La mélodie du bonheur dans le rétro

En l’espace de cinq jours à peine, seize films auront pris l’affiche à Montréal, soit huit aujourd’hui et huit mercredi prochain, jour de Noël. Comment le public va-t-il réagir devant cette offre démesurée par rapport à ses capacités d’absorption ? Peut-être en restant à la maison pour se repasser, en solo ou en famille, La mélodie du bonheur (The Sound of Music).

 

Depuis sa toute première diffusion à la télévision en 1976, la comédie musicale du grand Robert Wise (West Side Story), sortie en salles en mars 1965, est devenue le classique par excellence du temps des Fêtes. Combien de partys de Noël animés avons-nous vu tomber au point mort devant l’image cathodique de Julie Andrews, filmée à vol d’oiseau, entonnant le thème principal signé Rodgers Hammerstein (« The hills are alive/With the sound of music »), bras en croix sur la verte colline surplombant Salzbourg ?

 

L’affection du public pour cette production flamboyante n’a jamais faibli. Elle a au contraire été fortifiée au fil des décennies par le culte voué aux chansons (Do Ré Mi en tête) ainsi qu’à la voix sublime de quatre octaves de Julie Andrews. Celle-ci, qui avait reçu l’oscar l’année précédente pour sa composition de Mary Poppins, joue Maria, novice en mal d’une vocation profonde, qui deviendra la gouvernante des sept enfants indisciplinés du Capitaine Von Trapp (Christopher Plummer), puis l’épouse de ce dernier dans une Autriche assombrie par la montée du nazisme.

 

Lauréat de l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, La mélodie du bonheur aurait maintenant de la concurrence. Le 5 décembre dernier, NBC a battu des records d’audience en diffusant The Sound of Music Live, une adaptation de la plus récente production faite à Broadway, avec la chanteuse Carrie Underwood dans le rôle de Maria Von Trapp et, dans celle du capitaine, le vampire Bill de la série True Blood, Stephen Moyer. En guise de protestation, Eleanor Parker, la blonde baronne que Von Trapp (Plummer) menaçait d’épouser avant de lui découvrir une allégeance nazie, a trépassé quatre jours plus tard.

 

À sa sortie, The Sound of Music a reçu un accueil critique généralement favorable dans la presse américaine. À l’exception notoire de la tellurique Pauline Kael. Celle-ci aurait été congédiée de la revue McCall pour avoir décrit le film de Robert Wise comme « ce mensonge au givrage sucré que le public semble avoir envie d’avaler », qui transforme les spectateurs en « imbéciles émotionnels et esthétiques ».

 

Variety décrivait au contraire le film de Robert Wise comme « un drame captivant à la pulsation douce, qui fait un emploi inspiré des chansons entraînantes de Rodgers Hammerstein », dans une critique qui pourrait avoir été écrite aujourd’hui tant elle reflète bien ce que l’histoire en a retenu.

 

Plus près de chez nous, le ton s’est fait moins enthousiaste. « Tout est bon, mais rien n’excelle », déclare Le Droit d’Ottawa avant de conclure sur cette note impressionniste : « Au fond, ce n’est pas un mauvais film ; c’est un film désappointant. » Tandis que Le Devoir semble avoir gardé le silence sur la sortie en salles du film en 1965, La Presse y est allée au même moment d’un texte sans ferveur : « Tout cela est bien gentil, drôle, charmant, au départ, mais hélas, la musique (et il y en a) est tout ce qu’il y a de plus ordinaire. À ceux qui trouvent pauvre ou bâtarde la musique des Parapluies de Cherbourg, je conseille d’aller entendreSound of Music. »

 

Lorsque le film a atteint le Vieux Continent, précédé de plusieurs mois par le concert d’éloges américains, plusieurs lui ont déclaré la guerre. « Le plus écoeurant maelström de guimauve et de sottise qui ait dévasté les écrans depuis longtemps », ont statué Les Cahiers du cinéma. « Il va de soi qu’à aucun moment The Sound of Music ne découvre la griffe d’un cinéaste de talent », a déclaré La Libre Belgique avant de qualifier ce trésor hollywoodien de « monument de glycérine ». Dont acte.

 

Et joyeuses fêtes ! Avec ou sans les Von Trapp.

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