, il est encore dans le coup, mais quand les rivaux ont pour nom Audi, BMW, Mercedes, Acura, Lexus ou Cadillac, on tombe dans une autre ligue, désormais trop forte pour le vénérable VQ. Il n’a ni la souplesse ni l’onctuosité de ses opposants. En un mot, il est moins raffiné. Nettement moins.

 

L’horrible boîte de vitesses automatique à 7 rapports ne fait rien pour l’aider. Les passages sont lents et saccadés, deux maux qui l’affligent depuis sa naissance et qui n’ont toujours pas été corrigés. Encore une fois, c’est indigne d’un véhicule de ce rang.


Quand on ratisse trop large…

 

Combiner les performances et le comportement d’une voiture sport à polyvalence d’un VUS et le confort d’une berline de luxe : tel est le mandat de ces utilitaires qui ne s’assument pas. Ambitieux programme ! Le risque, quand on veut ratisser trop large, c’est de ne rien faire comme il faut.

 

Pour le comportement sportif, on repassera : la masse du véhicule, sa garde au sol élevée et ses énormes pneus ne peuvent défier les lois de la physique. Si vous abordez un virage un peu trop agressivement, vous allez atteindre la limite très rapidement, en espérant qu’il ne sera pas trop tard… Vous êtes prévenus.

 

Le confort ? Parlons-en. Ce véhicule sautille constamment et son roulement est tout sauf confortable. En bon québécois, ça porte dur. La polyvalence d’un VUS ? N’allez surtout pas vous aventurer hors route avec ça ! Vous allez découvrir que le principe de Peter s’applique également aux véhicules automobiles. Si vous avez besoin de quatre roues motrices, optez plutôt pour une berline à traction intégrale ; non seulement elle fera le travail, mais elle sera plus confortable et consommera moins.


Conclusion

 

Non, vraiment, il n’y a rien à faire : le courant ne passe pas entre les « inutilitaires » et moi. Le QX70 n’est ni mieux, ni pire que l’Acura ZDX et le BMW X6 ; j’essaie seulement de comprendre pourquoi ce type de véhicule existe puisqu’il ne répond à aucun besoin et n’en satisfait aucun. Je cherche un soupçon de pertinence et je n’en trouve pas. Le QX70 me fait penser à un gros joueur de hockey, rapide et costaud, mais qui ne se sert aucunement de son physique. (Je vous laisse nommer le joueur de votre choix.)

 

Bref, si vous voulez un VUS, prenez-en un vrai, au moins ; un Jeep Grand Cherokee, par exemple. Lui, au moins, il est spacieux, confortable et capable d’aller dans le bois ou de franchir les bancs de neige.

 

Collaborateur

 

Moteur : V6 3,7 litres

 

Puissance : 325 ch

 

Couple : 267 lb-pi à 5200 tr/min

 

Consommation moyenne : 13,5 litres/100 km

 

Prix de départ : 53 350 $

 

Prix du véhicule d’essai : 62 800 $ (trans. + prép. non inclus)