Conduite hivernale 101

L’école du coureur automobile Claude Bourbonnais propose depuis quelques années un cours de conduite sur glace sur le lac des Deux-Montagnes pour apprendre à maîtriser son véhicule dans des conditions hivernales.
Photo: Philippe Laguë L’école du coureur automobile Claude Bourbonnais propose depuis quelques années un cours de conduite sur glace sur le lac des Deux-Montagnes pour apprendre à maîtriser son véhicule dans des conditions hivernales.

Même si, comme moi, vous vivez dans le déni, vous devez maintenant faire face à la réalité : l’hiver est commencé. Le soleil qui commence à descendre en fin d’après-midi, le mercure qui tombe au-dessous de zéro, les premières chutes de neige, Noël dans deux semaines… On y est.

 

Pour les automobilistes, se préparer à l’hiver ne se limite pas à installer des pneus d’hiver ; il faut aussi adapter sa conduite et, comme pour les pneus, il vaut mieux le faire le plus tôt possible. Autrement dit, n’attendez pas la première tempête avant de réagir.

 

Évidemment, il est difficile de pratiquer la technique du dérapage contrôlé sans neige et sans glace. Encore une fois, ici, prévention est le mot-clé : soyez prêt lorsque la neige et la glace seront de la partie. Renseignez-vous d’abord ; vous aurez ensuite tout l’hiver pour mettre en pratique ce que vous avez appris.

 

Michelin donne quelques conseils pratiques que vous pouvez consulter en ligne. Afin de nous montrer concrètement comment adapter notre conduite à l’hiver, le fabricant de pneus français a convoqué les représentants des médias à une petite séance d’exercices de conduite hivernale.


Commencer par la base

 

D’abord, la base : avoir la bonne position de conduite et regarder le plus loin possible. Si vous suivez un cours de pilotage, de conduite avancée ou de conduite hivernale, ce sont les deux premières choses qu’on vous montre, immanquablement. Contrairement à la croyance populaire (et à ce qu’on enseignait dans les cours de conduite de ma jeunesse), les mains ne doivent pas être en position 10 h et 2 h sur le volant, mais bien à 9 h et 3 h, avec les pouces à l’intérieur du volant.

 

Même chose pour la flexion des bras : il faut éviter d’avoir les bras tendus. Avec les épaules collées sur le dossier, le conducteur ou la conductrice doit être capable de plier son poignet sur le dessus du volant, tout en ayant une légère flexion dans les bras. Le but de tout ça est évidemment d’avoir le meilleur contrôle du volant, notamment lors de manoeuvres d’urgence. Ne faites pas le coq en disant « ben voyons, tout le monde sait ça ! » parce que c’est justement le contraire : la majorité des conducteurs ou conductrices n’ont pas la position de conduite appropriée. Et une majorité d’entre eux regardent l’asphalte droit devant leur véhicule plutôt que de regarder le plus loin possible. Comme le dit si bien le pilote et instructeur Carl Nadeau, « si un ours te court après, tu ne regardes pas tes pieds, mais où tu veux aller ». Bonne analogie.

 

Différences mineures, impact majeur

 

Lors de cette séance de conduite hivernale, les instructeurs de Michelin nous faisaient faire quatre courts exercices sur un parcours spécialement conçu, avec cônes et glace artificielle. Le premier consistait à nous faire freiner à fond sur une surface glacée, et ce, à trois reprises : à 35, puis 40 et 50 kilomètres-heure. But de l’exercice : montrer comment une variation de seulement 5 ou 10 kilomètres-heure peut faire une énorme différence sur la distance de freinage. « Différences mineures, impact majeur », comme le résume Carl Nadeau. L’exercice est, croyez-moi, concluant. Il permet aussi d’apprivoiser les réactions de l’ABS lors d’un freinage d’urgence.

 

Exercice suivant : l’évitement d’obstacle. Dès qu’on brusque la voiture, on se prive d’adhérence. L’important est d’être le plus détendu au volant et, surtout, le moins brusque possible. Si vos jointures sont blanches, c’est parce que vous serrez beaucoup trop le volant… Nuisible. Dans le même ordre d’idées, le troisième exercice est celui dit « de l’orignal » qui consiste à vous montrer comment réagir lorsqu’un obstacle surgit devant vous à la sortie d’un virage. Encore une fois, la vision joue un rôle-clé. Cet exercice vous servira par ailleurs en toute saison, pas seulement sur la neige ou la glace.

 

Le dernier exercice se déroulait sur une aire de dérapage (skidpad) avec une surface mixte (asphalte et glace). Cette fois, le but était d’apprendre à contrôler un dérapage. Lorsque l’arrière de la voiture commence à décrocher, que faire ? Il ne faut pas freiner et, encore une fois, la vision joue un rôle-clé, comme l’explique Carl Nadeau : « Si vous regardez au mauvais endroit, vous allez au mauvais endroit. » Comme la plupart des voitures vendues chez nous sont des tractions (roues motrices à l’avant), la voiture utilisée était une Chevrolet Cruze. Pour d’autres conseils de conduite hivernale, vous pouvez consulter le site de L’Académie de conduite hivernale Michelin : centrehivermichelin.ca.

 

Un autre manufacturier de pneus, Goodyear, met également en ligne sur son site des conseils de conduite hivernale. Des organismes comme le CAA-Québec et Transports Québec prodiguent aussi, de façon plus générale, des conseils pour l’hiver.

 

Apprendre à conduire sur la glace

 

Pour améliorer sa conduite hivernale d’un autre cran et apprendre à contrôler son véhicule sur une surface glacée, pourquoi pas un cours de conduite… sur la glace ? C’est ce que propose depuis quelques années déjà le coureur automobile Claude Bourbonnais. Celui qui a été un des meilleurs pilotes au pays enseigne les rudiments du pilotage depuis plusieurs années, notamment à la célèbre école Jim Russell, et il se spécialise dans la conduite hivernale (neige et glace). Ce qui n’étonne guère quand on connaît aussi sa passion pour la motoneige, comme un certain Gilles Villeneuve avant lui…

 

Chaque année, lorsque la glace est assez épaisse (généralement vers la fin janvier), Claude Bourbonnais installe sa « Clinique de contrôle automobile hivernale » directement sur le lac des Deux-Montagnes, à Vaudreuil. Le prix est de 200 $ pour la journée, ce qui est une aubaine dans le créneau des cours de pilotage. À ce prix, vous bénéficiez des conseils d’un des meilleurs instructeurs de pilotage au pays et vous apprenez à contrôler votre véhicule en toute situation, sur la neige et sur la glace. De plus, et c’est là le principal avantage de la glace, votre véhicule souffre beaucoup moins que sur un circuit. En fait, il ne souffre pas du tout !

 

L’auteur de ces lignes a suivi ce cours l’hiver dernier et il en a été quitte pour une bonne dose d’humilité. Que nous soyons des passionnés de la chose automobile ou de simples conducteurs, nous sommes tous convaincus — les mâles, surtout — que nous conduisons bien, voire très bien. Rien de tel qu’un cours de ce genre pour nous ramener les deux pieds sur terre.

 

Je fais ce métier depuis vingt-deux ans et chaque fois que je participe à une école de pilotage ou de conduite avancée, les mots de Jean Gabin me reviennent en tête : « Maintenant, je sais, je sais qu’on nsait jamais ! » Je ne peux que vous inciter chaudement à suivre un de ces cours, non seulement pour leur valeur préventive, mais aussi — et surtout — parce qu’on s’y amuse ferme. N’est-ce pas la meilleure façon d’apprendre ?

 

Bien connue des amateurs de conduite sportive, l’école de pilotage Mecaglisse possède un circuit permanent, situé à Notre-Dame-de-la-Merci, dans la région de Lanaudière. L’école possède une réputation enviable et offre notamment des cours de conduite hivernale. Les tarifs vont de 345 $ (ou 255 $ pour les 16-24 ans) avec véhicule personnel à 540 $ (ou 450 $ pour les 16-24 ans) avec véhicule école. L’école de conduite Tecnic a ajouté elle aussi un cours de « conduite préventive sur surface glissante » à son menu. Voilà une bonne suggestion de cadeau pour vos ados qui commencent à conduire et qui sont déjà convaincus d’avoir des dons exceptionnels pour la conduite automobile…