Vos finances - Humeur maussade et déprime du CPG

Entre cynisme politique et résignation financière, les Québécois en particulier, les Canadiens en général affichent une humeur plutôt maussade en cette fin de 2013. Plus endettés, ils se disent également en moins bonne situation financière qu’il y a un an et ils craignent une nouvelle correction boursière. Vivement 2014 !

 

Cette longue stagnation économique joue sur le moral et l’année 2013 marque un pas tournant dans la résignation des Canadiens concernant leur situation financière. Selon les résultats d’un sondage Financière Sun Life/Ipsos Reid publiés lundi, 57 % des Canadiens disent ne pas être en meilleure situation financière qu’il y a un an. Ce sentiment d’appauvrissement se vérifie davantage chez les femmes et les personnes de 55 ans ou plus, où la proportion de répondants se disant en moins bonne santé financière atteint 61 %. Et c’est pire encore chez les Québécois, 63 % ne pouvant indiquer qu’ils sont en meilleure situation financière qu’il y a un an.

 

On connaît déjà la situation de l’endettement des Canadiens, qui évolue de record en record année après année. Il faut aussi rappeler qu’à ce portrait présenté par la Financière Sun Life, les dettes ont continué de s’accumuler plus rapidement dans le segment des 65 ans et plus. Depuis la crise de 2008, l’endettement dans ce groupe d’âge augmente au rythme annuel moyen frôlant les 9 %.

 

C’est dans ce segment que la dette moyenne affiche la plus forte croissance, et ce, année après année, selon les statistiques de l’agence Equifax. Avec des revenus réduits, souvent associés à des dépenses accrues, ces personnes accumulent plus de dettes pour hausser leurs revenus par le truchement du crédit afin de pouvoir continuer de jouir du style de vie préretraite qu’elles ne pourront peut-être plus se permettre. S’ajoute, parfois, la nécessité de venir en aide à leurs propres enfants adultes ou leurs propres parents qui ont des problèmes financiers.

 

Question d’alourdir encore le paysage financier des Canadiens, seulement 36 % des répondants au sondage disent cotiser à leur REER.

 

Mais à l’inverse, chez les 38 % de répondants déclarant être en meilleure situation financière que l’an dernier, 65 % ont souligné qu’ils ont remboursé les dettes de leur ménage cette année et 50 % versent des cotisations occasionnelles ou périodiques à leur REER.

 

Quant aux perspectives d’avenir, elles ne sont guère reluisantes dans la tête des épargnants canadiens. Selon les résultats d’un autre sondage, publiés également lundi par BMO Banque de Montréal, 63 % des répondants s’attendent à ce que les marchés boursiers subissent une correction au cours de la prochaine décennie. Et 51 % prévoient rechercher des options de placement plus sûres en 2014.

 

CPG: rendement chétif

 

Évidemment, l’institution profite de cet engouement accru pour la protection du capital pour promouvoir son certificat de placement garanti. Dans ce sondage, 27 % des répondants déclarent détenir un CPG, alors que 32 % prévoient en acheter un au cours de la prochaine année, et que 44 % envisagent d’acheter des CPG supplémentaires dans les cinq prochaines années. Plus précisément, il appert qu’à un rendement de 2 % par année, 14 % des Canadiens souhaitent acheter un CPG. Si le taux de rendement montait à 4 %, 57 % jetteraient leur dévolu sur ce véhicule de placement.

 

Il faut cependant retenir que selon le type de CPG, le montant investi et l’échéance, le taux annuel offert est plutôt chétif. Il peut varier entre 0,25 % et 1,35 %. Il peut dépasser les 2 % par année sur une échéance de dix ans. Une fois l’inflation prise en compte… Surtout que, pour reprendre les projections de BMO, « nous estimons que la Réserve fédérale américaine commencera à hausser ses taux au premier trimestre de 2016 et que la Banque du Canada se montre plus conciliatrice; nous prévoyons que celle-ci commencera à augmenter ses propres taux à partir du troisième trimestre de 2015. Nous croyons que la Banque avancera avec prudence, afin d’éviter une trop forte hausse du dollar canadien. Elle ne procédera probablement pas à plus d’une hausse des taux par trimestre, jusqu’à ce que la Réserve fédérale entre dans la danse ». Donc rien pour réjouir ou encourager l’épargnant !

 

Déséquilibres grandissants

 

Le moral n’y est donc pas et cette longue période de stagnation économique y est pour quelque chose. D’ailleurs, l’Economic Policy Institute de Washington a présenté vendredi ses 13 graphiques les plus révélateurs de 2013. On peut y lire notamment que :

 
  • L’économie américaine affichait, en novembre, un manque à gagner de quelque 8 millions d’emplois pour combler le trou creusé lors de la Grande Récession ;
  • La faiblesse de la croissance écarte du marché du travail près de 6 millions de travailleurs potentiels ;
  • Un des ratios baromètres de l’état de santé du marché du travail, soit le taux d’emploi des personnes âgées de 25 à 54 ans par rapport à la population, demeure aujourd’hui le même que celui ayant prévalu à la fin de la récession ;
  • L’actuelle austérité budgétaire est la plus lourde de toutes les sorties de récession précédentes ;
  • La part des profits des entreprises accaparée par les actionnaires plutôt que redistribuée aux employés atteignait un sommet historique à la fin du troisième trimestre ;
  • L’écart de la rémunération du chef de la direction par rapport à l’employé moyen atteint 273 pour 1. L’écart était de 20 pour 1 en 1965, et de 100 pour 1 en 1992. Il a atteint son sommet de 383 pour 1 au plus fort de la bulle des valeurs technologiques, en 2000 ;
  • Le déséquilibre se veut plus grand encore entre la rémunération des hauts dirigeants et celle du travailleur moyen. Ainsi, 70 % des travailleurs américains ont vu leur salaire réel stagner ou baisser depuis 2002 ;
  • Le déséquilibre est toujours plus grand. Productivité et gains salariaux évoluaient de manière synchronisée au cours des trois décennies suivant la Deuxième Guerre mondiale. Mais depuis 1972, l’écart entre les gains de productivité et la rémunération horaire réelle n’a cessé de se creuser, pour atteindre à la fin de 2012 un décalage historique. L’indice cumulé des gains de productivité depuis 1948 atteignait 240,9 % à la fin de 2012 et celui du gain horaire réel, de 107,8 %. Le salaire réel fait, en définitive, du surplace depuis la cassure de 1972, les entreprises et les actionnaires s’appropriant l’essentiel des gains de productivité.
 

Bonne année 2014!

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