Le diable est dans les détails

On peut facilement comprendre la joie des péquistes à la vue des résultats du dernier sondage CROP-Gesca, qui leur donne l’impression d’avoir le vent dans les voiles en cette fin d’année et, qui sait, de pouvoir enfin entrer dans la terre promise de la majorité parlementaire au printemps prochain.

 

En prime, CROP annonce une progression inespérée de la souveraineté, qui se situerait maintenant à 44 %, soit son plus haut niveau depuis l’élection du 4 septembre 2012. Il n’en fallait pas plus à Jean-François Lisée pour conclure que le Canada était désormais perçu comme un « corps étranger » par les Québécois.

 

Inversement, les libéraux ont dû avoir un coup de cafard. Ils n’avaient sans doute pas besoin des sondages pour constater que leur chef, qui devait mettre Pauline Marois dans sa petite poche, n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Contre toute attente, c’est maintenant Philippe Couillard qui se retrouve maintenant dans l’obligation de démontrer qu’il a l’étoffe d’un premier ministre. Sur les banquettes libérales, plusieurs seront nerveux quand le nouveau député d’Outremont fera sa rentrée à l’Assemblée nationale le 11 février prochain.

 

Avant de sabler le champagne, les péquistes auraient néanmoins intérêt à regarder d’un peu plus près l’échantillon du sondage CROP, dont les résultats semblent très différents de ceux auxquels Léger Marketing est arrivé presque au même moment et qui laissent plutôt entrevoir l’élection d’un gouvernement libéral. Comme dit le proverbe, le diable se cache souvent dans les détails, et cela est particulièrement vrai des sondages.

 

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Au départ, il semble difficile d’expliquer la baisse du PLQ enregistrée par CROP, alors que son sondage lui accorde 8 points de plus que Léger Marketing dans l’électorat non francophone et que les deux maisons arrivent presque aux mêmes résultats chez les francophones. Normalement, cela n’aurait-il pas dû profiter aux libéraux ?

 

Un examen plus approfondi révèle une différence de taille dans les deux échantillons. Pour la compilation des intentions de vote après répartition des indécis, les francophones représentent 84 % des répondants dans le cas de CROP. Chez Léger Marketing, ils représentent seulement 79 %, soit la proportion de l’ensemble de la population québécoise qu’ils représentent selon Statistique Canada. Si CROP avait pondéré ses résultats de la même façon, ils auraient été sensiblement les mêmes que ceux de Léger Marketing.

 

Le vice-président de CROP, Youri Rivest, explique que la pondération avant répartition des indécis permettait bien d’arriver à une proportion de 80 % de francophones, mais il reconnaît qu’ils sont surreprésentés dans les résultats après répartition.

 

Le même phénomène s’est produit dans le cas des intentions de vote référendaire. Situer le Oui à 44 % après répartition des indécis ne refléterait donc pas la réalité. Avec la même pondération que Léger Marketing, CROP serait vraisemblablement arrivé à un chiffre analogue, soit 37 %.

 

Plusieurs lecteurs m’ont reproché avec raison d’avoir utilisé le résultat avant répartition des indécis, soit 33 %, dans ma chronique de samedi dernier. À 37 %, on ne peut pas conclure que la charte de la laïcité plombe la souveraineté, pas plus qu’elle ne la fait progresser.

 

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Dans l’entrevue qu’elle a accordée mardi à Radio-Canada, la première ministre Marois ne semblait pas particulièrement pressée de déclencher des élections, reportant la présentation du budget à la période de Pâques. Le gouvernement dispose de ses propres sondages, qu’on dit encourageants, mais il est encore impossible de discerner une tendance claire. Soit, seulement 17 % des électeurs inscrits ont voté lundi dans Viau, mais le PQ a coiffé QS de justesse, alors qu’il avait recueilli deux fois plus de voix en septembre 2012.

 

Les résultats de CROP relatifs à la satisfaction à l’endroit du gouvernement constituent néanmoins un indice qui peut être pris en compte, dans la mesure où il n’y a pas eu répartition des indécis dans ce cas. M. Rivest suggère toutefois de considérer avec prudence une hausse de 32 % à 41 % en un seul mois. Sur une plus longue période, elle est moins spectaculaire.

 

Dans son bilan de fin de session, mardi, François Legault a voulu voir des signes positifs dans la tendance révélée par les différents sondages. Sans vouloir tourner le fer dans la plaie, aussi bien CROP que Léger Marketing situent son parti sous la barre des 20 %. Qu’on utilise les chiffres de l’une ou l’autre firme, le simulateur mis au point par le site Too Close to Call, qui transpose localement les chiffres nationaux, n’accorde que six circonscriptions à la CAQ.

 

M. Legault a réitéré que tous ses députés voteront en bloc contre le prochain budget si le gouvernement ne remplit pas ses conditions. Comme il le disait si bien : on verra.

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8 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 12 décembre 2013 08 h 26

    Statistiques

    Il ne faut pas oublier que les sondages se basent sur des échantillons d'environ 1000 personnes prises au hasard mais supposément représentatives de tous les groupes régionaux, linguistiques, ET socioéconomiques (cette dernière exigence est difficile à vérifier). Mathématiquement, la marge d'erreur sur un nombre N de votes pour une option est égale à la racine carrée de N. Donc si 360 personnes sur 1000 ont répondu, disons, "PQ", la marge d'erreur sur ce chiffre est de +/-19; en d'autres mots, le PQ aurait de 34 à 38% du vote. Les deux sondages seraient donc compatibles. De plus, une élection se gagne comté par comté, ce qui veut dire que les échantillons de CROP ou Léger comptent en moyenne moins de dix électeurs par circonscription! Tout peut arriver.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 12 décembre 2013 12 h 16

      Un échantillonnage de seulement 1000 personnes ne peut être représentatif de 8 millions de personnes, même si toutes les précautions scientifiques ont été prises pour le valider. C'est pourquoi les sondages se trompent très souvent...

    • Sol Wandelmaier - Inscrite 13 décembre 2013 14 h 35

      Appui à la souveraineté:

      -LEGER: 33%

      -CROP: 44%, 4 jours après

      Oû est la vérité?

  • Bernard Morin - Abonné 12 décembre 2013 09 h 11

    Le champagne

    Encore une fois monsieur David serait-il possible de sabrer le champagne avant, si vous y tenez vraiment, de le sabler. À moins que vous vouliez absolument que "les péquistes" prennent leur champagne bien ensablé.

  • France Marcotte - Inscrite 13 décembre 2013 08 h 46

    Sentiment profond

    On n'a pas attendu que M.Lisée nous le dise pour se sentir étrangers à ce pays.

    Plusieurs Québécois l'expriment d'eux-mêmes depuis longtemps.

    Cela ne compte que si c'est l'élite qui le dit ou le contredit?

  • Mathieu Bouchard - Inscrit 13 décembre 2013 11 h 50

    « Les francophones » ?

    Monsieur David confond les francophones de langue maternelle et les francophones de langue d'usage. CROP utilise une division par langue d'usage ET le spécifie maintenant dans son rapport. Selon StatCan, il y a plusieurs catégories de langue qui ne sont pas langue maternelle :
    http://www12.statcan.gc.ca/census-recensement/2011

    Ce que CROP utilise n'est pas nécessairement l'une d'elles, mais ça donne une idée : 82½ % de français langue le plus souvent parlée à la maison.

    Ensuite, ce que M. David confond aussi, c'est le nombre d'habitants par langue, vs le nombre de citoyens par langue, vs le nombre de droits de vote par langue, vs le nombre d'électeurs inscrits par langue, vs le nombre de votes par langue, vs le nombre de votes valides par langue. M. David n'a accès qu'à la première de ces catégories statistiques, et les catégories qui suivent demandent le croisement d'infos confidentielles de StatCan avec des données électorales confidentielles ou publiques, ou dans certains cas sont impossibles à trouver.

    M. David n'est donc pas en mesure de vous dire quel est le pourcentage de représentation correcte dans une colonne de sondage qui représente des francophones (langue d'usage !!) qui ont la citoyenneté, ont le droit de vote, sont inscrits, vont voter et dont le vote est valide.

    Il y a cependant des estimés qui sont meilleurs que d'autres, et il y a des explications qui sont meilleures que d'autres. Par exemple, 79 % (ou 79,7 % d'habitants langue maternelle selon le recensement 2011) n'a pas de bonnes justifications dans le contexte d'une colonne de sondage CROP.