C’est du sport! - L’appel du pied

La dernière fois, nous abordâmes, de manière par trop fugace on en conviendra, la question du botteur de football, sa vie, son oeuvre générale, et soulignâmes en guise de chute que dimanche Matt Prater, des Broncos de Denver, avait établi un record historique en réussissant le plus long placement dans un match non hors concours de la Ligue nationale de football. Soixante-quatre verges bien comptées, de l’ouvrage de qualité totale à flanquer des frissons dans la région.

 

La marque précédente était de 63 verges, et elle s’est montrée pendant des décennies singulièrement obstinée. Il faut remonter au 8 novembre 1970 pour la trouver une première fois, gracieuseté de Tom Dempsey des Saints de La Nouvelle-Orléans. Dempsey représentait un candidat plutôt improbable non seulement pour fracasser des records de distance, mais pour pratiquer le métier même de botteur, lui qui était né sans orteils au pied droit (et sans doigts à la main droite). Ce jour-là, avec le score à 17-16 en faveur des Lions de Detroit et deux secondes à faire au match au vieux stade de l’Université Tulane, il avait fait mouche. C’était la belle époque où les botteurs se plaçaient directement derrière le ballon et où les poteaux des buts étaient situés à la ligne des buts, ce qui constituait une source supplémentaire de danger, mais ils étaient des vrais hommes et ils s’en fichaient.

 

Au fil des ans, certains ont fait valoir que, sur la séquence, le teneur avait placé le ballon légèrement en deçà de la ligne de 47 des Saints et qu’en conséquence, il s’agissait en fait d’un placement de 62 verges, mais le botté est entré officiellement dans le grand livre du football professionnel américain comme en ayant parcouru 63. Quoi qu’il en ait été, il s’agissait d’une anomalie puisque la marque qui tenait jusque-là était de 56 verges, réalisée par Bert Rechichar en 1953.

 

Tellement une anomalie qu’il a fallu attendre 1998 pour que Jason Elam, aussi des Broncos, accomplisse de nouveau l’exploit. Puis Sebastian Janikowski, des Raiders d’Oakland, a fait rebelote en 2011, suivi de David Akers, des 49ers de San Francisco, en 2012. Toujours 63 verges, pas une de plus. L’art et la technique du botté de précision s’étaient considérablement peaufinés au fil du temps mais, pendant plus de 43 ans, le plafond aménagé par Dempsey refusait d’être défoncé. Jusqu’à Prater.

 

Et maintenant que la barrière psychologique, comme disent les experts patentés qui essaient d’expliquer des affaires en racontant n’importe quoi, a été franchie, il faut bien entendu s’attendre à ce que cette marque de 64 verges soit bientôt battue. À cet égard, tout nous porte à parier sur Janikowski.

 

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Juste avant qu’on botte un record à Mile High, l’histoire s’écrivait itou à Philadelphie, où les Eagles recevaient les Lions. C’était le blizzard total, les joueurs avaient de la neige jusqu’aux chevilles et les dirigeants de la NFL ont certainement pris des notes puisque, pour la première fois, le Super Bowl sera présenté cette saison dans un stade nordique non couvert, au New Jersey.

 

Il y avait tellement de neige qu’aucun placement n’a été tenté et que, malgré huit touchés, une seule transformation d’un point a été tentée… et bloquée.

 

Aucun point sur bottés dans un match complet ? Cela ne s’était pas produit depuis 1957. Dingue, en vérité.

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