Quelle année ce fut!

L’Infiniti Q50 semblait prometteuse, mais elle s’est révélée décevante.
Photo: Philippe Laguë L’Infiniti Q50 semblait prometteuse, mais elle s’est révélée décevante.

Aston Martin, Ferrari, Maserati, Jaguar, Lotus, Corvette… Quelle année ce fut ! Je dois préciser qu’en vingt-deux ans de carrière, je n’avais jamais conduit d’Aston Martin ni de Lotus, pas plus que je n’avais été invité à des lancements de Jaguar ou de Maserati. En fait, j’assistais rarement à ce genre d’événement, car vous devez être invité par un constructeur et ceux-ci vont souvent privilégier des chroniqueurs, disons, plus conciliants… Autrement dit, des critiques trop aiguisées diminuent vos chances d’assister à des lancements et à des salons automobiles. Il faut faire des choix et j’ai fait les miens il y a bien longtemps. Ces choses étant dites, voici le moment de choisir — et de partager — les moments forts de cette cuvée exceptionnelle.

 

Maserati ou Corvette ? Italie ou Californie ?

 

Si j’ai pu faire l’essai d’une Ferrari et d’une Lotus sur nos routes, j’ai eu le bonheur — le mot n’est pas trop fort — de conduire une Maserati en Italie et une Corvette en Californie. Et n’oublions pas l’essai de la Jaguar F-Type dans les Rocheuses, plus précisément dans le parc national du mont Rainier, dans l’État de Washington. Même si j’ai un faible pour les Jaguar, mon coeur balance entre la Maserati Quattroporte, parce que je suis un italophile depuis toujours (et pas seulement pour les voitures), et la Corvette, une voiture que j’aime viscéralement — elle aussi depuis toujours, malgré le passage à vide des années 1973 à 1983. Oui, je sais, l’Italie, c’est plus exotique que la Californie et une Maserati, c’est plus prestigieux qu’une Corvette ; et pourtant, s’il faut absolument choisir, je penche pour la Corvette. D’abord, la Californie est un État taillé sur mesure pour se balader en voiture : dans une même journée, vous pouvez rouler en montagne, dans le désert et sur le bord de la mer. Et le décor est à couper le souffle, toujours. J’ai conduit une douzaine de fois en Californie et je suis « flabbergasté » chaque fois. Et si l’Italie est la patrie de Maserati, la Californie est, en quelque sorte, l’habitat naturel de la Corvette. Cela dit, conduire une Maserati Quattroporte sur les routes sinueuses et montagneuses du nord de l’Italie, en écoutant le concert de son V6 suralimenté conçu par un des plus grands motoristes de la planète (Paolo Martinelli, de Ferrari), est aussi une expérience que je ne suis pas près d’oublier. Une Maserati en Italie ou une Corvette en Californie, c’est le bonheur que je vous souhaite !

 

N. B. L’essai de la Maserati Quattroporte s’est déroulé dans la région de Balocco, en Italie, et celui de la Chevrolet Corvette C7 dans la région de Monterey, en Californie.

 

Ma voiture de l’année

 

Maintenant, si je vous dis que la Corvette est ma voiture de l’année, allez-vous être surpris ? Remarquez, je ne suis pas le seul : Automobile Magazine, une publication américaine qui se prosterne habituellement devant les constructeurs allemands, l’a également choisie. Road and Track l’a sacrée « Meilleure sportive de l’année ». Et elle se retrouve dans le célèbre Top 10 de Car and Driver. Grosse année ! Disons les choses clairement : c’est la meilleure sportive jamais construite en Amérique. La meilleure Corvette en soixante ans ? Certains aficionados et autres spécialistes de la ’Vette disent que oui. N’ayant jamais conduit des modèles des trois premières générations, je ne peux m’avancer jusque-là , mais c’est la meilleure que j’ai pu conduire, ça oui !

 

Il faut dire que GM n’a pas fait les choses à moitié. La Corvette de septième génération (C7) n’est pas une évolution de celle qui l’a précédée, mais bien une nouvelle voiture de A à Z. Nouveau moteur (à injection directe et désactivation des cylindres), nouvelle boîte de vitesses manuelle à sept rapports, nouveau châssis en aluminium, toit en carrosserie en fibre de carbone… Cette fois, les créateurs ont clairement eu le dessus sur les comptables, ce qui n’était pas le cas de « l’ancienne GM », celle des années 80 et 90. On connaît la suite : ce lent déclin a mené à la faillite du no 1 mondial. Quatre petites années plus tard, cette « General Motors 2.0 » accouche d’une des meilleures sportives de la planète. Qui l’eût cru ?

 

Ma voiture de l’année (bis)

 

Laissons maintenant l’univers des bolides exotiques et revenons sur le plancher des vaches. La catégorie des berlines intermédiaires regorge de bonnes voitures : Chevrolet Malibu, Ford Fusion, VW Passat, Subaru Legacy, Nissan Altima, sans oublier les coréennes (Hyundai Sonata et Kia Optima). La Toyota Camry et la Honda Accord demeurent cependant les deux références de cette catégorie, les mesures étalons. La Mazda6 se rapprochait constamment, mais il lui manquait toujours un petit quelque chose : moins bien insonorisée, consommation plus élevée… Cette époque est révolue : la troisième génération n’a plus rien à leur envier. L’Accord et la Camry demeurent globalement plus confortables, mais si peu. En contrepartie, la Mazda est plus belle (tellement !) et sa conduite est moins aseptisée. Et elle consomme désormais aussi peu que ses deux rivales, gracieuseté de la technologie SkyActiv. Je ne dis pas que la Mazda6 est meilleure que l’Accord ou la Camry ; je dis qu’elle est aussi bonne. C’est un accomplissement en soi et j’en fais ma voiture de l’année pour cette raison.


La meilleure blague de l’année

 

Après Suzuki en 2013, Mitsubishi pourrait quitter l’Amérique du Nord l’an prochain. Ce n’est pas moi qui le dis, mais le très sérieux Wall Street Journal. Cette prédiction a de bonnes chances de se concrétiser, si l’on en juge par l’incurie de ses dirigeants et une gamme de modèles de moins en moins attrayante. Lancée cette année, la petite Mirage paraît bien démunie, avec son habitacle et sa mécanique d’un autre siècle. Au volant d’une Mirage, on a l’impression d’être en 1990 et c’est bien ça le problème : la concurrence est rendue au XXIe siècle. Résumons : la mauvaise voiture au mauvais endroit, au mauvais moment. Au mauvais prix, aussi : les versions de base des Hyundai Accent, Toyota Yaris et Nissan Versa Note, pour ne citer qu’elles, coûtent à peine plus cher et elles offrent infiniment plus.

 

Ma déception de l’année

 

L’arrogance des constructeurs allemands, je ne suis plus capable. Ils font sentir à leurs clients qu’ils leur font une faveur en leur vendant une voiture et, sur une note plus personnelle, ce sont ceux avec lesquels j’aime le moins traiter. Deux d’entre eux communiquent avec les journalistes québécois en anglais seulement, un impair qu’aucun constructeur américain ou asiatique ne commettrait. Pour ces raisons, je rêve du jour où ils se feront botter le derrière par la concurrence dans les segments dits « premium » (haut de gamme).

 

J’avais donc de très grandes attentes envers l’Infiniti Q50, ne serait-ce qu’en raison de leur partenariat avec l’écurie de F1 Red Bull. Avec le meilleur pilote de la planète (Sebastian Vettel) comme essayeur-chef, rien de moins ! Comment ne pas croire au miracle ? Hélas, il ne s’est pas produit. Non seulement la Q50 n’est pas la mangeuse de BMW annoncée, mais elle semble avoir reculé par rapport à sa devancière, la G37. Un nouveau moteur et une nouvelle boîte de vitesses, prévus pour bientôt, arrangeront peut-être les choses, mais je pose la question : pourquoi ne pas avoir attendu un peu avant de lancer la Q50 ? Autre question : Sebastian Vettel croit-il vraiment que cette voiture est au même niveau qu’une allemande ?

 

Voitures électriques: lentement, mais sûrement

 

Il ne se passe pas une semaine sans qu’un chroniqueur automobile se fasse questionner sur le sujet. Deux ans après la commercialisation à grande échelle de la première voiture « 100 % électrique » (Nissan LEAF), où en sommes-nous ? Tout dépend du point de vue.

 

Si l’on regarde le verre d’eau à moitié plein, on constate que l’offre se diversifie, lentement, mais sûrement : outre Nissan, Mitsubishi (i-Miev), Ford (Focus EV), Tesla et smart proposent des voitures électriques. Et n’oublions pas la Chevrolet Volt, une hybride rechargeable, capable de rouler entre 60 et 80 kilomètres en mode entièrement électrique avant que le moteur thermique ne prenne le relais. Les Toyota Prius, Ford Fusion et Ford C-Max hybrides proposent aussi une version rechargeable.

 

Si l’on regarde le verre à moitié vide, on recensait, au 30 septembre 2013, 2173 véhicules électriques sur les routes du Québec. C’est bien peu, d’autant plus que ceci comprend la Chevrolet Volt, qui représente plus de la moitié des ventes (plus de 1100 exemplaires) et qui n’est pas une véritable voiture électrique. Suivent ensuite la LEAF (314), l’i-Miev (200) et la Tesla Model S (118), une voiture dont le prix oscille autour de 100 000 $. La Prius rechargeable franchit tout juste le cap des 100 exemplaires vendus. Bref, on peut difficilement parler d’engouement, ici.

 

Néanmoins, le fait demeure que les véhicules électriques ne relèvent plus du fantasme. Ils existent bel et bien et leur nombre augmente lentement, mais sûrement. Faut-il préciser qu’il y a seulement cinq ans, aucun des grands constructeurs n’en fabriquait…

 

Puisqu’il est question de la Tesla… J’aurais bien aimé vous en parler. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : au Salon de Los Angeles, l’an dernier, puis à celui de Detroit, en janvier, votre chroniqueur a fait son lobbying, en insistant sur le penchant « vert » du Devoir. Cela se présentait plutôt bien : la relationniste de Tesla était originaire d’Ottawa et elle connaissait LeDevoir. De toute évidence, je ne suis pas un grand lobbyiste : une voiture de presse a circulé au Québec l’été dernier, mais je n’ai pas fait partie des happy few. Si je la conduis un jour, je vous en parle, c’est promis !

 

Collaborateur

2 commentaires
  • Michel Thériault - Inscrit 23 décembre 2013 08 h 17

    Et Saab ?

    Après la faillite de Saab en décembre 2011, le petit constructeur automobile suédois a été racheté, s'est relevé et à commencé à produire des 9-3 de nouveau cet automne. Avez-vous manqué ça, monsieur le chroniqueur ?

    http://www.saabcars.com/

  • Simon Chamberland - Inscrit 23 décembre 2013 13 h 35

    Pas le Québec ?

    Moi qui aurait cru que le Québec ce matin, couvert de neige et de nids-de-poule aurait été le paradis automobile pour rouler en Corvette, vous me décevez avec l'ordinaire Californie...

    Vous décevrez M. François Dugal en ne nommant pas la Hyundai Elantra Touring voiture de l'année !