Les tribulations du haut de gamme

L’effritement de l’offre en mode et design haut de gamme n’a par chance pas atteint la boutique 5e Avenue, sise rue Laurier Ouest, qui vient de fêter ses 25 ans. Dans cette oasis où règne la beauté à l’état pur, les tendances éphémères ou clinquantes n’ont pas leur place.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir L’effritement de l’offre en mode et design haut de gamme n’a par chance pas atteint la boutique 5e Avenue, sise rue Laurier Ouest, qui vient de fêter ses 25 ans. Dans cette oasis où règne la beauté à l’état pur, les tendances éphémères ou clinquantes n’ont pas leur place.

La fusion annoncée cet automne des deux plus prestigieux magasins de la mode haut de gamme de la métropole montre sans l’ombre d’un doute à quel point les grandes marques peinent à s’imposer à Montréal. Ogilvy et Holt Renfrew, les éternels rivaux, cesseront donc de se concurrencer d’ici quelques années pour ne faire plus qu’un. L’hécatombe constatée au cours de l’année 2013 avec les nombreux commerces qui ont dû fermer leurs portes a de quoi inquiéter et force une réflexion sur l’avenir des produits de luxe chez nous, à l’ère du prêt-à-jeter.

 

Retour sur une année aux allures catastrophiques, en commençant par la faillite de la légendaire boutique Lily Simon, fondée en 1951, qui allait s’imposer comme l’adresse incontournable de toute la bourgeoisie montréalaise. Avec sa première boutique située sur la rue Beaubien, près de Papineau, à Montréal, mademoiselle Simon réussira son pari de faire se déplacer une horde de fashionistas anglophones à l’est du boulevard Saint-Laurent, un coup de maître dans ces années 1950, 1960 et 1970, où les deux solitudes se boudaient allègrement.

 

L’entreprise qui allait ouvrir jusqu’à cinq boutiques dans les années 1980 a été pendant plus de 60 ans la vitrine des créateurs les plus en vue de la planète design, de Giorgio Armani à Jean-Paul Gaultier. Comment expliquer qu’un monument si symbolique du prêt-à-porter d’ici et d’ailleurs soit disparu dans l’indifférence générale et sans que personne n’ait cru bon de souligner la tristesse d’un tel départ, de même que l’immense contribution de Lily Simon au rayonnement de Montréal comme ville de mode ?

 

La devise du Québec n’est-elle pas « Je me souviens » ? On peut facilement imaginer les milliers d’anecdotes enfouies dans les souvenirs des élégantes, stylées dans des robes et des tailleurs portant la griffe de l’illustre mademoiselle lors de leur mariage ou de leur premier bal ; que de belles histoires à raconter, oubliées à tout jamais.


Tristes fins

 

La fermeture de Bleu Nuit, l’échoppe mythique de la rue Saint-Denis qui proposait depuis tant d’années le top du linge de maison, créé dans les plus pures traditions française et italienne, représente également une énorme perte pour les adeptes de beauté et d’authenticité.

 

Henriette Antony, véritable passionaria et icône du style Vieille Europe, une diva et une antiquaire à nulle autre pareille installée à Westmount, a fait souffler sur la ville un vent de grandiloquence en déco, mariant toutes les époques, du baroque au rococo, pendant des décennies, et a dû se résigner à plier bagage elle aussi, au printemps dernier.

 

Même destin pour Les jardins tissés de la rue Sherbrooke Ouest, un antre fabuleux dédié aux créations exotiques et exceptionnelles d’artisans orientaux découverts sur les routes de la soie, du Tibet au Népal, de la Birmanie au Sri Lanka. Cet écrin recelait des trésors dignes des mille et une nuits et proposait autant des bijoux, des vêtements et des accessoires que des objets rares et précieux.

 

Une page vient également d’être tournée avec la fermeture de Meubles Fraser, le plus grand magasin de mobilier au Québec, une institution fondée en 1880. La rumeur court voulant que le détaillant puisse renaître de ses cendres, mais sous une forme beaucoup plus modeste et complètement repensée. Espérons donc qu’il ne s’agissait là que d’un au revoir.

 

Cependant, certaines grandes maisons internationales ont su imposer leur style avec maestria aux Montréalais. Parmi celles-ci, il faut mentionner les succès répétés, saison après saison, des collections de Louis Vuitton, de Marc Jacobs, de Burberry, de Cristofle, de Tiffany Co. et de Roche Bobois, notamment, des marques prestigieuses qui, tout en s’appuyant sur leur réputation d’excellence et leur passé glorieux, ont su se renouveler et se démarquer avec des créations innovatrices parfaitement ancrées dans la modernité afin d’attirer de nouvelles clientèles jeunes et branchées.

 

Du côté de la génération qui monte, la styliste française établie à New York Catherine Malandrino, quant à elle, vient d’inaugurer sa première boutique phare au Canada, au coeur du quartier du Musée à Montréal. Cette Française qui vit à New York n’en finit plus de créer l’événement en habillant les who’s who du show-business américain telles Madonna, Halle Berry, Sarah Jessica Parker, Kristen Stewart et Alicia Keys.

 

La créatrice de talent a su imposer son style où classe, raffinement et féminité se conjuguent à l’unisson, un label qui amalgame le look subtilement parisien à l’énergie contemporaine new-yorkaise. Sa nouvelle boutique éponyme au décor irrésistible marie dans un même univers le charme d’une galerie de SoHo et la somptuosité de l’art de vivre, côté rive gauche. Catherine Malandrino, 1472, rue Sherbrooke Ouest, Montréal.


De belles histoires aussi

 

L’approche montréalaise aux grands noms de la mode actuelle s’articule autour de femmes exceptionnelles et visionnaires qui ne cessent de se réinventer. Parmi la nouvelle vague, les boutiques comme Cahier d’exercices et Espace Pépin, dans le Vieux-Montréal ; Une île en Amérique et Poème, dans le Mile-End (toutes deux consacrées aux designers québécois) ; ont toutes en commun d’être dirigées et inspirées par des passionnées capables de toutes les audaces et prêtes à relever tous les défis.

 

Il faut reconnaître également la mission admirable dont se sont dotées certaines pionnières de notre paysage « modesque » si typique de Montréal. C’est le cas des figures emblématiques que sont devenues au fil du temps les boutiques Les créateurs, rue Sherbrooke Ouest, Henriette L, Mousseline et 5e Avenue, sises rue Laurier Ouest.

 

Cette dernière vient d’ailleurs de célébrer ses 25 ans en inaugurant de façon spectaculaire son nouvel espace signé par le designer Christian Bélanger. La propriétaire et l’âme dirigeante de ce lieu magique, Danielle Gélinas, a encore visiblement le feu sacré. Sa passion communicative et sa curiosité insatiable la poussent toujours plus loin, à la recherche des styles et des signatures les plus susceptibles de faire la conquête de sa vaste clientèle fort diversifiée et d’une loyauté sans faille.

 

Cette destination mode multimarques devenue un must depuis un quart de siècle propose une série de découvertes chaque saison dans un milieu où le bon goût et l’élégance occupent toujours le haut de l’affiche. Dans cette oasis où règne la beauté à l’état pur, les tendances éphémères ou clinquantes n’ont pas leur place.

 

Ici, on n’est jamais victime de la mode et on est guidé par des conseillères-stylistes amoureuses de leurs lignes de prêt-à-porter et d’accessoires. Danielle Gélinas et ses complices promettent de vous faire vivre une expérience shopping unique en toute convivialité. Bon anniversaire ! Boutique 5e avenue, 371, avenue Laurier Ouest, Montréal.

 

Pour l’année nouvelle, je vous souhaite, chers lecteurs, le meilleur de tout ; soyez entourés de paix, de sérénité et du bonheur d’exister.
 

 

Cette chronique est publiée le dernier samedi de chaque mois.