#chroniquefd - La naïveté aussi se numérise

Ça devait sûrement être écrit quelque part dans le ciel : la connaissance scientifique sur laquelle repose le développement technologique et numérique du présent aurait dû nous éloigner de l’obscurantisme, des pratiques divinatoires douteuses et autres artifices déployés dans un passé mal éclairé pour mieux abuser des naïfs. Mais finalement, non.

 

Le culte de l’ésotérisme semble encore très bien se porter dans la modernité. Fatalement. Et la persistance de l’horoscope, cette grande fumisterie qui laisse croire que le destin des humains peut se lire dans les astres, dans des médias dématérialisés se disant pourtant résolument tournés vers un avenir format 2.0, en donne un signe plus que convaincant.

 

Il faut se rendre à la dernière page numérique de La Presse + pour savourer le paradoxe. Là, depuis plusieurs semaines, à côté de « vos » mots croisés, a été placé pour divertir les foules « votre » horoscope. Très moderne, un clic sur le signe idoine permet d’apprendre que l’on va « retomber sur ses pattes » aujourd’hui, que « le cycle de la Lune en Taureau va favoriser les liens affectifs et les affaires du coeur » ou encore qu’il est « indispensable, dans la vie, de savoir sur quel pied danser ».

 

Vendredi dernier, les astres conféraient aux Poissons une « nervosité palpable », annonçaient « un heureux concours de circonstances » aux Capricornes et des « nouvelles » provenant de leur passé aux Vierges. Mais tout ça était sans doute aussi valable pour les autres signes, et ce, pour samedi, l’autre dimanche ou la semaine prochaine, la fraude de l’horoscope ayant été établie depuis des lunes par la science.

 

Il paraît même que cette pseudoscience repose sur des calculs erronés — erreur connue sous le nom de « précession des équinoxes » — qui font que les Lions sont sans doute des Verseaux, les Vierges des Balances et ainsi de suite, donnant à ce projet divinatoire pour crédules manquant de confiance en eux tout ce qu’il faut pour non pas prédire l’avenir, mais plutôt pour semer des troubles de l’identité au sein de la population.

 

Supercherie. Arnaque. Imposture. Mystification. La dématérialisation de l’horoscope, dans un néo-journal, sur une tablette, fait certainement tache, pour toutes ces bonnes raisons et particulièrement quand cette incarnation flagrante du vide participe à un projet que l’on dit d’écriture de l’avenir au présent.

 

En gros, la pixelisation des signes astrologiques dans de nouveaux outils de communication a le même niveau d’incongruité qu’un magnétoscope relié à une télévision à écran plat, qu’une paire de support-chaussettes déposée dans un bas de noël en 2013 ou qu’un oracle mis sérieusement à contribution pour le tracé d’une nouvelle autoroute. Des choses qui méritent toutes d’être laissées bien loin en arrière du présent, pour mieux prendre conscience d’un mouvement vers l’avant.

 

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Technologie et naïveté font vraiment bon ménage, nous a rappelé vendredi dernier la CBC avec un reportage troublant sur un siège pour bébé équipé d’un support permettant d’y installer un iPad à la hauteur des yeux de l’enfant. L’empire Fisher-Price est derrière cette innovation, pour nouveau-nés et bambins de moins de 18 kg, baptisée Apptivity Seat — siège pour « apptivité », en référence aux applications qui pullulent désormais dans nos environnements mobiles.

 

Bien de son temps, l’objet cherche, sans l’ombre d’un doute, à exploiter, chez les jeunes parents, cette croyance aveugle en une mutation techno-sociale capable de tenir dans une tablette pour mieux reformater chaque strate de l’existence humaine, y compris celle dans laquelle se trouvent l’éducation et les enfants. C’est le dogme de la technologie au service de la lutte contre les coliques du nouveau-né. C’est YouTube format mobile pour divertir et ouvrir le nourrisson sur le monde et son avenir. Et c’est surtout une bonne occasion pour la Société canadienne de pédiatrie de souligner toute l’horreur de ce concept qui, en prétendant vouloir faire le bien, risque surtout de nuire au développement de la génération qui va se retrouver dans ce siège.

 

Il faut en effet avoir passé trop de temps dans Farmville, dans un livre de cuisine à la mijoteuse ou sur Pinterest pour ne pas avoir vu passer dans les dernières années cette ribambelle d’études scientifiques faisant la démonstration de l’effet délétère d’un petit écran sur le développement psychosocial de l’enfant en bas âge. En dessous de 2 ans, soit la tranche d’âge ciblée par ce siège « apptivité », l’objet est à bannir de l’environnement dudit enfant. Entre 2 et 4 ans, une exposition même marginale à la télévision retarde son développement, révélait en 2010 une recherche canado-américaine, dont les grandes lignes ont été publiées dans Archives of Pediatrics Adolescent Medicine.

 

Et plus tard, ce n’est pas mieux, selon des scientifiques britanniques qui ont mis sous la loupe 42 000 enfants de 8 à 15 ans : une utilisation abusive des écrans (4 heures par jour) induirait en effet stress, dépression, anxiété, estime déficiente de soi… et on en passe.

 

Mais comme il n’y a rien d’écrit sur ce danger dans les astres, on comprend que plusieurs peinent encore à y croire.


Sur Twitter: @FabienDeglise

3 commentaires
  • Eric Lessard - Abonné 16 décembre 2013 10 h 32

    L'astrologie et le numérique

    Je ne crois pas qu'il faille s'inquiéter d'une certaine popularité de l'astrologie ou de l'ésotérisme. Il y a bien sûr des gens qui prennent la chose trop au sérieux, mais pour la majorité, je dirais que c'est davantage un amusement et un diverstissement.

    Je crois aussi que l'être humain n'est pas seulement rationel, il peut aussi être intuitif et je crois que certaines personnes sont davantage intuitives que d'autres.

    Le danger des écrans pourraient être relié à leur radiation électromagnétique, mais ça, très peu de gens en parlent.

  • Patrick Lépine - Inscrit 16 décembre 2013 11 h 31

    Naïveté?!?

    Je lis astrologie, hors les astres sont bien ceux par qui la mesure du temps nous est arrivée non? Où en seraient les scientifiques sans ces précieux instruments? Et surtout quel mal à compiler et à rendre les observations que des siècles ont cumulés?

    Est-ce que très justement la science aujourd'hui ne se résume pas à compiler des statistiques à partir desquelles on tente d'élaborer des formules et des théories?

    Science et astrologie, même combat. Il faut être naïf pour croire le contraire.

  • Sylvain Auclair - Abonné 16 décembre 2013 15 h 39

    Je ne crois pas à l'astrologie

    C'est parce que les Capricornes sont d'un naturel sceptique.