Vos placements - Le marché boursier dans une bulle?

Depuis quelque temps, il se dit (même dans Le Devoir !) que la Bourse serait en ce moment dans une sorte de bulle due à l’utilisation assez importante de la planche à billets (assouplissement quantitatif) par certains États. Êtes-vous d’accord avec cela ?

Et si oui, serait-ce une bonne idée alors de se garder quelques pécules disponibles afin de profiter des occasions qui pourraient se présenter lors de l’éclatement de cette bulle ?

 S. B.


La phobie des bulles. Depuis l’éclatement de la bulle immobilière en 2008-2009, on ne cesse d’appréhender la prochaine bulle et son éclatement. Le marché immobilier américain commence à peine de sortir du marasme des quatre dernières années que des experts parlent déjà de bulle. Pourtant, le marché immobilier américain a encore beaucoup de chemin à parcourir avant de seulement retrouver des niveaux d’activité compatibles à un cycle de croissance économique normal.

Beaucoup d’investisseurs restent incrédules devant la forte poussée des indices boursiers depuis leur creux de 2009. Cela même si les indices boursiers américains ont récemment défoncé les sommets atteints avant la crise financière de 2007.

Le fait qu’une politique monétaire accommodante vienne alimenter la hausse du cours des actions et de la valeur de tout autre actif tangible, dont l’immobilier, n’a rien de nouveau. Il en a toujours été ainsi depuis que les pays développés ont adopté le monétarisme. La crainte actuelle des investisseurs est que les banques centrales lèvent le pied de l’accélérateur monétaire. Depuis le printemps dernier que les experts s’attendent à ce que la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, réduise ses achats actuellement à hauteur de 85 milliards $US par mois d’obligations du Trésor et de titres hypothécaires. Crainte qui ne s’est finalement pas concrétisée jusqu’à aujourd’hui. On parle maintenant d’une réduction de l’intervention monétaire au début de 2014, ce qui reste à voir. Même si, de facto, la Réserve fédérale diminue ses achats sur le marché des obligations et des titres hypothécaires, sa politique monétaire restera tout de même très accommodante. De toute évidence, il faudra encore quelques années avant que sa politique passe au neutre. Et elle n’y passera que si la croissance économique renoue avec son plein potentiel, et ce, pendant plusieurs trimestres, voire pendant quelques années.

En dépit des efforts faits par les autorités monétaires afin de relancer leurs économies respectives, le système financier demeure très fragile. Les gouvernements de nombreux pays développés sont aux prises avec un niveau d’endettement très élevé. La mondialisation comporte en soi les germes de la déflation émanant du choc des mains-d’œuvre, celle bien payée de l’Occident contre celle peu payée des pays émergents. Aussi, dans un tel contexte de grande fragilité, des erreurs de tir sont possibles, des erreurs qui pourraient faire basculer l’économie mondiale dans une sévère récession.

Mais nos banques centrales, et en particulier la banque centrale américaine, ont fait preuve de suffisamment de doigté au cours des dernières décennies afin de maintenir généralement les économies développées sur la voie de la croissance. Il semble qu’il en sera ainsi une fois de plus pour l’actuel nouveau cycle d’expansion économique. Dans un tel cas, le présent cycle de croissance est loin d’être terminé. Il pourrait courir pendant encore de nombreuses années, en fait tant et aussi longtemps que Dame Inflation se fera très discrète.

Quant au marché boursier, sans être une aubaine, il n’est pas non plus à des niveaux excessifs. L’indice composé TSX/S&P du Canada s’échange à près de 15 fois les profits prévus pour la prochaine année, ce qui est en ligne avec sa moyenne historique. Idem pour le marché boursier américain. Donc, on ne peut certainement pas parler de bulle en ce moment. Cela ne signifie pas que les investisseurs sont à l’abri d’éventuelles corrections à la baisse de 10 % à 15 % des principaux indices boursiers. Je ne crois pas toutefois que des corrections de fin de cycle de l’ordre de 30 % soient dans les cartes pour les prochaines années.

Le retour du créditisme de Réal Caouette

M. Chiasson,

Je lis chaque semaine avec plaisir vos textes sur les placements dans Le Devoir. Ce samedi-ci, vous parlez des « scénarios apocalyptiques » et vous dites, dans votre texte, que « les États-Unis ont dû recourir régulièrement à la planche à billets pour relancer leur économie ». Et, plus loin, vous dites que les Européens et les Japonais ont fait la même chose. Je ne comprends pas ce que vous dites. Quelle différence y a-t-il entre imprimer des dollars pour les prêter aux grandes banques et permettre ainsi des possibilités d’emprunts privés pour dynamiser l’économie au quotidien et imprimer des dollars pour soutenir des obligations et des prêts hypothécaires ? Est-ce que les riches propriétaires d’argent ont peur d’investir dans les obligations ou les prêts hypothécaires ? Est-ce que les banques sont trop pauvres ou ont peur d’en faire autant ? À ce que je sache, les riches « manufacturent » toujours de plus en plus d’argent nouveau (plus-values plurielles). Où investissent-ils ce nouvel argent ? Qu’entendez-vous par « soutenir » des obligations ou des prêts hypothécaires ? Est-ce que ces nouveaux dollars sont donnés à tous vents à d’autres autorités financières sans retour au fournisseur/donateur ? Comment ça marche ? De loin, cela ressemble à la politique que proposait Réal Caouette dans les années 60 destinée aux gens riches plutôt qu’aux gens ordinaires.

Vous avez parfaitement raison. Ce que font actuellement nos autorités monétaires s’apparente au créditisme de Réal Caouette, qui disait qu’on n’a qu’à imprimer de nouveaux dollars pour faire tourner l’appareil économique. Proposition qui lui a valu les sarcasmes de ses opposants de l’époque. Le hic : le Canada n’aurait pas pu poursuivre seul une telle politique sans subir une forte dévaluation de sa devise.

Les États-Unis peuvent le faire parce que leur dollar tient lieu de devise universelle. Ils ont pu le faire également parce que plusieurs autres pays développés se trouvent dans une situation financière tout aussi précaire que la leur.

Pour le reste de votre questionnement, disons simplement qu’en achetant ainsi des obligations du Trésor et des titres hypothécaires, la Réserve fédérale, la banque centrale américaine, retourne des liquidités aux grandes banques, qui peuvent les utiliser pour faire de nouveaux prêts (elles sont très actives dans les prêts octroyés aux petites et moyennes entreprises, ce qui devrait à terme être bénéfique pour la création d’emplois) ou encore simplement pour renforcer leur bilan. Et, bien entendu, elle contribue à maintenir les taux d’intérêt au plus bas niveau possible, ce qui favorise les entreprises et les consommateurs américains.

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