Perspectives - L’Internet des objets

L’informatisation et l’interconnexion des mille et un objets qui nous entourent devraient être l’une des prochaines grandes révolutions de nos modes de vie, pour notre plus grand bonheur ou celui de tous ces gens qui veulent en savoir plus sur notre compte.

 

Nous sommes au coeur de la frénésie du magasinage du temps des Fêtes. Le panier des consommateurs se charge de téléphones multifonctions, de tablettes électroniques, d’ordinateurs portables et autres bidules électroniques à la mode permettant de se brancher sur la grande toile du Web. Mais d’autres appareils auront aussi le pouvoir d’émettre et recevoir de l’information par Internet, parfois sans qu’on y prête attention, comme les télévisions intelligentes, les consoles de jeux vidéo, des montres d’entraînement, des lunettes, des stimulateurs cardiaques, des thermostats, des réfrigérateurs, des autos, des feux de circulation, des compteurs électriques intelligents, des vêtements, des pèse-personnes, des brosses à dents, des fourchettes et des colliers pour chien.

 

En fait, le nombre d’objets connectés à Internet s’élèverait déjà à entre 9 et 12 milliards aujourd’hui, alors qu’ils n’étaient que d’environ 2,5 milliards, il y a seulement quatre ans, et qu’ils devraient être, selon les évaluations, entre 30 et 50 milliards en 2020. « Dans 10 ans, presque tout sera branché au Web », a résumé Nicolas Darveau-Garneau, directeur général de Google Québec dans le site Internet d’Infopresse, mardi.

 

Cette explosion de ce que l’on appelle « l’Internet des objets » (Internet of things, en anglais) devrait, alors, représenter un marché de 1400 milliards à 6500 milliards. On fait miroiter aux consommateurs un monde où les machines régleront toutes seules entre elles la supervision de leur programme d’entraînement, leur commande d’épicerie, l’arrosage des plantes, la gestion du chauffage et de l’éclairage de la maison, le stationnement (et même la conduite) de leur auto.


Les deux faces de la révolution

 

Cette perspective ne manquera pas de charmer les familles au rythme de vie de plus en plus trépidant, les personnes en perte d’autonomie, mais tous ceux aussi qui cherchent à optimiser les activités de la vie privée ou collective.

 

Cette révolution se fera graduellement, prédisent les experts, à mesure que le nombre et la portée de ses appareils électroniques augmenteront, mais aussi à mesure que se complexifieront et s’automatiseront leurs interactions avec leurs environnements et entre eux.

 

Il suffit de penser à la dernière fois qu’on s’est battu pour faire fonctionner correctement l’une de ces petites merveilles de la technologie pour se douter que cette révolution, qu’on nous promet, ne viendra pas aussi sans quelques maux de tête.

 

Mais il y a plus préoccupant. La multiplication des cas de piratage de grande envergure et d’espionnage militaire et économique entre les pays, ces dernières années, de même que les révélations d’Edward Snowden nous ont montré l’ampleur des menaces que font déjà peser sur nous le monde de l’informatique et même le simple envoi de courriels. Ce monde apparaît pourtant bien inoffensif en comparaison de celui qui pourrait venir avec l’Internet des objets.

 

Rien n’est plus facile, pour quelqu’un qui s’y connaît un petit peu, d’intercepter les sons, les images et les coordonnées de géolocalisation enregistrés par votre appareil électronique préféré, affirmaient récemment des experts dans un dossier du Financial Times. On a déjà démontré qu’on pouvait, relativement aisément, dérégler à distance des stimulateurs cardiaques et la pompe automatique d’injection d’insuline des diabétiques. La même démonstration a été faite avec les voitures sans conducteur et des drones semblables à ceux utilisés par les militaires.

 

Faire ses devoirs

 

Si de tels actes de piratage et des sabotages sont tellement faciles, c’est d’abord parce que les concepteurs de tous ces appareils et systèmes se soucient finalement assez peu des façons dont on pourrait les détourner de leur usage prévu, déplorent les experts.

 

Toutefois, selon une récente enquête de la firme Check Point, les deux tiers des menaces informatiques contre les entreprises ne viendraient pas de quelconques pirates, mais plutôt de la négligence de leurs employés. En principe, le contenu d’un téléphone multifonctions oublié dans un restaurant est protégé par un système de cryptage, à moins qu’on ne lui ait pas assigné de mot de passe, auquel cas, il suffit de l’allumer pour avoir accès à tout.

 

On serait aussi victime de la simple évolution de nos façons de fonctionner. Par exemple, les systèmes de sécurité des entreprises n’ont pas été pensés en fonction d’une économie où les appareils électroniques font sans cesse la navette entre la maison et le bureau. Ça ne pourra que devenir plus compliqué encore lorsque nous aurons des maisons intelligentes, des voitures intelligentes et des villes intelligentes.

 

Des cadres techniques, politiques et juridiques devront être fixés, disent les observateurs. L’industrie devrait commencer par ne pas faire une telle fixation sur la capacité d’interconnectivité de leurs appareils et se mettre à prendre enfin un peu plus au sérieux l’importance de la protection de la vie privée. La réglementation gouvernementale devra aider l’industrie à emprunter le bon chemin.

 

« L’Internet des objets amènera de grands avantages, mais il soulèvera aussi des défis sans précédent en matière de protection de la vie privée, de la sécurité, de sa gouvernance et de la confiance du public, déplorait un expert en sécurité, Andrew Rose, dans la revue Wired au début de l’année. Ça fait peur de voir comment peu de gens s’y préparent aujourd’hui. »

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