C’est du sport! - Respect

Tout est relatif, chantonnait le poète qui, tout à sa prosodie, n’avait pas les dispositions mentales requises pour se rendre compte de l’immense paradoxe qu’il venait de brandir à la face du monde : la relativité considérée comme un absolu. Il faudrait en fait dire que presque tout est relatif sans donner plus de précisions, en entretenant un flou sémantique commode qui nous empêchera d’avoir à fournir des explications plus tard.

 

En tout cas, pour trouver des exemples de relativité, le merveilleux monde du sport™ constitue un terreau éminemment fertile. Cette semaine, nous avions ainsi sous les yeux Robinson Cano, le deuxième-but étoile, le plus talentueux produit issu de San Pedro de Macoris qui avait passé toute sa carrière avec les Yankees de New York mais qui avait acquis l’autonomie et était donc en mesure, de concert avec son agent le rappeur Jay-Z, de proposer ses distingués services au plus offrant. Cano s’est entendu avec les Mariners de Seattle à la hauteur de 240 millions $US sur 10 ans, le troisième plus lucratif de l’histoire du baseball qui lui permettra de ne pas se retrouver dans la gêne après avoir payé l’exorbitant loyer de son 1 1/2 sur le Plateau.

 

Devant la presse jeudi, le monsieur a expliqué que les Yankees n’avaient pas fait montre de grande courtoisie à son égard. « Je n’ai eu droit à aucun respect de leur part,
a-t-il déclaré. Je n’ai pas vu d’efforts [pour le retenir]. C’était "voici ce que nous t’offrons, et ça finit là". Ils n’ont jamais voulu s’engager. »

 

Respect ? Admirez, messieurs dames, la relativité d’une notion en apprenant que les Yankees avaient offert à Cano 175 millions $ sur sept ans. Davantage en moyenne par saison que ce qu’il a obtenu à Seattle, mais pour une moins longue durée. Ce qui est compréhensible puisque Cano est âgé de 31 ans et que les Yanks ont déjà été brûlés avec le contrat insensé d’Alex Rodriguez, qui ne fait plus rien qui vaille et continuera jusqu’en 2017 d’empocher 27,5 millions $ par année. Et puis, comme le disait le président de l’équipe Randy Levine : « Si 175 millions $, ce n’est pas essayer assez fort, je ne sais pas ce qui l’est. » Ou alors le directeur général Brian Cashman : « Il faut croire que les Mariners ont été plus respectueux financièrement que nous. »

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